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La Lettre de Lohengrïn

 

 

 

 

 


Lundi 27 octobre 2005, il y a maintenant 4 mois et 11 jours qu'a eu lieu mon opération.


Ce même soir, je mange seul dans un restaurant quand mon voisin, un monsieur d'une cinquantaine d'années, m'aborde et me demande ce que je suis en train d'écrire.
Je le lui explique en deux mots et nous voilà partis à parler de la vie, de la mort, de la maladie et de ses conséquences pas seulement sur la personne malade mais également sur son entourage. Il m'explique que son ex femme, atteinte d'un cancer du cerveau, est en phase terminale.La culpabilité le ronge et bien des fois il se demande pourquoi " elle et pas moi "?
Il me dit aussi que les amis ne sont plus là…. qu'à travers la maladie, c'est la mort qui se profile et qui fait peur. Alors j'ai pensé à vous, famille, amis, qui êtes restés près de moi durant tout ce temps, vous qui ne m'avez pas lâché, à aucun moment.j'écris donc ce texte pour vous, pour vous expliquer que la notion de courage si elle existe ! est complètement dépassée dans ces moments là. L'amour de la vie est la seule chose qui permette de surmonter les épreuves. Je suis presque sûr que sans vous je ne l'aurais pas fait. Il m'a fallu certes du courage mais à vous tous aussi.
Uniquement raconter mon histoire n'est pas suffisant car les mots se perdent et c'est seulement en prenant le temps de l'écrire qu'on peut se " livrer " et " imprimer " tous ses souvenirs.
Chacun y rajoutera de son vécu et de ses impressions.

 

A LA MEMOIRE D'UN CŒUR


Paris, début avril 2005 dans un parc près de la Seine entre Notre- Dame et l'île Saint- Louis,
Carla et moi profitons des premiers rayons du soleil, allongés sur l'herbe, lorsque mon téléphone se met à vibrer…. c'est Pascale, l'assistante de Madame Lecas.D'ordinaire toujours pleine de gentillesse et d'humour, elle a cette fois-ci la voix plus calme, presque grave. Il y a des fois où une simple intonation se répercute dans votre corps …….et le monde s'écroule !
Je ne me souviens pas des termes exacts mais ça donnait quelque chose comme... : " Lohen, Madame Leca a bien étudié tous tes examens, elle en a parlé avec plusieurs spécialistes notamment le chirurgien qui t'a opéré la première fois et tous pensent qu'une nouvelle opération est imminente, j'ai consulté le planning et cela serait possible pour le 15 juin prochain "
Carla qui n'avait évidemment rien entendu , avait déjà compris à la vue de ma tête décomposée qu'on parlait de l'opération et d'un geste tendre, m'a posée sa main sur l'épaule.

A cet instant me sont remontées d'un coup, toutes les phases de l'histoire.
Isabelle qui avait lu le livre de Francine un an plus tôt et écrit " à tout hasard " une lettre qui trouva ,de suite,un accueil très favorable à l'hôpital Necker, puis tous ces examens à Paris. Je me souviens également de mes convictions à ce moment- là : je fais quelques examens pour faire " plaisir " à tout le monde mais hors de question qu'on me touche ! Et pour ce qui est de l'opération ils pouvaient s'asseoir dessus ! J'estimais que c'était trop tôt pour y retourner, je n'étais pas prêt et pour tout dire, j'étais mort de peur ! D'ailleurs cette peur et tous ces souvenirs se traduisaient par un malaise dès lors même que je posais le pied dans un établissement hospitalier ou devrais je dire " in-hospitalier ". En témoigne ce jour où Madame Leca me demanda de faire une coronographie, examen relativement courant mais que je redoutais par-dessus tout. J'ai donc fait l'effort d'aller à la clinique du Millénaire de Montpellier où j'avais rendez vous avec le Docteur Gallet qui avait la lourde tâche de me rassurer et de me convaincre de le faire. En salle d'attente tous les bruits, lumières, odeurs me furent un vrai supplice, j'étais à deux doigts de prendre mes jambes à mon cou et tchao tout le monde. Je fis toutefois bonne figure en imitant à la perfection le patient passionné par ce qui allait lui arriver et avide de tout savoir, en vrai je n'avais qu'une envie….partir au plus vite !
Mais revenons au parc et à la conversation téléphonique.
C'est incroyable ce qui peut se passer dans une tête en si peu de temps !dans ces cas là, il ne faut toutefois pas tergiverser durant des heures surtout quand on s'appelle Lohen je n'ai d'ailleurs pas le souvenir d'avoir posé la moindre question, j'ai juste répondu : " laisse- moi deux minutes et je rappelle ".

Alors je me suis tourné vers Carla qui déjà avait compris et était partante ! Hum !hum ! C'est toujours plus facile de décider quand ça ne vous touche pas directement !
J'ai bien tenté de lui expliquer que ça n'était pas une décision à prendre à la légère et que ça ne serait pas facile pour tous les deux. Elle acquiesçait pour tout ….je repris mon téléphone……. et, basta ! confirmai la date de l'intervention.

Au même moment un coup de sifflet retentit dans le parc nous laissant entendre de façon peu gracieuse que le gazon pousserait mieux sans nos fesses dessus ! Moi qui aime bien en placer une dans ces moments là, histoire d'exprimer mes pensées " perso " j'ai pris mon pull et suis parti…… complètement hébété.
A l'instant même où je franchis la porte du parc je tombe nez à nez avec mon grand ami Max le frère de Tom……..celui là même qui était à mes côtés lorsqu'on a découvert ma malformation cardiaque, il y a de cela plus de dix ans lors d'un séjour de vacances où nous nous étions rencontrés et avions sympathisé ! Avouez que c'est plutôt troublant !


Aujourd'hui je reconnais qu'en fait j'avais envie de me lancer dans cette nouvelle épreuve, c'était une façon de me délivrer de tout ce que je redoutais depuis tant d'années, que je refoulais et qui se manifestait par diverses peurs et angoisses que je traînais avec moi.

 

Il me restait trois mois avant le grand jour c'était assez pour me préparer psychologiquement et trop peu pour que j'ai le temps de noircir le tableau !
Ce que je redoutais le plus, la peur et la panique " chez les autres " ne s'est pas produit !et c'est seulement Carla qui a du assumer toute ma nervosité ! Lorsque l'on se voyait, j'étais distant et désagréable, cocktail détonnant pour décourager même la plus tenace des amoureuses, mais elle a tenu bon, Dieu merci !
Je me lançais à cœur perdu dans le travail et multipliais les rencontres avec les amis mais malgré tout je commençais, surtout le dernier mois, à sérieusement décrocher ! Le sommeil devenait plus difficile à trouver, les rêves tournaient tous autour de ce fameux jour j, et mes pensées étaient toutes obnubilées par cette date butoir du 16 Juin.
J'ai profité de cette attente pour faire ce qui m'avait été rendu impossible lors de la première opération tant à cause de mon âge qu'à cause de mon inexpérience : me soucier de ma famille.
Mes sœurs bien sur notamment Zelda qui s'était plainte par mon âge certes et donc mon inexpérience : me soucier de ma famille.
Mes sœurs bien sur notamment Zelda qui s'était plainte de n'avoir jamais été tenu au courant lors de la première intervention !
J'avais beaucoup moins de craintes pour Charlotte mais je savais qu'elle devait quand même y penser ……enfin, bref ! J'ai passé quelques coups de téléphone par- ci, par- là histoire de tâter le moral ! J'ai aussi pensé à Isabelle qui devait se ronger un peu les sangs…..après tout ….c'était un peu par son entremise que tout cela arrivait !
Mais de mon coté c'était clair qu'elle n'était pour rien dans la décision d'accepter l'opération, celle-ci me revenait à moi seul et je l'assumais entièrement !
Si je m'empêchais de penser au pire je n'arrivais toutefois pas à imaginer le meilleur des scénarios ! Je me connais, je m'emballe je m'emballe mais si ça rate bonjour la chute ! Et puis, inverser la vapeur n'est vraiment pas chose facile, on m'avait tellement persuadé, durant toutes ces années passées que les médicaments seraient à prendre à vie et que je pourrais très bien vivre ainsi. Quand on s'en imprègne durant plus de dix ans, ça finit par s'ancrer !

