Benoît

Le message de Marie
Le temps ne change rien à rien et je revis en
permanence ses derniers jours, ses dernières heures. Je n'y peux rien.
Je n'accepte pas, n'accepterai jamais ce drame, qui a privé ce merveilleux
être humain d'un avenir brillant et lumineux, comme il l'est lui-même
et pour l'éternité. Je ne crains pas la mort désormais, qui sera un
cadeau, un soulagement, puisque je suis sûre qu'il m'attend et qu'il
sera près de moi, comme il l'est chaque jour, les signes qu'il m'envoie
me le prouvent si besoin était. Je sais bien que - hélàs ! - des milliers
de mères dans le monde vivent les affres de cette douleur sans fond,
sans fin. Quand on me dit cela, je suis irritée et réponds toujours
que le malheur des autres ne peut en aucun cas soulager le mien, au
contraire. Comment peut-on croire que cet argument servirait un tant
soit peu à relativiser ma douleur ? Je pense que ces mots, qui se veulent
de consolation, ne sont que conventionnels et vides de sens, pour ceux
qui les prononcent, leur seule excuse étant qu'ils croient bien faire
et surtout qu'ils ne savent pas de quoi ils parlent (et c'est tant mieux
pour eux !!).

Le témoignage
Le mercredi soir précédant le départ pour l'au-delà
de mon adoré, (la nuit du samedi 1er au dimanche 2 juillet 2000),
alors que nous étions en train de dîner tous les deux (nous
vivions ensemble depuis mon divorce), j'ai eu soudain le pressentiment
qu'il allait lui arriver malheur.
J'ignore d'où cela m'est venu, mais j'ai ressenti un grand froid
et une souffrance immense, comme si j'allais m'effondrer, et j'ai très
nettement ressenti qu'il allait partir ! Je ne saurais trop dire comment
cela s'est produit. Toutefois, c'est la huitième fois que ce
phénomène se produit : je ressens à chaque fois
le départ prochain de la personne qui est devant moi. Pour mon
Benoît, cela a été comme une évidence et
très violent, vous vous en doutez. J'étais en état
de malaise profond. Je le regardais sans pouvoir me détacher
de son profil. Il m'a également regardé et j'ai eu l'impression
très nette qu'il ressentait quelque chose d'analogue ! Nous sommes
des personnes pudiques et n'avons rien dit ni l'un ni l'autre ; nous
avons essayé de parler d'autre chose, mais difficilement. Ce
soir-là, nous sommes restés très près l'un
de l'autre, ce qui arrivait peu souvent, pour regarder la télé,
et nous nous observions à la dérobée, infiniment
tristes.
C'était très dur ! !
Il devait rejoindre ses copains à Angoulême le vendredi
après-midi.
J'étais invitée par mes élèves au repas
de fin d'année (avec lesquels il se trouvait la veille au soir
!) et je lui ai donc dit au revoir vers midi ce jour-là, dans
le couloir. Je n'arrivais pas à partir et lui non plus. Nous
nous parlions de choses et d'autres. Je l'ai finalement embrassé
très fort. Il m'a prise dans ses bras et m'a serrée très
fort.
J'avais affreusement peur et ne voulais pas le montrer. Je lui ai dit
« surtout sois très prudent et n'oublie pas que je t'aime
» Il m'a répondu, « moi aussi je t'aime, maman ».
Je suis partie à contrecoeur, avec l'envie violente de revenir
chez nous.
Dans la nuit du samedi au dimanche, je n'ai pas réussi à
dormir et suis restée sur le divan jusqu'à 4h du matin,
de plus en plus angoissée, angoisse liée à Benoît,
mais que je ne parvenais pas à définir clairement. A 4h15,
j'ai décidé de me coucher et me suis endormie aussitôt.
A 5h exactement, j'ai très nettement entendu Benoît crier
« Maman ! ! » très fort. Je me suis réveillée
en sursaut en l'appelant, affolée. Il n'était pas dans
sa chambre, bien sûr. J'ai pris le téléphone mobile
près de moi et je suis restée inerte, glacée, avec
une sensation de chagrin sans fond, à chaque instant plus fort.
