Petite Soeur

Le message de Chrystine
Le 15 février 2004 :
C'est une amie qui m'a conseillé la lecture de "Karine après
la vie" car elle sait que c'est un sujet qui me touche ; ma soeur
de 2 ans m'a quittée lors d'un accident de voiture alors que
je n'avais que 4 ans et depuis sa présence me manque. Quel espoir
en lisant les premières pages de ce livre ! Quelle chance ont
ces parents.
Je vais profiter de cette semaine de congé pour récupérer
physiquement (fatigue très importante -vertiges,nausées-
et mon corps se rebelle en attrapant toutes les petites maladies qui
circulent) ; je vais partager ces jours là avec mes enfants qui
seront aussi en vacances et prendrai une seule journée "perso"
pour me rendre sur le lieu de l'accident et essayer de rencontrer les
personnes des premiers secours.

Le courrier de Chrystine ( envoyé le 27 mars 2004)
Bonjour,
Je suis tout de même très attirée par la découverte
de cet autre monde qui existe, j'en suis certaine, mais en même
temps apeurée : est-ce que ces conférences (il s'agit
des conférences de Maryvonne et Yvon DRAY d'avril 2004) vont
me rassurer ? me déstabiliser ?
Rapidement je vous résume mon attirance pour ce contact avec
l'au-delà : lors d'un accident de voiture en 1968 (j'avais 4
ans) ma sur Anita (2 ans) est décédée. Je
ne me souviens hélas que de l'accident, je vois ma sur
sur la route, les premiers secours, la position de la voiture.
De mon enfance il ne me reste que des souvenirs négatifs, je
ne me souviens pas des réactions de mes parents, je pense qu'il
n'y a eu aucune explication, chacun s'est enfermé dans le non-dit,
probablement pour ne pas blesser l'autre, pour ne pas avoir à
justifier. Bref je ne peux parler en leur nom, le sujet de l'accident
est devenu un sujet tabou dans notre famille, nous ne parlons jamais
d'Anita. Pourtant cela ouvrirait les curs, je n'en doute pas,
mais ne sachant où en sont mes parents par rapport à ce
deuil, je n'ose pas, à mon tour, faire mal.
C'est à l'adolescence, peut-être plus tôt, mais mes
souvenirs en sont là, que je me suis posée l'éternelle
question " pourquoi Elle et pas moi ????? " (pourquoi est-elle
morte et pas moi), mais je n'avais pas de réponse. Puis la douleur
a ressurgit lors de ma première grossesse (24 ans) : j'espérai
un petit garçon pour ne pas faire revivre à mes parents
le contact d'une petite fille. Adrien est né un 9 septembre.
J'ai suivi une première thérapie sous hypnose pour essayer
de m'autoriser à vivre avec des idées positives mais l'éternelle
question était toujours là. Puis une seconde grossesse
à 34 ans ; enceinte le 11 novembre 1997 (Anita était partie
ce 11 novembre 1968) tout de suite j'ai imaginé attendre une
petite fille. Le 15 août 1998 notre bébé est né
!!!! Il ne s'appellera pas Eléa mais Bertrand !!!!!
Le bonheur d'avoir mon p'tit gars en pleine santé dans les bras.
Pour ce p'tit bout j'ai laissé mon bureau pendant 3 ans de congé
parental. J'ai suivi une nouvelle thérapie et j'allais dire enfin,
mais oui je peux le dire quand même, j'ai accepté l'idée
qu'Anita vivait ailleurs et que je devais vivre moi aussi et profiter
de cette vie avec mes enfants et mari, mon entourage. C'est vrai que
je reste sensible moralement mais j'ai retrouvé confiance en
moi.
Un jour de l'été 2003, à partir de l'article de
journal relatant notre accident, seul support palpable que j'ai, j'avais
tenté de retrouver l'endroit exact de notre accident en 1968.
Mais je suis revenue de là-bas déçue.