 

L'échéance des trois mois a fini par arriver et l'intervention est maintenant dans moins d'une semaine, sachant que la date sera décalée d'une journée ! On est vendredi après- midi et je suis sur le départ pour Paris, à ce moment là tout se fige. Je laisse derrière moi travail, amis, petits tracas quotidien… j'avais décidé qu'il faudrait que j'arrive à mettre un rideau de fer avec la vie (normale) et que seul compterait la préparation au grand saut.
J'ai passé le week end avec Carla et nous n'avons pensé qu'à nous ce qui m'a permis de ne pas trop laisser aller mon esprit à des vagabondages tortueux. Les choses sérieuses ont commencé le lundi 14 juin quand je me suis présenté, accompagné de ma toujours pétillante Carla, à l'institut Montsouris où je devais, après avoir passé une échographie, rencontrer l'anesthésiste puis le chirurgien. Je me sentais étonnamment bien en entrant, toutes mes peurs me laissaient tranquille. Après l'écho nous avons eu le temps de bavarder car l'attente fut longue….. 5 heures exactement ! avant que nous puissions enfin rencontrer l'anesthésiste ce qui permit de faire réviser Carla, alors en pleines partielles de fin d'année. C'est alors qu'il est arrivé en blouse blanche, a pris une chaise pour la poser devant nous comme pour ne pas nous paniquer. À ce moment là mon ventre s'est noué et l'adrénaline est montée. Il m'a alors posé toute une série de questions, sur d'éventuelles allergies ou autres complications et a demandé bien d'autres informations dont je ne me souviens pas.
Une fois les formalités passées, il nous a expliqué, de façon détaillée, le déroulement de l'opération. Je ne sais si ce fut une prise de conscience et je ne sais toujours pas ce qui s'est passé en moi mais pendant qu'il nous expliquait consciencieusement toutes les différentes phases, mon visage est devenu livide et j'ai commencé à ne plus comprendre un mot de ce qu'il racontait. Ce fut insupportable, il fallait que je sorte ou j'allais m'évanouir ! Mais j'ai tenu le choc, m'affaissant chaque seconde un peu plus, mes mains étaient moites, je fus pris de vertige et je bougeais sans cesse comme pour me secouer et revenir à moi. Heureusement le supplice se termina avant que je ne m'écroule pour de bon. Nous avons du attendre encore un peu avant de voir arriver Francine accompagnée du chef du service cardio dont j'ai oublié le nom. Toujours aussi vaillante et rayonnante d'intelligence, elle s'excusa de l'attente nous expliquant que mon cas étant difficile, demandait beaucoup de temps et qu'en gros ils ne savaient pas véritablement comment ils allaient s'y prendre ! Malgré l'immense confiance quasi aveugle que j'ai pour Madame Leca, cette information supplémentaire avait de quoi rajouter une couche de blanc sur mon visage déjà bien livide !
La discussion dura 5mn, étant sans voix je ne voyais pas quoi ajouter et comme Carla non plus, nous sommes repartis silencieux vers la voiture.
A peine la porte fermée, je me souviens avoir éclaté en sanglots, j'avais pris conscience…..de ce qui m'attendait !
J'ai voulu appeler Carole pour lui expliquer ce qui avait été dit mais c'était impossible, d'une part, je pouvais à peine parler et d'autre part, je n'avais pas retenu la moitié de ce qui avait été dit. Carla fut, une fois de plus, présente pour se charger de retransmettre les explications qu'elle avait, elle bien enregistrées. Nous somme rentrés à Levallois et je me suis appuyé à la rambarde du balcon, en état de choc, pour lâcher la pression après la claque que je venais de prendre. Michèle (la mère de Carla) entra quelques instants plus tard et me trouva dans cet état. Elle est venue vers moi et je lui ai alors dit que je m'excusais mais que ça n'était pas le bon moment, elle me répondit qu'au contraire, çà l'était et elle m'a serré dans ses bras. Ses quelques mots m'ont marqué, j'ai été très sensible à son geste.
Je dois dire que s'il y a une chose avec laquelle j'ai bien du mal, c'est de pleurer devant quelqu'un mais là, je me suis laissé aller !


La nuit de lundi à mardi fut très pénible, les cauchemars qui jusque là m'avaient épargné, ont redoublé d'intensité à mesure que s'approchait le jour J.
Avec maman, on a voulu organiser une petite soirée avec tous les proches, histoire de mettre un peu de gaieté au milieu de tout ce marasme. Ce fut formidable et extrêmement touchant d'être entouré de tous ses amis et je les remercie très profondément d'être venus ce soir là c'était important pour moi. Je regrette seulement qu'Isabelle n'ait pu venir, je voulais que ce soit aussi sa soirée.
Je garde très précieusement ce livre où vous avez tous laissé un petit mot écrit de votre main.


Enfin la veille du grand jour, je dis enfin car je le redoutais tout autant que je l'attendais. J'avais rendez vous à l'institut pour 15h mais en attendant, on devait tous se retrouver dans un restau que Carla connaissait non loin de Saint Germain. La famille au grand complet ainsi que Pierre et Fred étaient de la partie. Evidemment les parents sont arrivés avec un franc retard ce qui pour le coup m'a mis quelque peu en pétard. N'étant pas d'un naturel patient, je l'étais encore moins ce Mercredi 17 juin.
Après le restau Fred, Pierre et Carla ont dû partir et nous avons filé de notre coté en taxi rejoindre ce qui allait être " mon quartier général " durant ces prochaines semaines.
A notre arrivée, nous étions tous de bonne humeur, la chambre était vraiment agréable pour un hôpital et franchement bien équipée. Papa a dû lutter pour ne pas s'installer sur le lit et succomber à….. l'appel de la sieste. Je garde un souvenir délicieux de ces quelques heures passées tous les cinq, on avait l'impression d'être quelques années en arrière quand nous vivions encore tous sous le même toit.
D'être avec vous, fut le plus beau des réconforts !
Les heures passant, l'heure du repas arriva et je dus me forcer à avaler quelques fourchettes avant de battre en retraite devant si peu d'attraits gustatifs. Voyant que tout le monde commençait à avoir faim je leur ai bien dit de partir manger mais ils voulaient attendre le retour de Carla.
Chez les C...., le ventre est ce qu'est un parachute au parachutiste… vital ! il fallut donc trouver une stratégie afin de parer à ce manque et pour ce faire nous nous somme glissés en bas afin de savoir si nous pourrions " exceptionnellement " sortir manger puis revenir dans la chambre ? Personne ne s'opposant à notre requête nous voila partis à la recherche du pain béni.
Nous sommes entrés dans un restau chinois au moins avec eux c'est du rapide. Malgré l'encas pris quelques minutes plus tôt me voila salivant devant un menu bien de chez eux. Je me suis littéralement empiffré et j'ai bu comme trou car je savais, par expérience qu'au réveil, j'allais souffrir du manque de celle-ci.
Carla nous rejoint, mangea un bout et nous voilà repartis direction Montsouris.
Là, ce fut nettement moins drôle, la nuit était tombée et toute la famille fit un simple aller- retour dans la chambre me laissant pour une minuscule heure, seul avec Carla.
Ca a été dur mais ce fut une bonne chose qu'elle soit présente jusqu'au bout. Elle qui m'avait souvent demandé de lui parler de ce qu'était pour moi la maladie je lui ai enfin répondu que ça ne pouvait pas s'expliquer par des mots mais qu'il fallait le vivre !
Quelques préparatifs étaient exigés avant de me coucher comme la séance " rasoir " et " épilation ". Je ne voulais pas qu'une infirmière le fasse et j'ai donc exécuté, seul, la délicate opération avant de montrer le résultat à une Carla bien amusée.
Puis je me suis allongé sur le lit…Mon Dieu que j'avais peur, je me suis mis à pleurer et comme un gosse je ne voulais pas la voir partir. Me retrouver seul face à moi-même me terrifiait.