Cela m'écrasait de façon indicible. J'ai prié intensément
pour lui et , soudain, me suis rendormie brutalement. Il devait être
5h15 environ. Le téléphone a sonné à 7h30.
Mon ex-mari m'a fait comprendre ce qui s'était produit et je
suis partie à Angoulême, comme une folle...
Après la cérémonie, je suis rentrée à
Niort où nous habitions à ce moment-là et, aussitôt
arrivée, j'ai constaté qu'un bibelot d'ambre, offert par
Benoît pour la Fête des Mères précédente,
( un gros effort financier pour lui bien sûr!) n'était
plus à sa place sur la table, mais un peu plus loin et incliné
anormalement. Ce bibelot représente un oeuf d'ambre posé
sur un socle spécial et il était dans un angle précis
de la table du salon, afin que le soleil se reflète sur lui et
révèle les inclusions qu'il contient. Mon fils savait
que j'admirais cet objet depuis longtemps et me l'avait offert ; nous
l'admirions tous les jours et nous l'aimions vraiment beaucoup. Je suis
sûre, absolument sûre qu'il n'avait pas été
dérangé entre le mercredi soir et le dimanche matin !
Je l'ai replacé et me suis allongée sur le canapé.
J'étais épuisée et ai somnolé un moment.
Un bruit léger, un froissement régulier m'a réveillée.
J'ai regardé autour de moi et j'ai vu arriver un lustre rond,
très léger, en papier japonais, que j'avais coincé
entre mon lit et mon armoire, afin que, agacée par sa présence
qui me gênait chaque soir et chaque matin, je me décide
enfin à aller chercher l'escabeau à la cave pour le remettre
en place dans la salle de bains, ce que j'oubliais toujours de faire
!. Cela amusait beaucoup mon fils qui se moquait de moi et me disait
que le meilleur endroit pour qu'il m'agace encore davantage serait le
milieu du salon .Et c'est là qu'il est arrivé, tout seul,
ce qui signifie qu'il a fallu qu'il se décoince (impossible,
il était bloqué entre la couette et l'armoire !), qu'il
sorte de ma chambre, qu'il bifurque deux fois pour traverser le couloir
et atteindre le salon où ... il se dandinait sur place ! J'étais
ébahie et j'ai senti fortement la présence de Benoît.
J'ai fini par penser que c'était lui qui l'avait déplacé
jusque là, comme insgine de sa présence, un appel . A
ce moment précis il a cessé de bouger ! Tout était
fermé chez moi et il n'y avait aucun courant d'air... Quelques
jours plus tard, vers 7h30, j'ai été réveillée
par la voix de mon fils qui
m'appelait. Je l'ai très clairement entendu dire deux fois «
Maman ! », comme quand on insiste pour avoir une réponse.
Je me suis assise au bord du lit et j'ai dit « Benoît ?
C'est toi mon chéri ? ? » J'étais complètement
réveillée. Il m'a répondu « Oui, c'est moi.
Au revoir maman » . C'était très net et pas dans
ma tête.. J'ai senti qu'il était dans le couloir et m'y
suis précipitée. Là, nous avions accroché
une petite clochette qui « chantait » quand nous ouvrions
et fermions la porte.
Elle s'est mise à chanter un court instant, bien que la porte
soit fermée. Je ne comprends pas ce qui a pu se passer, mais
je suis sûre, absolument sûre, que mon fils m'a envoyé
des messages, des signes.
Depuis, il arrive que j'entende presque quotidiennement des craquements
discrets mais très nets, près de moi, dans l'appartement,
ce qui n'était jamais arrivé auparavant. Cela se produit
quand je pense à lui en regardant l'une de ses photos accrochées
aux murs. Je lui dis alors combien je l'aime et cela s'arrête.
