|
| Les adoratrices du Diable |
Les sorcières étaient d'adoratrices du Diable, au service duquel
elles s'étaient engagées dans un formidable complot visant à détruire
la chrétienté, à saper toutes les valeurs morales et à livrer par
la ruse les âmes humaines au pouvoir de Satan. On croyait qu'elles
adoraient leur sinistre maître lors de réunions infernales - appelées
« sabbats » ou « synagogues » -, au cours desquelles celui-ci leur
apparaissait quelquefois sous une forme humaine, mais le plus souvent
sous une forme animale, en particulier sous l'apparence d'un monstrueux
bouc noir. Selon les minutes du procès intenté à un groupe de sorcières
à Avignon en "1582, « dans une synagogue ordinaire de sorcières, de
magiciens, d'hérétiques, de conjurateurs et d'adorateurs du Diable,
on allume un feu impur, puis après des réjouissances, des danses,
un festin, des beuveries et des jeux impudiques en l'honneur de Belzébuth,
le prince des Démons, présent sous la forme d'un hideux bouc noir.
| En 1990, 14 % des Américains
croyaient |
On n´arrête pas le progrès. Aux États-Unis,
pays de la rationalité technologique galopante, un sondage
Gallup vient de révéler que l´univers mental des
Américains évolue inversement aussi vite depuis dix
ans. Explorant les "croyances des Américains dans les
phénomènes psychiques et paranormaux", ce sondage
révèle que 42 % d´entre eux pensent que les maisons
peuvent être hantées (contre 16 % en 1990). 38 % croient
que les fantômes ou l´esprit des morts peuvent revenir
(contre 25 %). 33 % estiment que les extra-terrestres sont déjà
descendus sur Terre (contre 27 %). La communication mentale avec les
morts est une certitude pour 28 % (contre 18 %). Enfin 26 % sont convaincus
de l´existence des sorcières (contre 14 %) !
|
La sorcellerie en Europe et en Afrique
|
Aussi variable dans certaines de ses modalités qu'apparaisse la sorcellerie
de l'Antiquité à nos jours, le phénomène exprime partout les désirs
refoulés, l'affrontement de situations de malheur, les conflits intra-groupaux
et la lutte entre deux forces individuelles, celle du sorcier présumé
et celle du désensorceleur agissant sur la victime ensorcelée .
Illusion, simulacre, subversion, empire des sens, telle est l'herméneutique
chrétienne de la sorcellerie, alors que l'Afrique y voit seulement
un monde nocturne, parallèle et nuisible selon une conception généralisée
de la maladie et de la mort comme résultats fréquents de la persécution.
Le schéma africain accorde moins de place au désensorceleur, n'attribue
pas à une action précisément diabolique la nuisance grave provoquée,
et tout en évoquant les sabbats cannibaliques comme fêtes orgiaques
transgressives, ne les conçoit pas comme inversion radicale du religieux
dans la mesure où c'est l'institutionnalisation même du christianisme
en Europe qui a marginalisé la sorcellerie comme anti-religieuse,
alors que la mentalité africaine polythéiste n'élude pas, dans sa
conception traditionnelle du surnaturel, l'idée de forces nocives
luttant à armes égales contre les puissances du Bien.
|
Les figures de la sorcellerie
|
Trois figures prédominent dans la sorcellerie :
L'ensorcelée
qui adhère à une conception persécutive du mal, sans égard aux conceptions
scientifiques ni à l'explication chrétienne par le péché originel
et le libre arbitre;
Le sorcier

présumé qui sert de bouc émissaire dans le processus de catharsis
libérant de psychopathies de plus en plus fréquentes dans le monde
moderne;
Le désensorceleur