Je ne sais plus ce que nous nous sommes dit car j'étais déjà dans un état quasi second mais je me souviens de cette peur qui vous prend de l'intérieur et ne vous quitte pas.
Après son départ je n'ai pas réussi à trouver le sommeil malgré les médicaments qu'on m'avait donnés pour me calmer.
Etre ici dans un hôpital 13 ans, quasiment jour pour jour après la première intervention avait quelque chose de complètement fou, j'ai pris mon lecteur avec le CD des mouettes et j'ai regardé par la fenêtre les lumières de Paris.
Du petit matin il ne me reste que peu de souvenirs, Jacques est arrivé alors que je finissais ma douche de bétadine. Un infirmier m'avait laissé deux pilules sur la table et c'est au moment de les prendre que je me suis dit : " c'est parti " et mes souvenirs s'arrêtent là.

 

 

Puis ce jour où je n'ai plus vécu.


Une voix d'homme, rassurante, s'est approchée de moi à l'instant même où j'ai repris connaissance, comme s'il savait avec précision, l'heure à laquelle j'allais me réveiller.
Il devait contrôler si tout se passait bien, notamment ce gros tuyau vert qui m'avait permis de respirer artificiellement durant plusieurs heures. L'infirmier m'explique alors que je garderai le tuyau encore quelques temps, le temps de s'assurer que j'étais bien capable de respirer par moi-même.

Curieusement ma première réaction n'a pas été de me demander comment s'était passée l'opération mais de fixer cette pendule en face de moi, elle indiquait 22h00 précises (en rééducation j'ai rencontré une personne qui très curieusement m'a décrit lui aussi cette scène de la pendule). M'étant endormi le matin à 6h00 j'ai eu l'impression de n'avoir pas existé durant toute une journée, de n'avoir pas fait partie de votre monde durant tout ce temps là !
Comme si mort le matin on m'avait ressuscité le soir ! Je me souviens avoir eu une pensée de soulagement… ça y est, c'est fait et je suis bien vivant ! Avant l'opération nombre d'amis et de médecins me bombardaient de pourcentages rassurants sur les risques des opérations du cœur à notre époque, le risque d'y rester étant soi-disant presque infime !
Je mets toutefois au défi tous ces penseurs pleins de bonnes intentions d'être à ma place, alors je pense qu'ils évalueront leur pronostic avec encore plus de circonspection ! Voila c'est dit.

J'étais dans un brouillard épais mais j'avais conscience des bruits et la lumière m'apparaissait sous l'aspect d'un étrange orange. La sensation de soif fit alors son entrée fracassante ! Du peu de chose dont je me souvienne lors de la première intervention, la soif fut sûrement mon plus mauvais souvenir, je me rappelle avoir terriblement souffert du manque d'eau ! Je savais qu'une nouvelle fois je ne pourrai y couper alors la veille de l'intervention j'avais pris la précaution de m'hydrater un maximum. Déjà pour profiter de cette précieuse matière avec le plaisir d'un condamné fumant sa dernière cigarette mais également dans l'espoir de limiter au maximum, le manque à venir.
Je ne sais si cette démarche fut véritablement efficace ou si mes souvenirs avaient noirci le tableau mais dans tous les cas ce fut un peu moins raide que je ne l'avais imaginé. Quand le corps manque de quelque chose il sait le réclamer, d'autant plus si cette chose est aussi vitale que l'eau. Sous l'effet de la morphine, de l'anesthésie et de la fatigue, mon cerveau a créé un monde d'eau, j'étais sur des volcans d'auvergne et j'avalais les bouteilles comme un assoiffé à ceci près que le manque était toujours un peu plus fort. J'ai alors voulu appeler un des infirmiers pour lui mendier une goutte d'eau mais le bouton d'appel était introuvable. Bardé de tuyaux en tous genres de la tête au pied, à bout de force et sans la moindre possibilité d'émettre un quelconque son tant mes cordes vocales avaient été abîmées par le tuyau qui me permettait de respirer quelques minutes plus tôt je ne pus appeler qu'en sifflant.
Au bout de quelques instants, mon chant fut entendu par un infirmier, quelque peu désabusé par mon sifflement. Il me rétorqua d'ailleurs qu'il n'était pas un chien. Complètement désemparé par sa réaction, moi qui au contraire respecte le plus profondément du monde le personnel hospitalier, j'ai tenu à lui expliquer la situation comme j'ai pu, je me souviens même qu'il a du coller son oreille à mes lèvres pour tenter de comprendre mes mots.
Il me tendit alors le fameux bouton et accéda à ma requête en m'amenant un bout de tissu imbibé d'eau, j'étai heureux et étonné d'avoir eu si facilement gain de cause alors qu'à la première intervention, personne n'avait cédé ! Dans tous les cas, je devrais toutefois patienter presque 7 heures avant de pouvoir espérer boire normalement.
En attendant, l'infirmier revint rapidement avec ce petit bout de bonheur que j'ai posé sur mes lèvres, et j'ai commencé à aspirer tout ce que je pouvais prendre avant de renouveler ma demande. Très rapidement je fus pris de spasmes qui en fait étaient des vomissements, n'ayant déjà plus rien à sortir ils se manifestèrent par des contractions au niveau du ventre qui furent très pénibles, faisant travailler tout mon abdomen celui-ci même qui venait d'être ouvert et qui désormais était habité par plusieurs drains et autres fils !
Le temps n'avait plus la même valeur, j'avais l'impression de m'endormir une heure et quand j'ouvrais à nouveau les yeux, cinq minutes seulement venaient de s'écouler, le temps me paraissait très long.
Le cocktail fatigue, morphine, anémie, manque d'eau me provoqua d'ailleurs pas mal d'hallucinations, j'avais l'impression d'être dans plusieurs chambres à la fois et que le lit était dans des positions différentes . Encore aujourd'hui je garde le doute tellement ce rêve éveillé me paraissait vrai.
Toutes ces drogues me plongeaient dans des états complètement fous et si certains se posent la question d'essayer de telles substances, pour ma part je n'ai pas du tout apprécié leur effet.
Je préférais avoir mal plutôt que de " partir ", d'ailleurs les infirmiers voyant que je n'écoutais pas leurs conseils mais que je n'étais pas bien du tout ont pris la décision, d'appuyer,à plusieurs reprises sur le bouton : il faut bien avouer qu'ils m'ont soulagé.
J'ai souvent eu envie de monter mon lit puis de le descendre afin de varier les positions mais, ne voulant pas constamment déranger les infirmières, j'ai entrepris de le faire moi-même… mes amis quelle bataille !!!
Je ne pouvais pas bouger d'un pouce, j'ai bien essayé tout ce que je pouvais, la tête, le bras, le coude et ce fut finalement ce dernier le plus efficace même si je ressentais parfois de violentes crampes.
Pour éviter que ma peau ne s'abîme à l'endroit où elle touche le matelas, les infirmiers passaient régulièrement pour me masser le dos avec un produit type synthol.
Cela me procurait bien, après coup une sensation de fraîcheur pas désagréable au vu de la chaleur ambiante mais je redoutais ce moment.
En effet, pour accéder à mon dos il fallait me mettre sur le coté et donc me tourner !
Branché de partout et dans l'état où j'étais, cela devint très vite un véritable supplice. Autant dire combien je n'appréciai guère cette foutue lotion !
Le deuxième jour je fis la connaissance d'Olivier, ce fut une merveilleuse rencontre.
Sûr dans ses gestes, agréable, simple et rassurant, il était " mon ange blanc ". Le fait d'avoir une présence dans ma chambre me faisait déjà du bien mais lui, en plus me réconfortait. Il faisait ma toilette, me rasait et plaisantait, cela semble peut-être idiot mais de se sentir propre et frais procure un bien fou. Il essayait de plaisanter mais pour le coup je fus moyennement réceptif… me semble-t-il !
Le voir débouler dans la chambre était pour moi un vrai bonheur, je redoutais quand 20h approchait car je savais qu'il partait et le matin je m'accrochais à cette foutue pendule attendant avec impatience qu'elle affiche 7h30, l'heure à laquelle il faisait son apparition ! Je connaissais son emploi du temps par cœur.
En fin de matinée j'entends prononcer mon nom au téléphone et je comprends que ma mère est au bout du fil. Si j'avais seulement pu, j'aurais pleuré ! Quel bonheur que de l'imaginer, je sentais déjà son parfum d'ici.
Je me souviens seulement de leur avoir demandé comment ça s'était passé et encore de papa empoignant le combiné et me criant que je n'aurais plus jamais d'anticoagulant à prendre et que l'opération s'était très bien passée, ça m'a soulagé de l'entendre parler ainsi. Maman, un peu mécontente après lui ajouta que Madame Leca tenait à être la " première " à me l'annoncer ! Euh, j'ai bien !conscience de faire une "bourde " mais c'est pour la bonne cause ! Souvenirs, souvenirs obligent !