Puis à nouveau cet été, à partir de l'acte
de décès d'Anita je suis repartie à B......t mais
le maire de la petite commune m'a alors parlé d'un remembrement.
Une nouvelle déception !!!!
Mais en rentrant j'ai pris mon clavier et lui ai écrit, lui relatant
les faits et ce besoin de retourner sur ce lieu, de reprendre contact
avec les personnes de la ferme qui nous avaient apporté les premiers
secours. J'ai aussi écrit à M. Le procureur de notre département.
Ils m'ont tous les deux recontactée : l'un pour m'envoyer un
plan et les coordonnées des personnes que je souhaitais rencontrer
(le remembrement n'était pas passé par là) et l'autre
pour m'envoyer la copie du procès verbal de l'accident.
Ouf, ma mémoire ne s'est pas trompée !!! les faits et
gestes étaient identiques à ce qu'elle me retraçait.
Je suis rassurée.
Pourtant, malgré ces coordonnées en main, je suis restée
là, je n'ai pas repris contact. Je veux y aller, j'irai mais
j'ai mal. De plus lorsque je me rends là-bas c'est en secret
de mes parents, mon mari me soutient dans mes démarches mais
je veux vivre seule ces instants.
Voilà pourquoi je n'ai pas encore donné suite à
vos précédents mails et courriers, j'ai tout pour venir
vous rencontrer : la semaine de congé, le véhicule pour
ce long chemin, le soutien de mon mari qui m'accompagnerait à
Lille (mais pas aux conférences) mais ça bloque encore
..
Voilà, vous me connaissez un peu plus, est-ce que je peux vous
demander de me conseiller : participer ou pas à ces deux conférences
???? est-ce que après celles-ci et une fois seule je ne risque
pas de faire des bêtises en essayant tout contact avec Anita ???
Lorsque qu'une personne proche de moi (mes grands-parents que j'ai perdu
au cours de ces 4 dernières années) décède,
je ne suis pas triste car je me dis qu'elle va enfin retrouver Anita
et Elle retrouvera un peu de sa famille.
Amicalement,
Le 23 septembre 2004:
Depuis notre contact, ma recherche est restée au point mort,
pourquoi ????? pour le moment je n'en sais rien.
Merci encore de m'avoir conseillé la lecture de "Mémoires
de vie, Mémoires d'éternité", je l'ai lu,
aimé, il m'a aidée, rassurée, je l'ai prêté
à une amie qui l'a prêté à sa mère,
à son gendre et sa fille. Comme quoi de plus en plus d'entre
nous ont une pensée "positive" quand à notre
avenir et celui de nos proches pour après. J'ai dit "oh
non " en apprenant le décès d'Elisabeth Kubler-Ross
mais c'est bien une réaction spontanée humaine, après
réflexion je me dis qu'elle est sans doute heureuse et sans soucis
de santé maintenant.
Le 28 septembre 2004:
Je ne sais mettre un mot sur le sentiment ressenti en pensant
que cette partie triste de va vie sera lue, "exposée sur
le net" alors que j'ai du l'enfouir et ne plus en parler au sein
de ma propre famille .....
Le 29 septembre 2004:
Cette nuit a été encombrée de rêves
et cauchemars.
Dans un de ces rêves ma mère avait à nouveau une
petite fille qu'elle appelait ALICIA. (dans la réalité
juste après l'accident le médecin de famille lui a dit
"il faut tout de suite avoir un autre enfant pour remplacer Anita."
David est né).
ALICIA, ANITA, je n'avais jamais fait le rapprochement des ces prénoms
consciemment.... et ce matin en se levant Bertrand me dit : "ça
aurait été bizarre si tu m'avais appelé Eléa
!"
je lui réponds donc : "ah bon pourquoi ?"
lui "si j'avais été une fillle tu m'aurais appelé
Et Léa !
moi "oui mais pas Et Léa mais Eléa en attaché"
-il commence son CP-
lui "ah bon comme ça, oui c beau"
Cette nuit est-elle un signe ? cela restera un mystère ! mais
quel éclaircissement au réveil !
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