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Les rites funéraires visent à fixer le défunt dans sa dernière demeure, à le contenter, à lui faire comprendre qu'il appartient désormais à l'autre monde.

Des rites funéraires visant à fixer le défunt dans sa dernière demeure, à le contenter, à lui faire comprendre qu'il appartient désormais à l'autre monde, ou bien des mesures plus radicales comme la mutilation du cadavre - on coupait et plaçait sa tête à ses pieds -, son ligotage, son enfouissement dans un filet ou sous une herse pointes en bas, sous des ronces, sous des pierres ou sous une croix ; on mettait le mort à plat ventre dans la tombe, on enterrait les suicidés sous les carrefours et on jetait les criminels dans les marais ou dans une fosse creusée sous le gibet. On pouvait aussi semer des graines de pavot sur la route menant de la tombe à sa maison, car le mort devait les ramasser une à une avant de pouvoir agir. Les chrétiens attachaient les mains du défunt avec un chapelet, fermaient le linceul avec des épingles de fer, encensaient la tombe (les démons censés se glisser dans le cadavre pour l'animer ont horreur des parfums), aspergeaient la sépulture d'eau bénite pour en faire un lieu consacré...


Immortalisation

Pour les conceptions orientales et animistes de l'au-delà, les âmes se réincarnent ou restent impliquées dans les affaires du monde, tandis que pour les religions du Livre, elles sont définitivement reléguées dans un monde transcendant. D'après certains sondages, il semble que plus de la moitié des Français croient en une perpétuation de l'âme. Si certains sont persuadés que la mort correspond à un anéantissement absolu, toutes les cultures ont des rites funéraires, des cultes des morts et des pratiques de communication avec ces derniers qui témoignent d'une conviction contraire. Certaines sociétés, notamment en Afrique, offrent même de la nourriture ou des boissons aux ancêtres défunts. La nécessité de l'au-delà apparaît dans le refus partagé de cet anéantissement, comme si le besoin de prolonger l'existence était au fondement même de l'essence de l'homme.

 


Divination

Si certains marabouts africains vous demandent d'apporter une poule, c'est parce que la nature, comme notre corps ou les objets que nous utilisons, porterait les signes de forces qu'un non-initié ne peut appréhender. Ne pouvant se substituer aux prophètes institués, les devins sont officiellement exclus de l'islam, du judaïsme et du christianisme. Or dans toutes les sociétés foisonnent des offices de divination, comme la nécromancie, la cafédomancie ou même l'ologymancie (la prédiction d'après les hurlements de chien). Autant de pratiques qui dérivent de l'idée d'un lien étroit entre les constituants de l'Univers (le macrocosme) et ceux du corps humain (le microcosme). Particulièrement développé par les néoplatoniciens, ce thème se retrouve dans le yoga tantrique, en Inde, avec la divination « par le souffle de vie » qui met en correspondance les flux respiratoires et la position des astres, de façon à déterminer l'opportunité de telle ou telle entreprise.



Protection

L'au-delà ou ses abords est souvent peuplé d'esprits malfaisants, en général des âmes en peine de défunts qui n'ont pu bénéficier d'une mort honorable ou d'un rite funéraire conforme à la tradition. Les vivants doivent parfois s'en protéger avec, par exemple, des amulettes. On connaît les gousses d'ail et les crucifix contre les vampires - mais rien ne vaudrait un bon gros pieu. Certaines forces de l'au-delà peuvent être aussi bénéfiques, comme le daimon (une sorte d'ange gardien) de Socrate ou comme Lakshmi, déesse de la fortune que certains habitants de la côte sud-est de l'Inde attirent dans leurs maisons à l'aide de lampes (la porte de derrière étant fermée pour qu'elle ne s'échappe pas).



Acculturation

Qui n'a jamais envisagé, sans pour autant avoir vécu une expérience bouleversante, l'existence d'un ordre supérieur à celui d'ici-bas, ou pensé que quelque chose se poursuit après la mort et qu'en conséquence des esprits « rôdent » quelque part ? C'est que, comme les mythes, les conceptions de l'au-delà participent de notre identité culturelle et sont entretenues par les traditions, les films, les récits. Ainsi avons-nous tous cru à un dieu, au « regard » d'un parent défunt, aux fantômes aussi bien qu'au Père Noël. Ces croyances procèdent parfois d'une acculturation, comme l'illustre l'évangélisation en Afrique noire ou la récente mode du bouddhisme en Occident (et, à un degré moindre il est vrai, celle d'Halloween, fête celtique récemment mondialisée par les bons soins de quelques géants des affaires). Toutefois, qu'elle soit née de l'avis du plus grand nombre ou d'une référence à la sagesse des Antiques, une conviction personnelle ne tient généralement que si elle est validée par une instance reconnue apte à servir de médiateur avec l'au-delà.



Vénération

Les comportements religieux ont cette base commune qui consiste, une fois reconnu le caractère sacré d'une chose, d'une personne, d'un lieu, en ce que cette entité fait l'objet d'une prosternation, d'une adoration, d'un rituel : une offrande, un sacrifice, une fête, une messe, une prière... Ainsi le chachalmeca (prêtre aztèque) sacrifiait régulièrement un être humain, le chrétien s'incline devant l'hostie avant de la consommer et le bouddhiste place des fruits et de l'encens sur l'autel du Bouddha. Mais tous ces actes rituels de l'homme religieux ne sauraient se réduire à une vénération de forces d'un ordre supérieur afin d'obtenir leur bienveillance. Selon Mircea Eliade, ils s'inscrivent dans une réalité que seuls les mythes fondent : « On ne devient véritablement homme qu'en se conformant à l'enseignement des mythes, en imitant les dieux [...] Ce qui compte, c'est de se remémorer l'événement mythique. »



Invocation

Plus ou moins ritualisés, les nombreux recours à des puissances de l'au-delà ont des motivations très diverses. Il peut s'agir de prières qui louent ou apaisent des divinités, qui leur demandent un pardon, un conseil, une intervention afin d'écarter un mal présent ou à venir (c'est le rôle du chaman), ou afin de jeter un sort. Mais la communication avec l'au-delà ne se réduit pas à l'évocation de puissances supérieures. On appelle aussi les esprits des défunts par la pensée, par la voix ou par les nombreux autres moyens du spiritisme, tels le cognement de guéridon, l'utilisation de canaux hertziens ou, plus insolite, d'un épouvantail à moustiques, sorte de sifflet à ultrasons qui serait audible tant par nos chers disparus que par nos fidèles compagnons.

Sciences & Avenir - N°117 -



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