Je sais qu'ils ne m'entendaient quasiment pas, mes cordes vocales étant complètement abîmées par le fameux tuyau vert. De plus dire seulement trois mots me demandait beaucoup d'énergie …….et je n'en avais pas.

Dans la journée Olivier m'annonça la venue prochaine de Madame Leca dans le service, elle voulait me voir et m'annoncer personnellement…… ce que j'étais censé ne pas savoir !
L'effet " Leca " créa un soulèvement général dans les couloirs " Leca va passer ! Leca va passer ! ", Olivier lui-même était furibond de ne pas avoir sur lui le livre qu'elle avait écrit et qu'il voulait lui faire dédicacer.
J'étais à la fois extrêmement heureux pour ce qu'elle venait d'accomplir mais également très fier d'être l'un de ses patients.
Mais ce fut une fausse alerte, pas de scalpel en vue !

Une nouvelle nuit passa entre chaleur, délire et cette foutue pendule qui n'avançait pas. Je ne fermai quasiment pas l'œil de la nuit car en plus du reste, mon estomac commençait à me faire souffrir à son tour.
Enfin le matin arriva et Olivier avec…. dans l'après midi j'eus la visite de toute la famille et de Carla.
Je me suis alors sérieusement demandé si je n'aurais pas dû prévenir Zelda avant d'entrer, en effet j'avais peur de la confronter à mon état et à ce spectacle si difficile pour les proches qu'est la réanimation. Elle avait déjà bien trinqué la première fois et je ne voulais pas que cela se reproduise.
Je me souviens qu'Olivier a pris du temps avec mes parents et Carla pour leur expliquer la situation et bien les rassurer. Je tiens ici encore à souligner sa profonde humanité car je ne pense pas que beaucoup d'infirmier se soucie tant de l'état psychologique de leur patient.
En fin de journée ma très chère Madame Leca fit enfin son apparition ! J'étais heureux qu'elle passe mais mon estomac et mes nuits blanches me plongeaient dans un état tel que j'ai dû faire un réel effort pour la recevoir dignement !
Malgré tout je fis le surpris quand elle m'annonçât…… que l'opération avait été un succès et que les médicaments ne feraient désormais plus partie de ma vie. Je n'ai pas pu lui témoigner ma joie et fis ce que je pus pour lui montrer mon étonnement mais la douleur devenait insupportable ! Elle s'en aperçut d'ailleurs, les radios montraient que mon estomac était bourré d'air et qu'il commençait à comprimer mon cœur. Elle dit à Olivier qu'il fallait agir. Quelques semaines après l'hôpital, elle me dira qu'elle avait bien vu que je ne disais rien mais que je morflais, cette phrase fut très importante pour moi !témoin de son extrême sensibilité et attention à mon égard !
Au départ, il était question de ne rester que deux jours en " réa " et on y était ! On m'annonça alors que je devrais rester encore un peu car je n'étais pas encore jugé apte à rentrer en hospi. En effet outre l'estomac, mon cœur s'emballait constamment et je ne pouvais rien faire pour le calmer.
Plus les heures passaient et pire ça devenait ! Ce foutu estomac devenait un véritable supplice, ils me donnèrent bien un médicament pour provoquer de l'aérophagie mais rien n'y fit. J'entrepris bien une série de rots mais sans succès. La deuxième solution et la plus radicale consistait à introduire un tuyau dans le nez jusqu'à l'estomac afin de créer un " échappement " !rien que çà !
Non, je ne voulais pas de cette douloureuse " manip " !
Le soir arriva et je revis cette jeune infirmière à qui j'avais dis au revoir, persuadé que j'étais alors de ne plus passer une nuit dans cette chambre……. La nuit s'installa et bien sur pas de marchand de sable, la douleur était bien trop vive et la morphine que je m'envoyais, n'avait aucun effet. Un patient de la chambre d'à coté fut bien plus énergique que moi et entrepris d'arracher ses fils et ses drains, le personnel dut intervenir à plusieurs reprises.
De mon côté, je refis mes au revoir à cette très sympathique infirmière……à nouveau persuadé de ne plus la revoir !
A la fin de la matinée du troisième jour Olivier entra avec un tuyau et, comme à son habitude m'expliqua, calmement, ce qui allait se passer. Complètement épuisé je crois que j'ai bien lâché trois larmes !..... Puis que voulez vous je me suis laissé faire…..
Ce fut un exercice des plus désagréable mais payant et efficace. Il ouvrit la vanne au bout du tuyau et l'air s'échappa…..enfin !
Je pensais que je ne le garderais pas longtemps mais il me répondit que tout dépendrait de mon estomac et qu'il fallait compter au moins 24 H. !
Je ne pouvais supporter ce bout de plastique constamment logé dans mon nez et ma gorge mais bon…
Dans l'après midi, ma belle Carla vint me rendre visite, elle me paraissait d'une vigueur sans pareil…..moi complètement affaibli et sans aucune force, j'avais l'impression d'être une fourmi et que, d'un simple revers de la main ,elle pouvait m'écraser !.
J'étais à ce moment, en pleine lutte psychologique, tous les éléments (douleurs, morphine etc...) s'y accordaient ! Je m'accrochais comme je pouvais mais de drôles de pensées de " mort " m'habitaient…
Moi qui comme la plupart des gens la redoute plus que tout, elle ne me paraissait plus si méchante au contraire même….. libératrice. Comme elle me paraissait même douce vue d'ici, si je n'avais l'âge que j'avais je ne me serai pas battu !
Il est tout compte fait si facile de franchir la barrière même pour un amoureux de la vie comme moi. Ces pensées ne me quittaient plus tant elles m'étonnaient et me fascinaient.
Sur le lit, je suis fixé sur l'horloge et ces minutes qui ne passent toujours pas pour abréger mes souffrances ! Carla est assise près de moi et je lui chuchote que je n'en peux plus que c'est trop dur et je crois même que je pleure. Carla, d'ordinaire si peu impressionnée par tous ces tuyaux, ces machines et autres seringues, craque pour la première fois et se met, elle aussi à pleurer ! Elle voit bien que ça ne va pas.
On a d'ailleurs pas mal reparlé de ce moment quelques semaines plus tard.

