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- La stimulation électrique expérimentale
et la localisation... de l'âme !
- L'empirisme étant l'apanage des pionniers
de la science, le neurologue canadien Wilder Penfield n'hésita
pas, dans les années 50, à provoquer quelques "
courts-circuits " sous le crâne de volontaires préalablement
insensibilisés. Leur cerveau était partiellement
mis à nu mais ils demeuraient lucides. Malgré ce
dernier trait, nous sommes toujours là dans le cadre d'une
forme d'épilepsie, mais cette fois produite artificiellement.
- Les précédentes objections faites
à l'hypothèse épileptique s'appliquent de
même ici, il est donc inutile de les reprendre. Mais l'évocation
de cette expérimentation a également un tout autre
mobile. En effet, à partir du compte rendu des travaux
de ce neurologue, destinés à établir une
cartographie du cerveau, Melvin Morse (Cf. Chapitre VII) affirma
avoir découvert la localisation anatomique du siège
des EMI et en déduisit qu'il s'agissait-là du siège
de l'âme... Pas moins ! Si l'enthousiasme manifesté
par le docteur Morse est sans doute excessif, une telle déduction,
par ses implications inouïes, mérite d'être
explorée plus avant.
- Morse ne fut pas le premier, bien entendu, à
suggérer l'idée d'une localisation cérébrale
de l'âme. Cette croyance d'une âme siégeant dans
le cerveau revient, c'est bien connu, à Descartes en personne
qui refusait de la situer dans le coeur, comme on le pensait alors.
Pour lui, l'âme était reliée au corps par la glande
pinéale (l'épiphyse), située au sein de la masse
cérébrale, en arrière du troisième ventricule.
Une localisation un peu différente de celle découverte
par Melvin Morse dans un vieux manuel rédigé par Wilder
Penfield:
- (...) Il y était clairement
indiqué quelle aire cérébrale suscitait des
expériences de décorporation. Certains patients allongés
sur la table d'opération du neurologue lui avaient dit :
" Maintenant je suis en train de quitter mon corps " au
moment précis où il stimulait électriquement
une zone particulière de leur cerveau, quelques-uns ajoutant
: " Je suis à moitié dedans et à moitié
dehors. "
- Penfield avait noté ces
réactions pendant qu'il " cartographiait " la scissure
de Sylvius, une région du lobe temporal droit, située
juste au-dessous de l'oreille correspondante. Et l'excitation électrique
des environs immédiats de cette scissure avait produit des
résultats tout aussi extraordinaires : des " visions
divines ", des auditions de magnifiques musiques, des rencontres
d'amis et de parents décédés ou même
des visions panoramiques de la vie passée avaient été
alors décrites par les patients.
- Cette description évoque sans conteste certaines
caractéristiques d'une EMI, obtenus cette fois-ci par électro-stimulation
d'une zone précise du cortex. Vous pensez peut-être qu'il
est inutile d'aller chercher plus loin : " L'expérience
de mort imminente est simplement la conséquence d'un phénomène
bio-électrique localisé dans le cerveau. Donc rien de
mystérieux dans tout cela ! "
- Ne nous emballons pas. Les conclusions auxquelles
aboutit le docteur Morse ne sont peut-être pas aussi solides
qu'il y paraît. Tout d''abord, à l'inverse de ce qui
se passe lors d'une EMI, au cours de laquelle le sujet inconscient
est évidemment incapable du moindre commentaire, les "
cobayes " de Penfield, eux, sont plutôt loquaces. Leur
capacité à commenter l'expérience à chaud
indique qu'une partie au moins de leur conscience était restée
à l'intérieur de leur corps. Pas un seul expérienceur,
à ma connaissance, n'a jamais prétendu être en
mesure de communiquer avec son entourage au cours de son EMI.
