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Mais qu'est-ce qui apparaît «essentiel» à ceux et celles qui se préparent à partir?

Il semble évident que l'esprit mourant, malgré sa résistance à quitter la vie, finit, à un certain moment, par convaincre l'instinct, du caractère vain de résister à ses attachements et l'oblige à lâcher totalement prise. Ainsi, à partir du moment où l'esprit a convaincu l'instinct d'accepter tout abandon, l'amour absolu, la béatitude, envahit immédiatement la place occupée par la résistance à la matérialité.

En d'autres termes, à partir du lâcher prise, l'esprit chavire automatiquement dans la béatitude (et lorsque notre esprit est dans la béatitude, il n'y a plus aucune place pour la crainte).

 

À l'heure du bilan final, il semble bien que ce qui importe n'est pas d'abord la somme des biens que nous avons pu accumuler ni la liste de nos performances et de nos exploits de tout genre, mais la qualité des liens privilégiés que nous avons
créés, pour le meilleur ou pour le pire: une femme, un homme qu'on a aimé profondément, des enfants pour qui on était prêt à tout donner, des amis inconditionnels, mais aussi un conjoint avec qui la vie a été plutôt difficile, un enfant, une amie avec qui les liens ont été brutalement coupés...

Source des plus grandes joies, des peines les plus profondes et des soucis les plus inquiétants, ces liens privilégiés apparaissent vraiment comme ce qui donne à la vie son sens profond et sa saveur particulière.

Témoins de l'importance centrale que prend aux yeux des personnes confrontées à la mort l'expérience d'aimer et d'être aimé, ceux qui les assistent sont ainsi renvoyés à leur propre vie.
Cette importance centrale des relations privilégiées se vérifie également dans le deuil.

Mais la proximité de la mort nous rappelle que nous serons dépouillés de toutes nos possessions et de toutes nos médailles.
Elle nous invite ainsi à une longue transformation - qui est peut- Et si la mort avait quelque chose à dire être notre tâche essentielle -, elle nous invite à passer d'un rapport à la vie dominé par l'affirmation de soi, le narcissisme, la possessivité, la maîtrise et le contrôle à un autre caractérisé par l'ouverture du coeur et de l'esprit et par un désir de communier avec les êtres plutôt que de les posséder.

La conscience de la mort nous invite donc à élargir une conscience trop exclusivement obnubilée par le moi et à redécouvrir un sentiment d'appartenance à quelque chose de beaucoup plus grand que ce moi: appartenance à une famille, à un groupe humain, à un peuple, à la famille humaine dans son ensemble; appartenance à la nature, à l'univers ou au cosmos; appartenance à la vie (qui inclut la mort) et, si l'on y croit, au divin. À cet élargissement de la conscience correspond une façon de comprendre la mort qui ne la réduit pas à sa face cruelle.


Si je suis enfermé dans les limites de mon individualité, de mon petit moi et de sa soif de posséder, la mort est en effet scandale absolu, absurdité totale et catastrophe irrémédiable puisqu'elle est destruction du moi. Si au contraire je me saisis comme faisant partie d'un tout beaucoup plus grand que moi, si j'ai le sentiment presque physique d'appartenir à la Vie et de m'abandonner à cette Vie qui inclut la mort, je puis peut-être développer un autre rapport à la mort où elle cesse d'être l'ennemie par excellence.

 


 


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