Je commençais à ne plus supporter du tout l'odeur de la chambre, le bruit de la machine à air et surtout tous ces tuyaux dans le ventre qui me vidaient de l'intérieur.
Enfin quelques bonnes nouvelles !aujourd'hui on m'enlève le tuyau que j'ai dans le cou et mon ventre me fait beaucoup moins mal.
L'équipe du soir refit son apparition et ma " charmante " infirmière me revit une nouvelle fois. La douleur s'étant atténuée, je commençais enfin à trouver le sommeil mais ce foutu tuyau me gênait.
Je pris la décision de " négocier " avec l'infirmière : elle m'enlève le tuyau pour que je puisse dormir et ils me le remettent le lendemain matin. Bien sur, pour moi c'était clair qu'ils pourraient se le mettre où je pense ce tuyau..de…
Enfin la délivrance…… elle avait accepté et me l'enleva, quel bonheur !! Maintenant je peux me préparer pour une vraie nuit et avant tout boire un peu. Pour ce faire, Olivier m'avait bricolé un système pour me faciliter la vie.
Dans un grand verre, il avait plongé un bout de tube médical qui faisait office de paille, ce qui permettait de boire tranquillement sans trop avoir à bouger. Ce fut tout de même terriblement difficile de boire car l'eau ne parvenait pas toujours au bon endroit et je m'étouffais souvent.
J'avais trouvé une astuce qui consistait à stocker l'eau dans ma bouche tel un hamster et petit à petit, goutte par goutte, enfin boire ! Cette technique n'était pourtant pas tout à fait au point, en effet, reprenant peu à peu confiance en moi j'avalai d'un coup une bonne gorgée et me suis littéralement étouffé ! De surcroît j'ai laissé échapper le précieux liquide.
Après cela la nuit fut plus paisible que les autres
Au matin suivant, on m'annonce que j'allais enfin être débarrassé de quatre de mes cinq drains, bon je n'étais tout de même qu'à moitié soulagé car les enlever n'allait pas être une partie de plaisir, d'ailleurs plus l'heure approchait et plus je redoutais !
Olivier entre dans la chambre avec un docteur, une nouvelle fois les hallucinations recommencent et j'ai l'impression d'être dans une autre chambre avec une luminosité et un agencement différents…
Je suis très nerveux, Olivier avec sa voix douce et rassurante m'explique le déroulement et me dit qu'il faudra bien respirer au moment où il tirera sur le drain.
Je commence à paniquer un peu car je sens que ça va faire mal et la fatigue n'aidant rien je leur enlève les mains dès qu'ils touchent mon ventre.
Olivier me demande de me calmer, de toutes façons, il faudra le faire et bouger ne fera qu'empirer les choses. Ils coupent les fils qui me suturent les ouvertures, Olivier me donne la main où son bras je ne me souviens plus et je me cramponne dessus de toutes mes force, à ce moment, le médecin me dit de respirer fort et tire sur le drain. La sensation des tuyaux traversant le corps est désagréable et douloureuse mais enfin il est sorti !!!!! Je relâche un peu la pression sur mon pauvre Olivier. Je suis aussi essoufflé que si je venais de dévaler les escaliers !
Je sais qu'il en reste encore deux…..non quatre !…. !! En effet il y en a deux que je n'avais pas vus. Deux fils bleus, tout petits qui étaient en fait des fils type " électrique " au cas mon cœur …..serait tombé en panne !
Je suis complètement épuisé mais débarrassé de tous ces tuyaux que je ne supportais plus.

Carla passe en fin d'après midi et la chaleur de ce mois de juin est à son comble ! Dans les couloirs c'est l'effervescence et tout le personnel soignant, Olivier en tête, part dans une gigantesque bataille d'eau, à coup de verre puis de bassine….. La guerre fait rage !
Je demande alors à Carla de me donner une seringue vide et de me la remplir d'eau, je veux en être !
Elle me la pose dans la main et je tourne la tête comme je peux pour pouvoir observer la porte, je ne voyais que très flou mais une blouse blanche même floue, ça ne se rate pas !
Il n'y a pas eu a attendre longtemps, j'en aperçois une et là j'appuie de toutes mes forces sur la seringue. Opération réussie… en plein visage, manque de bol la cible n'était pas celle que j'escomptais……. Le directeur du service s'est trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment, au mauvais jour, la gaffe !
Olivier lui est plié de rire et me rassure, il n'y a pas de mal au contraire apparemment " ça " l'a même déridé. Le sérieux revient et je lui dis que je veux sortir d'ici, que je ne supporte plus la chambre et lui supplie de me faire transférer en hospitalisation.
Mon cœur bat vite et de façon irrégulière, de plus je suis très faible et mon petit accident au niveau de l'estomac font que ma sortie est sans cesse reportée alors que d'autres, arrivés bien après moi sont déjà sortis depuis belle lurette ce qui à la fois me désespérait et me faisait enrager.
Cependant des bruits de couloirs circulent comme quoi une sortie serait envisagée pour le lendemain matin. Tout le monde semble se réjouir mais je me méfie car en cas de changement, je resterais seul avec ma déception !
Mais promesse tenue, le lendemain matin, l'annonce est officielle, je " dégage " en fin de matinée.Avant il faut me faire beau et retirer les derniers tuyaux telle la sonde gastrique et autres filaments clairsemés sous la peau.


Enfin grand départ ! J'allais quitter cette ambiance de cauchemar et surtout ce foutu bruit de bulleur à oxygène ou de ces seringues qui diffusaient du liquide lors des ravitaillements en " antidouleur ". Je ne les supportais plus, leur simple vue me donnait la nausée!!!!!!
Cà y est le brancardier vient me chercher, il entre dans la chambre et me dit : " Monsieur Contre, êtes-vous prêt, on y va ? " pour sûr que j'étais près, si j'avais pu, j'en aurai même crié de joie !
Durant le court trajet, j'étais littéralement aux anges ! Le simple fait de me mouvoir provoquait une légère brise et me " ventilait "le visage…..c'était délicieux !
L'hospitalisation était pour moi une étape importante qui voulait dire, tu as fait le plus dur !
Quoi que…

Je n'arrive toujours pas à manger et mon cœur ne tourne pas vraiment rond, d'ailleurs les médecins m'ont donné des bêtas bloquants pour tenter de le calmer.
Le Cardiologue M.r Z......, plutôt sévère mais d'apparence seulement, s'en inquiète.

Dans les jours qui suivirent, ce fut presque un train- train, je ne tenais pas la journée , il fallait donc que je dorme, les visites qui auraient du me procurer tant de plaisir, devenaient de véritables exploits pour tenter de dire trois mots et tenir cinq minutes les yeux ouverts avant que la tête me tourne et que je ne puisse faire autrement que me laisser aller dans les bras de Morphée ! Me nourrir est toujours un problème, je n'ai pas faim et je vois pourtant bien que j'en aurais grand besoin… c'est simple je passe mon temps à dormir. Il faut pourtant que je reprenne des forces d'une manière ou d'une autre, je me suis donc mis en tête de penser au plat qui me ferait le plus envie…
Un melon !!! Voila c'est ça qu'il me faut, sucré, frais, et juteux à point ! Je fais donc passer le mot à ma grand-mère, elle est un peu un la " Madone " en matière de qualité gustative avec elle, ça fait mouche à tous les coups !
Inébranlable, elle traverse Paris presque chaque jour pour venir passer du temps près de moi, et pourtant… Chaleur, fatigue, Gay prade et j'en passe, auraient pu maintes fois la décourager !mais rien n'y fait !d'ailleurs, qu'elle passe où non j'avais le droit chaque matin au coup de fil rituel…. c'était d'ailleurs quasiment la seule personne à qui je répondais.

Il me reste un drain, je ne le supporte plus mais j'avoue que ma récente expérience de les ôter, m'a quelque peu refroidi !
Toutefois, pour accentuer mon " bien-être " une stagiaire est chargée, non pas de me l'enlever mais de le décoller. Je pense qu'à ce moment j'ai du viré au blanc par ce qu'elle m'a dit : " desserrez votre point je ne fais que le décoincer… "
Oui et pourquoi au fait, dois- je le desserrer ?
Mais effectivement je n'ai pas trop eu de mes deux mains pour me cramponner, le drain avait commencé à faire sa place…..à un mauvais endroit… sacrée stagiaire !!!!!!!

Isabelle la responsable du service hospi fait alors son entrée pour passer à la phase finale. J'ai beau avoir confiance en elle mais je ne sais pourquoi mes mains l'agrippent ! " Du calme Monsieur Contre, vous avez fait le plus gros ". Là elle me dit de respirer fort et me retire le dernier tube, s'en suit la séance de couture habituelle, puis elle parle de retirer le pansement, celui qui recouvre ma cicatrice !!!!
Vous dites ?je pense qu'un jour de plus serait préférable, ma chère Isabelle. Elle me dit ok pour le sursis, je n'avais vraiment pas envie de vivre sans lui ! La sensation autour de ma cicatrice est très désagréable, en effet en ouvrant tout, mes nerfs furent sectionnés et la peau est devenue dure comme du carton.