qui comme le chamane, le guérisseur, l'exorciste, le confesseur...,
est supposé avoir un rôle actif dans le rétablissement de l'ordre
: l'ordre de la nature, l'ordre personnel de la santé, l'ordre des
rapports de bon voisinage avec les semblables.
| La sorcellerie contemporaine |
La théologie du XVIe siècle amalgamait à propos des sorcières
le délire de l'esprit, l'hérésie et la frénésie sexuelle. La hantise
du diable favorisait la chasse aux sorcières et le sacrifice rituel
du bûcher visait à calmer les peurs issues des troubles de cette période
de mutation.
Pour ce qui concerne la sorcellerie contemporaine, dans cette seconde
moitié du vingtième siècle, l'anthropologie sociale relaie l'histoire
en vue d'expliquer les réactivations et réinterprétations du phénomène.
Délitement ou maintien des croyances?

La sorcellerie a perdu une partie de sa cohérence d'autrefois avec
l'affaiblissement de la croyance au diable, avec l'instruction généralisée
même dans les campagnes, avec les progrès de la médecine qui diminuent
les interventions des guérisseurs et panseurs, mais elle se maintient
comme variante d'un système de croyances, de représentations et de
pratiques, comme le montrent par exemple Marcelle Bouteiller dont
l'attention se porte sur les sorciers du Berry, de Jeanne Favret-Saada
enquêtant sur les ensorcelés de la Mayenne normande, de Dominique
Camus qui sonde dans la région de Rennes et Dinan les croyances aux
dons et pouvoirs des sorciers du côté de leur clientèle.
Le légendaire comme croyance molle

Absente de la dynamique de la sorcellerie, la diablerie se réfugie
dans les contes et légendes des campagnes. Mais en s'autonomisant
et en perdant ses aspects réalistes (sabbat, arsenic, danse de guimbarde,
grand bouc noir, spécification des actions de Hiram ou de Belzébuth),
l'événement sorcellaire suscite encore la rumeur et circule sous forme
de récit.
Des ensorcelés plutôt que des ensorceleurs

Si parmi les acteurs du drame sorcellaire, on ne connaît pratiquement
jamais le jeteur de sorts, l'intérêt de l'ensorcelé (sujet à des malheurs
à répétition et à des difficultés du point de vue de ses rapports
de parenté, de voisinage ou bien de sa situation économique) se concentre
désormais plutôt sur les moyens d'enrayer la progression de l'agression
sorcière, donc sur le désensorceleur qu'on suppose plus actif que
le jeteur de sorts.
Un problème de force vitale

La sorcellerie se rapporte en fait à ce qu'on pourrait appeler la
circulation de la force vitale, c'est-à-dire aux capacités de l'individu
à assurer sa survie économique et sa reproduction sociale dans un
espace donné : exploitation agricole, entreprise artisanale ou commerciale.
Contre un jeteur de sort censé entraîner la ruine du potentiel d'autrui,
le désensorceleur se sert de sa puissance excédentaire pour devenir
en quelque sorte le sorcier du sorcier. Le mérite des ethnologues
français est d'avoir montré l'extension à la ville et aux hommes,
pour des raisons économiques, de ce qu'on pensait clos dans l'univers
rural et féminin.
L'agression satanique