J'ai en outre trouvé, durant les 3 permières années,
très régulièrement, de minuscules billes couleur
d'ambre, comme un rappel de son dernier cadeau, à des endroits
innatendus, même après avoir fait le ménage. Il
est même arrivé une fois qu'une de ces billes apparaîsse
spontanément, et se pose sans rouler (surprenant pour une bille
!) après un bruit de "clac", juste entre mes mains,
alors que je posais un paquet de cigarettes sur le plateau du meuble
de la cuisine. Je suis absolument
certaine qu'il n'y avait rien auparavant. Un autre fois, son amie se
trouvait dans mon appartement et nous parlions de Benoît, chacune
à la porte de nos chambres respectives et nous avons - en même
temps exactement -, poussé un cri : il y avait, à nos
pieds, une petite bille pour chacune de nous !!
Son amie me disait par ailleurs qu'il arrivait certains soirs à
son chat de se redresser, de miauler, inquiet, et de regarder dans une
certaine direction, comme s'il suivait quelque chose du regard, puis
il venait se réfugier près d'elle et se calmait.
Benoît faisait des études de psycho-socio et il lui arrivait
de me parler de la mort et de me demander si je croyais en l'au-delà.
Je répondais que j'étais tentée de le croire, bien
que n'en sachant rien. Il y croyait, il pensait qu'il y avait autre
« chose », après ! Je suis convaincue qu'il a voulu
me dire que c'était vrai, mais je me demande également
s'il ne souhaiterait pas que nous établissions un contact, ce
que je voudrais de toutes mes forces. J'ai souvent l'impression très
nette qu'il cherche à me contacter je ne sais pas quoi faire,
ce qui me désespère !
J'ai parfois des prémonitions fortes, mais que je ne sais pas
les interpréter, ce qui sème la confusion dans mon esprit
pourtant plutôt prosaïque. Depuis que je reçois des
messages en TCI, je cherche désespérement à m'assurer
que c'est lui qui me les envoie, sans succès à ce jour,
hélàs, car, malgré mes demandes, il ne s'identifie
pas comme étant Benoît, annonçant juste q"u'il
est mon fils"..
Je dois préciser que Benoît était un garçon
heureux, qui venait de rencontrer une jeune fille dont il était
très épris et avec laquelle il avait rendez-vous le dimanche
soir. Mon fils et moi étions très proches, très
liés l'un à l'autre. Je dirais que nous avions une relation
d'osmose exceptionnelle. Il connaissait mes élèves, avec
qui il sortait parfois, mes collègues, et tous étaient
étonnés de la qualité et de la
force de notre lien. Je vis seule et il avait choisi de vivre avec moi
; nous avions organisé une vie heureuse, très plaisante
et gaie. Il avait beaucoup d'humour et me taquinait sans arrêt.
Sa présence faisait ma joie quotidienne et nous nous entendions
merveilleusement bien !. Nous sortions fréquemment au restaurant,
au cinéma, en semaine, et il rejoignait ses copains et son amie
à Angoulême, chaque week-end, allant parfois dormir chez
son père qui habite près de la ville. Nous allions ensemble
en voyage, que ce soit au Tibet ou en Tunisie, ou encore à Paris...
Nous étions toujours ensemble et heureux. Son accident, selon
le témoin qui suivait sa voiture, est sûrement lié
à un moment d'assoupissement. Il a eu lieu entre 5h moins 5 et
5h du matin ! !
Malgré l'immense espoir que ce soit lui qui me contacte par
la TCI, malgré les coups qui continuent ici, dans mon nouveau
logement, et le bonheur que j'en reçois, ma souffrance est intacte.
Seul mon espoir de le rejoindre, à mon heure, me permet de supporter
l'insupportable.
Voilà l'historique complet de ce qui s'est passé, dans
le détail. Si cela peut aider, soutenir, rassurer les parents
qui, comme moi, souffrent de l'irréparable perte de leur enfant,
je suis prête désormais à aider.
Je vous remercie encore et à bientôt.
Marie