Entre temps mon melon " tant attendu " est arrivé je dirais même " sont arrivés ". Le mot fut passé à tous les amis qui à leur tour et très gentiment, m'en amenèrent, ma chambre était devenue la " plaque tournante " du melon sur Paris. Je me sens bien !çà bouge à nouveau autour de moi…. Fatigué, faible mais, intérieurement apaisé, ouf !
Le lendemain je suis invité à m'installer sur une chaise roulante afin de descendre faire un scanner. Le scanner n'est pas douloureux, çà chauffe beaucoup c'est tout.mais vu l'état d'épuisement où j'étais, la moindre contrainte physique devenait une " affaire d'état ". On arrive enfin en bas, le brancardier me laisse et je me retrouve seul sur une chaise, complètement affaissé par la fatigue et le manque de force et je vois le personnel hospitalier déambuler par ci par là je leur dis bonjour comme si tout allait bien alors qu'intérieurement je voudrais leur crier : " vite, allongez moi quelque part, sur le sol même " ! Au bout d'un long moment, c'est à mon tour et je m'installe difficilement sur la planche, le médecin me demande alors de me mettre dans une position qui me tire sur la cicatrice et il insiste pour étirer de plus en plus. Il me dit que tout va aller vite, j'ai l'habitude de ce genre d'examens et je sais donc que l'iode qu'ils injectent va me brûler le corps notamment au niveau des fesses et l'infirmière me teste et me demande de lui dire quand je sentirais la chaleur, moi qui n'en pouvais plus j'ai voulu ruser et je lui dis très rapidement : " là, ça chauffe " quel imbécile !!! Elle n'avait encore rien injecté……
L'examen se passe plutôt bien mais c'est trop et j'ai envie de pleurer ….. Heureusement tout va assez vite et, dans la foulée, je réintègre mes quartiers.
En fin de journée le docteur Zicrone entouré d'infirmières, fait son entrée dans la chambre, je suis plutôt heureux de le voir mais j'allais vite changer d'avis….. Il m'annonce en effet que les battements de mon cœur ne s'arrangent pas et qu'il va falloir faire une coronographie pour voir s'il n'y a pas un caillot qui se serait logé dans l'une de mes artères. Là, c'en est trop et je m'écroule, la " coro " est l'examen par excellence qui me terrorise ! Ça ne s'arrêtera donc jamais. Comment ai-je pu croire que c'était fini ???!!!!!
Pour le coup, je discute et lui demande s'il n'est pas possible de faire autrement, d'attendre un petit peu ? J'ai souvent des problèmes de rythmes cardiaques quand je suis fatigué et comme je suis complètement épuisé il faut peut être juste me laisser le temps de reprendre ….
Rien à faire, il me répète qu'il pense que c'est plus grave, je ne veux pas pleurer devant eux mais c'est trop dur et je laisse échapper quelques larmes.
Je me reprends intérieurement : ce cœur est mon combat et c'est dans ces moments- là qu'il faut faire face et c'est comme ça que tu t'en sortiras !
D'accord, faites- la mais le plus tôt possible ! Il me répond qu'elle se fera le lendemain matin.
Ok, mais maintenant j'aimerais être seul s'il vous plait ! Il me dit encore quelques mots sympas pour m'encourager et sort. Là, j'éclate en sanglots, c'est trop dur, je n'en peux plus, tout devient noir, tout s'écroule.
Dans ces moments-là, chacun réagit à sa manière, moi je me gonfle à bloc et intérieurement je suis furieux, ok tu dois le faire alors on va le faire, tu as peur c'est normal il va falloir faire avec et ne pas craquer c'est la vie mon gars et ça va te faire du bien de t'y confronter !
Mais très vite j'ai besoin de parler à quelqu'un, spontanément, j'appelle Christine, (famille " gingin ", amis proche de la famille). Je lui explique la situation, ça me fait du bien de lui parler elle a toujours les mots qui me font du bien.
Et c'est reparti….. Douche de bétadine et rasage délicat et oui la " coro " çà se passe à endroit délicat qu'on cherche à cacher derrière je ne sais quel bout de tissu.
C'est sans appel, c'est moi qui rase !
La nuit ne fut pas des plus douces et le matin arrive déjà, direction le bloc, c'est à nouveau la panique, je perds toute notion de contrôle, et la peur m'envahit ! Je suis allongé sur le brancard et l'on m'installe sur la table, je délire complètement, je leur dis que je ne suis pas prêt et que je suis terrorisé. Ils me demandent si je veux qu'on m'endorme complètement mais je leur réponds que non…… que je ne veux pas perdre le fil de l'histoire.
Je me reprends : " allez y c'est bon mais expliquez moi bien tout ce qui ce passe ! "
Ils ont vraiment été super, ils m'ont expliqué chaque phase. Ils endorment au niveau de l'aine et par conséquent la jambe droite puis font un trou pour pouvoir passer un premier câble équipé d'une mini caméra au niveau de l'artère afin de faire un premier diagnostic.
Je suis étonné, je ne sens quasiment rien et devant moi une télé me permet de voir ce qui ce passe même si je n'y comprends pas grand-chose !
Il se trouve qu'effectivement un caillot est resté coincé dans une artère circonflexe et c'est bien la cause d'un léger infarctus.
Infarctus apparemment du à une erreur humaine lors de l'opération mais je n'en ai que faire le boulot fait est formidable et cet incident n'a aucune incidence quand au succès même de l'intervention.
Je remonte enfin, ça y est j'ai fait cette foutue " coro " que je redoutais tant.
Il ne faudra pas bouger la jambe aujourd'hui me dit une infirmière, ça tombe plutôt bien je n'avais rien de prévu pour aujourd'hui !farniente au lit….com. d'hab !
Le lendemain c'est un grand jour, le kiné vient et je vais enfin pouvoir commencer à marcher.
En fait ce fut un coup dur, debout je tenais à peine droit et elle devait me tenir à chaque pas !
Accompagné du kiné, de mes perfs et d'un ordinateur sur " patte ", nous nous engageons dans le couloir.
C'est tout de même un vrai bonheur que de pouvoir être enfin debout ! Le souffle lui ne suit pas du tout et au bout de quelques pas je n'en peux plus et je dois m'asseoir, je suis littéralement découragé par la triste performance que je viens d'effectuer. On a beau me dire que c'est normal au vu de l'opération subie, ça fait cependant quelque chose d'être si vulnérable alors qu'une semaine plus tôt je courrais, dansais... là je suis une feuille, un enfant me bouscule et c'est la chute. Nous repartons toutefois à la charge je veux y arriver mais je me cogne une nouvelle fois à cette terrible fatigue.
La marche deviendra mon nouvel objectif, il faut que ça revienne !
A peine revenu dans mes quartiers, j'entreprends de me relever pour tenter de me laver, d'après eux je peux prendre une douche. De l'eau fraîche sur le corps, j'en ai rêvé souvent mais quand à l'exécution de la manœuvre ça me semble très délicat. Je demande à une infirmière de m'aider et de m'installer une chaise dans la douche mais prendre une douche veut dire enlever le pansement et mouiller la cicatrice et pour ça je ne me sens pas encore prêt.
On va commencer par le rasage et je verrai ensuite. Je me faufile donc jusqu'à la salle de bain et m'installe péniblement sur la chaise posée devant le lavabo. Mon rasoir est posé quelques centimètres plus haut mais je n'arrive même pas à tendre mon bras en l'air ! Je n'ai plus assez de force. Dans ces moments soit tu appelles les infirmières soit tu entreprends le système D (démerde- toi), quelques minutes plus tôt j'avais refusé l'aide de celle-ci et je comptais bien réussir seul, ça n'était pas tant de la fierté mais plutôt la certitude que plus tôt je m'efforcerai de redevenir autonome et plus vite je me remettrai. Toujours assis, je pose mes doigts sur les joints du carrelage posé au mur et tente l'ascension jusqu'à cet "inaccessible " rasoir. Il m'a fallu m'y prendre à plusieurs reprises mais finalement le but est atteint. Je me repose un peu, les efforts déployés m'ont fait tourner la tête. Au même moment j'ai la visite de ma cousine Leslie, elle aime rire et n'est pas du genre à s'apitoyer sur l'autre, exactement ce dont j'avais besoin, ce fut un grand plaisir de l'avoir à mes côtés ! Me voyant, pauvre galérien assis sur ma ridicule chaise en plastique, elle éclate de rire ! Les " jacku " ont un esprit moqueur surdéveloppé !
Je lui explique que la douche ne sera pas pour aujourd'hui mais que j'ai une formidable envie de me laver les cheveux, et c'est parti ! La tête incrustée dans le lavabo, Leslie plonge à cœur perdu dans la mousse bienfaisante !quel bonheur !!!!Çà " mousse-mousse " dans ma tête et dans mon cœur…..
Le soir c'est au tour de Patrick de passer, il venait quasiment chaque jour. Il est une des personnes " maîtresses " de l'histoire, toujours là quand j'en avais besoin, il rapportait souvent des fruits que nous mangions ensemble.
Un soir, Antoine et Camille (ses enfants) l'ont accompagné et il faut dire que " père et fils " réunis, ça donne quelque chose de détonnant. Le kiné m'avait laissé un jouet un peu spécial qui consistait à aspirer le plus fort possible afin de faire monter trois billes. Personnellement j'arrivais difficilement à faire bouger la troisième et les voila faisant un concours à celui qui aurait le plus de souffle, l'un après l'autre ils aspirent comme des dératés. Ça a eu le mérite de nous faire tous rire et de créer un climat euphorique le tout accompagné d'un magnifique coucher de soleil sur les toits de Paris.
Antoine qui a quelque peu la bougeotte part traîner dans les couloirs quelques instants…… en rentrant dans la chambre le voila qui s'écrie : " hum… çà sent le sapin ici ! ", Camille rigole mais est choquée par la réflexion de son frère. Patrick a la même réaction, moi je suis plié, encore aujourd'hui en écrivant ces lignes ça me fait toujours autant rire.
Ces moments de rire partagé, c'est de l'or et dans l'état actuel des choses…..c'est BON !