Ce que nous venons de dire se situe surtout dans le cadre du développement
des traditions populaires. Chacun sait que sorcellerie et satanisme,
occultisme et ésotérisme n'ont jamais disparu de l'Occident, ni de
l'Inde, ni du Japon, et que dans le monde contemporain, à la fois
rationaliste et mystique, il y a place pour une demande de sorcellerie.
Une forme particulière de cette demande est celle d'une réactivation
urbaine du satanisme, actuellement autonomisé par rapport au discours
ecclésial et souvent théâtralisé. Dans une société fascinée par une
idéologie du consensuel, des forces de déchirement sont identifiées.
Le développement du symbolon suscite celui de son antonyme
le diabolos, et récupère un peu de la mythologie médiévale
de l'opposition à la société. Il est à noter que le satanisme met
l'accent sur la volonté plus que sur l'intelligence, sur le parcours
plus que sur le discours, et qu'il affirme à mon sens plus tapageusement
que réellement une adhésion à la magie noire, mais selon des visées
plus antisociales qu'anti-individuelles. Comme dans la sorcellerie
traditionnelle, la rumeur infondée s'en mêle. On suppose un réseau
secret de groupes sataniques auxquels on attribue des atrocités et
des crimes épouvantables, l'abus sexuel des mineurs aux États-Unis,
des cérémonies blasphématoires, même des homicides rituels et des
sacrifices humains, avec complicité de la police dit-on. D'autre part,
des cult movements, toujours aux États-Unis s'affichent comme
structurés et dotés de toute une réserve de thèmes, symboles et slogans.
Ainsi en est-il du «Temple de Set» et de «l'Eglise de Satan»
qu'a fondée avant de la quitter en 1966, le cinéaste, directeur de
Hollywood Babylonie, Kenneth Anger.
|
Nouvelles religions africaines
|
Il est aussi intéressant de remarquer combien
l'idée de sorcellerie marque les nouvelles religions africaines. Les
prophètes itinérants se multiplient, qui agissent comme des chasseurs
de sorciers; c'est donc qu'ils croient en la sorcellerie et l'estiment
fort ravageuse. Simon Kimbangu au Zaïre baptisait ses adeptes dans
une rivière et identifiait les sorciers en puissance d'après la manière
dont l'eau se répandait sur leur chevelure. Le prophète harriste Albert
Atcho en Côte d'Ivoire agissait sur les malades en suscitant la confession,
qui se substituait à l'ordalie, ou jugement de Dieu par divers procédés
matériels jugés révélateurs de culpabilité. Pour Atcho, le mal ne
vient plus d'autrui ou d'ailleurs, il est l'indice d'une faute. Curieusement,
au sein même de la confession, le schéma persécutif de la sorcellerie
que le prophète entend extirper se retrouve soit sous forme d'auto-accusation
de monstruosités fictives, le délire de l'esprit amplifiant le malheur
et l'échec, soit sous forme de désignation d'associés multiples de
la culpabilité, ce qui correspond au sabbat de la sorcellerie.
En Haïti, il existe des " morts-vivants " ou zombies.
La croyance populaire est que certains sorciers sont capables de ressusciter
des morts pour les utiliser ensuite comme esclaves dans des plantations,
à l’abri de tout contrôle.
Il s’agirait en fait de personnes normales qui seraient mortes et
auraient été inhumés, et que l’on retrouve ensuite -parfois - vivantes
mais intellectuellement quasi mortes. La vue de ces êtres fait penser
à des automates aux facultés mentales gravement voire totalement annihilées.
Les zombies sont maigres et généralement inconscients, bien que certains
semblent avoir essayé de s’échapper.
Il a été possible de reconstituer un processus plausible: l’administration
d’une drogue entraîne une mort apparente durant 24 à 48 heures ; il
s’agit probablement soit d’une préparation de solanées, soit d’un
extrait de pustules de crapaud, contenant un toxique violent, la tétradoxine,
qui bloque les neurotransmetteurs. Dans ces conditions, la victime
reste inerte tout en étant consciente de ce qui se passe, elle a l’impression
de flotter au-dessus de son corps et n’éprouve aucune crainte... mais
l’arrêt perceptible des pulsations cardiaques, le chute de la température
et la perte des réflexes font conclure à la mort et entraînent une
inhumation rapide.
Il suffit alors au sorcier de déterrer rapidement le corps après
la cérémonie. Le zombie revenu à lui par l’action d’autres drogues
est psychiquement inerte, celles-ci (datura, curare... ?) détruisant
plus ou moins profondément les facultés mentales : le zombie est bien
un " mort-vivant ".
Certains pensent que le sel de cuisine (Cl Na) pourrait être un
antidote utilisable. Il est avéré que les sorciers en interdisent
l’usage pour les zombies.
|