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En dépit ou grâce à
cette malléabilité, il est parvenu à survivre
à l'esclavage, aux missionnaires et à la colonisation...
Il rencontre même aujourd'hui un fort regain d'intérêt
parmi les populations du golfe du Bénin, déçues
non sans raison par le néocolonialisme, le marxisme révolutionnaire
et les religions monothéistes, bref, tout ce qui vient de Yowodé,
le pays des Blancs...
Le vaudou n'est pas un, mais multiple... Ce culte animiste comporte
une infinité de divinités, les vodouns. Chaque initié peut avoir la
sienne en propre, même si certaines sont plus importantes que d'autres.
| Le vaudou, cultes africains |
Au départ, le vaudou n'était que la variante locale des cultes africains,
variante particulièrement sanglante et vivace, mais circonscrite à
la Côte des Esclaves qui s'étendait du Ghana au Nigeria.
De l'Estonie au Portugal, toute l'Europe avait établi des comptoirs
sur la Côte des Esclaves. Les négociants qui revendaient aux navires
négriers pratiquaient aussi le vaudou, à côté d'un christianisme de
façade. L'acculturation des nouveaux esclaves, isolés, sans personne
de leur village ou de leur ethnie, était aussi radicale que violente.
Les croyances d'origine explosaient sous le choc de la confrontation
des cultures, mais le vaudou était souvent majoritaire. Même chez
les musulmans, généralement convertis de fraîche date, il ressemblait
d'assez près aux cultes animistes qui subsistaient chez eux pour qu'ils
se sentent concernés. Ph.S.
Il est intéressant de constater comment, d'une île à l'autre, d'une
colonie à l'autre, à partir d'un terreau commun, la pratique du vaudou
a pu se développer avec des variantes parfois considérables, dues
au port d'embarquement d'origine des déportés, mais aussi à l'influence
d'une personnalité plus forte que les autres ou d'un petit groupe
soudé d'individus initiés qui ont imposé «leur» vision des choses.
Ainsi le candomblé brésilien et la santeria cubaine sont assez marqués
par les orishas yorubas, mais au Brésil ce sont les femmes, les Mères
de tous les saints, qui dirigent les cultes, tandis qu'à Cuba ce sont
plutôt les hommes. En Haïti, l'influence est nettement fon, et dans
toutes les îles de la Caraïbe jusqu'en Louisiane on retrouve des pratiques
vaudoues assorties du vocabulaire religieux kwa. C'est également le
cas aux Antilles: même lorsque les vodouns, sous la forte pression
de l'Eglise, se sont faits soucougnans et contes de fées, les quimboiseurs
n'en ont pas moins conservé le savoir des plantes autant qu'un goût
prononcé pour les philtres et les poisons.
Souvent combattue par les colons blancs, qui en avaient peur, la tradition
vaudoue a contribué activement à la lutte contre l'esclavage, notamment
en Haïti, après avoir indéniablement favorisé l'odieux trafic sur
la terre des origines. Aujourd'hui encore, au Bénin comme au Togo
ou au Nigeria, dans le contexte violent de la misère omniprésente,
la logique de pouvoir indissociable du vaudou favorise la perpétuation
de pratiques hautement condamnables, telles que les sacrifices humains
ou le trafic d'enfants, vendus pour le travail forcé aux familles
aisées ou aux plantations. Ph. S.
Dans la pensée vaudoue, il n'y a pas de séparation nette du sacré
et du profane. Le magique et le divin ne sont pas différenciés et
conditionnent toute la vie quotidienne, la routine comme l'exceptionnel
le mal comme le bien, les objets inanimés comme le vivant. Chaque
substance est habitée par son vodoun, mais plusieurs entités analogues
peuvent se partager le même. Ainsi Mamy Wata (mamy water, la mère
de l'eau) est présente aussi bien dans une rivière que dans une bouteille
d'Evian ou dans l'océan. A ce titre/ elle a d'ailleurs pris une importance
toute particulière chez les pêcheurs comme chez les descendants d'esclaves,
puisque c'est elle qui emportait les bateaux pour ne plus jamais revenir...
Mais chaque rivière, chaque mer ou chaque océan peut également posséder
son propre vodoun qui n'appartient qu'à lui. Une forêt aura son vodoun
et chaque arbre isolément... Ce qui peut vous valoir des ennuis si
vous photographiez sans le savoir un arbre sacré!