Les nuits passent mais je ne trouve toujours pas le sommeil, " scotché " au câble, je regarde, effaré, une émission qui s'appelle Fight Club. Ce sont des hommes particulièrement costauds qui se battent à mains nues et les règles sont quasiment inexistantes.
Je trouvais incroyable de se battre ainsi, de se faire mal, de se détruire volontairement alors que d'autres doivent se battre pour pouvoir vivre, ils se mettaient des coups effroyables et je restais perplexe à me demander : " mais pourquoi cette destruction ???? " Le plus incompréhensible, c'était de voir ces types se défoncer la tête de toutes les façons possibles puis de se serrer la main comme deux bon potes en fin de partie… si toutefois ils étaient encore conscients !
J'étais également fasciné par leur force comparée à la mienne, ceci dit, c'est simple tout le monde m'impressionnait, la seule capacité de courir, sauter danser ou même effectuer un mouvement rapide me fascinait !

Aujourd'hui ça va mieux, j'arrive à marcher sans m'arrêter jusqu'au bout du couloir, quand le but est atteint, la kiné me demande de m'asseoir et de récupérer.
A ce moment là tout se fige, je suis torse nu, faiblard, blafard, voûté par la cicatrice, maigre comme une allumette, je me trouve planté devant deux belles jeunes femmes d'une trentaine d'année et qui respirent la santé. Leurs regards sont fuyants mais elles ont du mal à ne pas regarder le spectacle de ce jeune homme balafré, suivi par une armada de fils et d'aiguilles… il y a dans leur yeux comme de la pitié, moi qui quelques jours plutôt était comme elle !je ne suis pas " çà " ce n'est qu'un mauvaise période à passer ! C'est en fait très complexe à décrire mais je n'avais qu'une envie, me couvrir et partir. Je ne suis d'ailleurs plus jamais sorti sans un tee-shirt. Ce jour là j'ai vraiment eu l'impression de passer de l'autre coté de la barrière celle de ces gens que l'on regarde dans les documentaires et dont on dit : " oh les pauvres, c'est horrible " sans rien comprendre à la souffrance réelle de ces " dits " pauvres gens.
La nuit je m'installe souvent sur le gros siège à coté du lit, je me sens à la fois apaisé et triste, j'attribue cette tristesse à la beauté de l'évènement. Cette aventure est aussi tragique qu'elle est merveilleuse….. Elle entraîne l'être dans des profondeurs qu'il ne peut atteindre habituellement. Bien que Francine Leca soit attiré par de " nouvelles expériences " comme pouvait lui offrir mon " gros et délicat " cœur elle a pris un véritable risque pour rendre ma vie plus légère. Essayer d'imaginer la pression qu'elle a du subir jusqu'au dernier moment ….car elle ne savait pas vraiment comment elle allait s'y prendre… elle a réussi ce genre d'exploit qu'on imagine dans ses rêves les plus fous sans jamais croire que ça puisse arriver. Et puis votre soutien, vos craintes, cet immense amour que j'ai ressenti pour vous et de vous. Je me suis senti porté, épaulé et c'est une chance formidable. Il y a encore la bonté du personnel soignant pour que le patient vive le mieux possible ses douleurs, il y a là vraiment de quoi pleurer, non ?
Depuis que j'ai commencé l'écriture de cette histoire, souvent les larmes me viennent
Un après midi où j'attendais la venue de Carole, je me suis mis à écouter NTM (je pense qu'il est inutile de préciser de quel genre de musique, il peut s'agir).
Je tombe sur une chanson qui parle de la vie, des épreuves et de l'importance des proches, sur un ton bien de chez eux c'est-à-dire avec force…
Elle me bouleverse et je pleure, cependant je me contiens le plus possible, maman arrive d'un moment à l'autre et je ne veux pas qu'elle me voie ainsi, elle a assez donné ! Aujourd'hui quand je dis que NTM m'a fait pleurer….on me regarde comme un fou !
Si j'avais pu associer une chanson à cette histoire, c'est précisément celle-ci que j'aurais choisie.