- Cette seule divergence interdirait de comparer le
vécu des sujets de Penfield, de façon aussi formelle
que le fait Morse, à celui du phénomène qui nous
occupe. D'autant que Michael Sabom qui est également médecin,
cardiologue et réanimateur, lui aussi spécialiste des
EMI, ne mentionne pas du tout le même genre de commentaire de
la part des volontaires qui servirent de sujets d'expérimentation
à Penfield. Les descriptions qu'il y relève sont même
assez éloignées de celles que Morse leur attribue. D'après
Sabom10, ces volontaires parlaient d'illusions sensorielles,
de sentiments de peur, de tristesse, de solitude, d'hallucinations
visuelles et auditives (visages humains " horribles et menaçants
"), d'une musique ou de voix étranges, de télescopage
des idées et de sensations cénesthésiques diverses
mais aussi, c'est vrai, de reviviscences d'expériences de la
vie passée. Rien de surprenant, puisqu'une stimulation du lobe
temporal, on l'a vu précédemment, peut éventuellement
faire naître un flot d'images ayant l'apparence d'une revue
panoramique de la vie. Mais il ne faut pas se laisser abuser car les
sujets de Penfield signalent seulement des reviviscences d'événements
de la vie passée ; des épisodes affectivement neutres,
sans lien entre eux et sans que ne soit fait mention d'une impression
de continuité.
- Mais encore, et c'est sans doute le point le plus
important, aucune notion de transcendance n'émerge de la lecture
des témoignages recueillis par Penfield. Et à bien y
regarder ses descriptions correspondent parfaitement aux symptômes
d'une crise psychique attribuable à une épilepsie temporale,
telle que décrite un peu plus haut. De fait, Penfield ne reproduisait-il
pas, dans ses expérimentations, une crise comitiale artificielle
? Et justement au niveau de cette fameuse aire temporale ! C'est d'ailleurs
la conclusion à laquelle est parvenu Michael Sabom.
- Que penser d'une telle divergence entre deux spécialistes
des EMI ? Melvin Morse dit avoir puisé ses informations dans
un manuel vieux de quarante ans, découvert en fouillant parmi
les oeuvres de Penfield. De son côté, Michael Sabom,
qui dans son investigation sur les EMI apparaît comme un chercheur
extrêmement méticuleux et prudent, se réfère
aux travaux du même Penfield ; des travaux menés à
l'Institut neurologique de Montréal dans les années
cinquante.
- Pour ma part, je reconnais volontiers que le point
de vue de Michael Sabom est en parfaite concordance avec mes propres
idées, autant qu'avec un diagnostic d'épilepsie temporale
qui fait peu de doute. Si ma préférence pour ses conclusions
n'a rien d'un argument décisif, je pense néanmoins qu'un
dernier élément est susceptible de faire pencher la
balance en faveur de Sabom. En effet, le docteur Morse, qui cite abondamment
les travaux de Sabom tout au long de son propre ouvrage, omet sur
ce point particulier de signaler l'avis, pour le moins divergeant,
de son confrère. Cela dit, cette remarque ne porte que sur
un point mineur et ne remet pas en cause la contribution de Melvin
Morse à l'étude des EMI, plus particulièrement
celles vécues par les enfants.
- De toute façon, le cas des expérienceurs
dont le tracé EEG était nul au moment supposé
de leur EMI, de rares témoignages ont été recensés,
s'oppose à l'hypothèse avancée par Morse. De
leurs lobes cérébraux n'émergeait plus aucune
forme d'énergie électrique perceptible par la machine,
pas même dans la zone temporale. Si celle-ci représentait
le siège de la conscience, et en conséquence des EMI,
comme le soutient Morse, ces expérienceurs-là n'auraient
manifestement jamais dû vivre ce phénomène.