Chaque village a également son vodoun. Chaque famille aussi, en plus
de celui du village, et chaque individu s'il le souhaite. Mais rien
ne l'y oblige, hormis la pression sociale et l'éventuelle angoisse
de rester sans protection contre les agressions de vodouns étrangers...
On peut également garder le vodoun individuel que des parents prévoyants
vous ont choisi à la naissance, ou en changer plus tard, au gré de
ses aspirations. Cela nécessitera l'intervention d'un féticheur, les
vo-dounon/ ou yéhoué-non/ ou d'un ancien, un bokonon/ qui saura se
faire l'interprète des autres vodouns/ en utilisant les fa/ les oracles.
Une fois mort, le vodoun du défunt sera placé à proximité de la case
familiale/ à côté des autres vodouns des ancêtres, généralement sous
la forme d'une petite pierre. On prendra soin de les interroger avant
chaque décision importante.
Pour savoir si les vodouns de la famille/ les hinnou-vodouns/ acceptent
de protéger le demandeur dans ses entreprises et sa vie quotidienne,
dans ce village dédié à Hebiesso/ on lance en l'air les quatre parties
d'un goro, sorte de fleur séchée. En retombant, celles-ci dessinent
une forme qui sera ouverte (c'est oui)/ fermée (c'est non) ou entrouverte
(il faudra alors relancer le goro si l'on veut obtenir une réponse
plus nette). Ailleurs, le vodoun du village peut disposer d'une case
à lui seul. On vient le consulter pour les cas graves ou les catastrophes
natu-relles/ et bien sûr durant la cérémonie annuelle qui peut regrouper
plusieurs dizaines de milliers de personnes/ comme chez les Guins.
Les centaines de matrones que l'on voit alors passer en piétinant
nues et enduites de kaolin jusqu'à la ceinture/ peuvent être secrétaire^
mère au foyer/ commerçante ou médecin. Ce sont elles qui entrent en
transe, même si cela arrive aussi, plus rarement, aux hommes, dont
le rôle est plutôt de calmer ces dames jusqu'à ce que l'on ait reçu
la réponse des oracles attendue par la communauté.
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Les enterrements et les sacrifices
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Les enterrements donnent aussi lieu
à d'imposantes et coûteuses cérémo-nies/ puisqu'il faut se concilier
le vo-doun du défunt/ qui sans cela vien-pour le moins vous déranger
dans vos ?s. Mais au-delà du cadre traditionnel il également possible
d'utiliser les legba, sont des vodouns taquins/ voire fran-ment méchants/
qui s'attaqueront à vos ennemis. Les féticheurs (houngans en Haïti)
jouent alors un rôle essentiel d'inter-médiaires/ voire d'acteurs directs/
en fournissant toutes sortes de poudres, habitées par les legba/ qui
font qu'aujourd'hui encore les habitants les plus en vue de la région
ont tous des goûteurs...
Selon la nature de son vodoun et de ce qu'on a à lui demander on se
conciliera ses bonnes grâces par différents types de sacrifices, qui
peuvent aller d'une rasade de sorabi, l'alcool de palme, sur le soi,
à des sacrifices d'animaux, voire plus. Sur les marchés aux fétiches
qui fleurissent aux portes des grandes villes/ on peut trouver l'essentiel
de ce qui est demandé par les vodouns/ y compris des mains de singes
séchées ou des crânes humains... Mais les vodouns n'ont pas toujours
conscience des réalités de la vie moderne et peuvent avoir des exigences
odieuses, de sacrifices de sang, par exemple.
Les vodouns sont volontiers agressifs les uns envers les autres,
chacun aimant à prouver qu'il est plus fort que l'autre. C'est pourquoi
le vodoun de votre village vous aidera à terrasser l'habitant du village
voisin... dont le vodoun est forcément moins fort. De là découle une
étroite imbrication du vaudou dans les luttes pour le pouvoir et l'argent.
On croit en la force de ses fétiches tout en redoutant ceux de l'adversaire.
Tant qu'il s'agit d'envoûter les buts d'une équipe de foot ennemie,
rien de grave, mais on en vient vite à parler de rivalités tribales,
voire du jeu politique au plus haut niveau.
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