- Dans le cadre d'une information plus générale,
j'ajouterai que les indications portant sur la localisation des fonctions
cérébrales doivent être nuancées. Dès
la naissance, et même avant, chacun d'entre nous est confronté
à un environnement éducatif et culturel différent
de tout autre. C'est la raison pour laquelle nous sommes tous des
individus uniques et non pas des mécaniques standardisées,
des clones. La spécificité de chaque situation environnementale
est à l'origine de différences notables dans l'appréciation
de la valeur dévolue aux stimuli traités par le cerveau
humain. En conséquence celui-ci s'auto-organise de la façon
la plus efficace, adaptant très tôt sa configuration
à la singularité de son " propriétaire ".
Autrement dit, pour aller au plus court, la contrepartie anatomo-physiologique
du développement et du maintien de la personnalité consiste
dans la personnalisation de la configuration de certaines fonctions
cérébrales ; au même titre que les empreintes
digitales et génétiques, le réseau de connections
neuronales d'un individu est unique.
- Cela étant, il n'en existe pas moins des aires
spécialisées, mais leurs frontières ne sont pas
établies de manière stricte et définitive. D'ailleurs,
le fait que des patients ayant subi de graves lésions du cerveau
soient parvenus à récupérer, à des degrés
divers, un fonctionnement cérébral plus ou moins satisfaisant
est une démonstration de la grande plasticité de cet
organe. Pour ces cas relativement exceptionnels on s'est aperçu
que l'aire endommagée restait atone alors qu'une autre prenait
progressivement le relais. Ajoutons encore que l'on a mis en évidence,
il y a peu, la capacité de certaines cellules nerveuses de
se régénérer, ce que l'on croyait impossible
jusque là.
- Quant au " siège de l'âme ",
pour en revenir à notre affaire, il est probable que Penfield,
plutôt que d'avoir localisé celui-ci comme le prétend
Morse, a tout bonnement mis à jour l'un des points de connexion
entre l'interface biologique et la supra-conscience. Cette interface,
à la fois récepteur et décodeur, permettrait
à l'énergie fondamentale de se manifester dans la matière
pour y susciter une forme de conscience. En cas de lésion cérébrale
affectant sa zone d'élection, celle qui lui permet habituellement
d'établir le contact avec la matière humaine, l'énergie
fondamentale stimulerait alors la création d'une nouvelle aire
de réception située sur une partie saine du cortex ;
mais à la condition que l'étendue et la nature des dégâts
ne soient pas incompatibles avec cette restauration.
- Au lieu de ces considérations vitalistes,
qui me sont personnelles, il est une dernière donnée
bien moins hypothétique. En effet, le contexte de la plupart
des EMI atteste de paramètres de détresse physique beaucoup
plus importants que ceux qui résultent d'une stimulation électrique
aussi localisée. Celle-ci n'aboutit qu'à une réponse
artificielle, limitée, de laquelle toute idée de transcendance
est absente et dont les contenus émotionnels sont banals, voire
en opposition avec ceux relevés dans une expérience
de mort imminente. De sorte que l'affirmation de Morse, déduite
d'une découverte controversée du lieu anatomique d'où
émergerait un programme EMI standard, n'est finalement qu'une
variante de la vision mécaniste du cerveau-machine. Et l'on
sait combien ce genre d'opinion est discutable.
- Mais c'est au principal intéressé lui-même
que je laisserai le soin d'enfoncer le clou. Sur la fin de sa vie,
Penfield, car c'est de lui dont il s'agit, jusque là très
mécaniste, avait complètement révisé son
opinion sur l'origine cérébrale de ces mystérieux
phénomènes de la conscience. Il se demandait même,
rejoignant la thèse vitaliste, s'il n'existerait pas à
ce niveau une forme d'énergie encore inconnue, non objectivable
par notre technologie. "Dans cette hypothèse, disait-il,
il n'est pas déraisonnable d'espérer que notre esprit
puisse s'éveiller après notre trépas à
une autre source d'énergie " -- une source d'énergie
à laquelle j'ai donné le nom de " supra-concience
". Nous voici donc bien loin de l'idée d'une conscience
prisonnière d'une aire cérébrale localisée
dans le lobe temporal droit.
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Dr Penfield

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