Carla passera me voir en fin d'après midi comme chaque jour depuis mon entrée à l'hôpital, pour moi notre relation est devenue difficile, l'opération ma rapprochée des notions de vie essentielles, de la mort et de l'être humain dans sa nature la plus simple. Elle, elle vit à fond entre petits boulots, fin des exams, amis, et préparation de son départ pour Oxford. Je me sens complètement en décalage et surtout je ne suis pas là pour l'accompagner ce qui me donne un sentiment encore un peu plus fort de solitude et d'impuissance. Je voudrais être avec elle mais dans mon état, c'est impossible de plus je vois mon jour de sortie s'éloigner à mesure que je m'en approche, en effet les médecins ne veulent toujours pas me laisser partir. Mais moi je ne vois qu'une chose c'est le départ de Carla pour ses vacances d'ici quelques jours et que je voudrais passer du temps avec elle.
Du coup, toutes les réflexions même anodines de médecin ou d'infirmier concernant mon état me reviennent à l'esprit. Il faut que je leur montre que je vais mieux et que je suis apte à partir.
La nuit je marchais dans les couloirs pour travailler mon souffle, j'étais maintenant le plus ancien du service et je connaissais donc bien les infirmière de nuit, on discutait souvent et je leur posais des questions histoire de….je connaissais également quelques patients et je passais par elles pour avoir de leur nouvelles. Il m'arrivait même d'apporter de l'eau ou de remonter le coussin à l'un d'entre eux qui ne pouvait se déplacer, ça me faisait du bien de me sentir utile, dans cette période délicate où je vivais.
Je ne m'endormais jamais avant 2h du matin alors je continuais ma valse de " randonneur hospitalier ". Je le faisais pour passer le temps mais également pour leur montrer à tous que je marchais ….bien et qu'en somme j'allais de mieux en mieux !
Je le suis tellement d'ailleurs qu'un soir je suis parti dans l'aile opposée du service, là où se trouve le matériel du personnel de nettoyage, la vue y est imprenable, j'étais seul, au calme…tout à coup, j'entends s'agiter dans le service, je ne dis rien et ne prête pas plus d'attention que ça aux déambulations du personnel qui m'étaient désormais familières. En fait c'était le branle-bas de combat ils avaient perdu un patient et n'arrivaient pas à remettre la main dessus ! Il faut savoir que chaque patient est continuellement équipé d'électrodes qui donnent constamment son rythme cardiaque à un ordinateur central qui se trouve au poste des infirmières, or, le fait de m'éloigner, avait coupé le signal et affolé toute la troupe !
J'arrive de mon lent pas de grand- père dans l'allée, la surveillante haletante me regarde effarée, je lui dis : "alors quoi, c'est la course il y en a un qui ne va pas bien ? "
Je crois que ça l'a clouée : " où étiez- vous monsieur Contre, on vous cherche partout ? "
Là, j'ai compris que j'avais peut être pris un peu trop mes aises (ce qui d'ailleurs ne m'a pas pour autant empêché de le refaire la nuit d'après, les couloirs n'avaient pas encore étanché ma soif de curiosité)
"L'info " est redescendu à l'infirmière de jour et je me suis fait charrier toute la matinée, au moins ça leur faisait quelque chose à raconter et ça renforçait l'impression de bonne santé que je dégageais ! Que du benef !!!!
D'ailleurs le lendemain le bruit court que ma sortie est imminente…. Superbe avec Carla les pronostics vont bon train, on pourra rentrer tel jour…. ce qui nous laissera tant de temps, mais je me méfie, on m'a déjà fait le coup plusieurs fois ! Les Hôpitaux sont les " pros " de la " fausse bonne nouvelle " !
Et vlan !çà n'a pas raté , le docteur Zicrone vient me voir pour m'expliquer qu'ils souhaitent me garder encore plusieurs jours en observation, évidemment je suis très déçu alors je tente une négociation active afin de raccourcir ma peine, mais ça ne paraît pas gagné.
Le lendemain matin la jeune kiné m'annonce que je vais passer le test à l'effort afin d'évaluer mon état physique. C'est une très bonne nouvelle car il rime avec sortie mais c'est aussi pour voir si je ne vais pas devoir rester encore un peu plus.L'enjeu est donc super important !
Je suis chaud comme une bouillotte et j'effectue quelques derniers échauffements avant la venue de " Maître " kiné et de son questionnaire physique, échauffement du reste plus psychologique qu'efficace étant donné que ma liberté de mouvement reste tout de même très restreinte.
Tout d'abord la marche dans le couloir, inutile de dire que là je suis " sur préparé ", quoi que mon souffle me fasse encore quelque peu défaut. A chaque pas dans le couloir, une infirmière, un médecin ou une aide soignante que je côtoie maintenant depuis presque deux semaines me lance une petite blague, me demande comment je vais ou me félicite tout simplement pour mes progrès.
C'est vrai que j'adore me promener dans cette allée en moquette, il y a toujours un sourire à offrir, quelques mots à partager. Je me sens comme chez moi le personnel me semble familier, je " tire " souvent (quitte à perdre le signal avec l'ordinateur) jusqu'à la " réa " qui se trouve à l'autre bout pour passer dire bonjour à mon grand ami Olivier, il est bien sur très occupé mais prend toujours cinq minutes (souvent sa pause) pour me parler.
Quand on en vient aux mots, il n'y a ni enrobage ni faux- semblant, on est chacun très heureux de se revoir. Il passe de temps en temps me voir dans ma chambre, j'aime lui parler sa présence me rassure toujours.
Donc ! J'étais essoufflé disais-je mais le rythme est bon et je me sens bien, petite pause, retour et nous passons à la deuxième épreuve du marathon, la fameuse montée des escaliers !
Pour le coup le plus fatigué ce n'est pas moi mais la jeune stagiaire qui me suit avec tout le matériel médical, c'est-à-dire un beau bordel ! (Ça n'a rien à voir mais alors que j'écris ces lignes dans un bar une coupure générale vient de plonger Lyon dans le noir et me voila à me servir de mon ordinateur portable comme lampe pour la quinzaine de clients amusés !) Au bout d'une dizaine de marches, ça tire derrière, je me retourne et je vois ma jeune kiné haletante, blême au bord du malaise et assommée par la chaleur caniculaire de ce mois de juin.
" Bon on va s'arrêter là, quelques minutes Mr Contre ", je ne peux m'empêcher de rire, c'est le " malade " qui attend le médecin…
"Escaliers réussis " (pour la kiné,s'entend !) je m'apprête à regagner mes pénates quand le cardiologue m'arrête : " allez, Mr Contre vous m'avez l'air bien en forme on va vous faire passer un vrai test à l'effort "et moi toujours partant quand il s'agit de battre des challenges….je m'installe aussitôt sur un vélo mais très vite j'ai un mal de fesse terrible, mes muscles ont tellement fondu qu'ils ne supportent même plus mon poids !
Bref après un bon dépoussiérage du vélo (qui visiblement ne doit pas souvent servir) je me mets au travail, tout se passe bien mais l'appréhension me freine, je n'ai plus confiance en mes capacités physiques et cardiaques et la chaleur accentue mon délire en me surchauffant.
Je demande à m'arrêter au bout de quelques minutes je ne me sens pas bien du tout.
Le cardiologue ne constate rien d'anormal et comprend bien que je ne suis pas à l'aise dans mes baskets, il m'en fait d'ailleurs la remarque avant de me dire d'arrêter.

Même prématurément arrêté, il donne des résultats positifs, ouf… me voila enfin sur la bonne voie, je vais pouvoir lâcher un peu prise et laisser mes craintes d'une mauvaise nouvelle, s'évaporer. Cela fait maintenant deux semaines que je suis sur un lit, enfermé dans un hôpital et je n'en peux plus, je me sens étouffer et je commence parfois même à devenir " claustro " .J'en viens à en avoir peur de descendre et ne plus réussir à remonter, il est clair que la fatigue et le ras le bol sont les déclencheurs de mes vielles angoisses retrouvées.
Quelques jours plus tôt maman est passée me voir et nous sommes descendus tous les deux dans le jardin de l'hôpital, petit mais sympa, surtout quand il y a deux semaines que vous n'avez pas mis le nez dehors ! C'est là que les peurs sont arrivées, je me suis assis, et très soudainement, j'ai eu envie de pleurer. Je ne me sens pas a l'aise du tout, je suis fatigué, fragile et maintenant angoissé de reprendre ce foutu ascenseur pour remonter au cinquième, non pas ça ! Pas ces foutues angoisses ! J'ai demandé à remonter, je ne voulais pas laisser s'aggraver le processus…..

Mais aujourd'hui la réussite à ce test à l'effort me redonne du baume au cœur, j'appelle Carla et lui dis que je compte obtenir une autorisation de sortie pour la soirée, je veux aller manger au restaurant ! Elle me connaît et reste prudente quand à mes projets délirants, elle me demande si l'hôpital a donné son autorisation ? Quand elle est comme ça, moi ça m'emmerde, le coté pratique et autorisation des gens me fait chier, c'est ça qui les empêche de rêver et les rend pénibles, voilà, c'est encore dit ! Chez moi c'est d'abord les idées, l'autorisation (quand je la demande) passe bien après je dirais même que c'est un…… détail.
Mais, là pour le coup il la fallait vraiment… (Hum)
Je passe voir le cardiologue qui par chance n'est pas Mr Zicrone, il est en congé et me laisse le champs libre……pour un numéro " spécial lolo ". Je ne sais plus ce que je lui ai dit mais je ne me souviens pas avoir aussi bien baratiné (je plaisante c'est formidable à chaque fois !).
Tour ça pour dire que cinq minutes plus tard, je repartais avec mon petit papier m'autorisant à quitter l'hôpital dès 20H et ce….. jusqu'à 24h, c'était très drôle, j'avais l'impression d'avoir demandé à mon papa l'autorisation de 23h et d'avoir gagné une heure de plus !" ouais, t'es super papa ! " J'ai donc rendez vous à 21h en bas de Montsouris où me rejoindront Carla et Michelle.
Je suis surexcité à l'idée de retrouver l'air libre, retrouver le monde qui avance .Je ne pouvais faire meilleure première sortie qu'être accompagné par ces dames…..
J'avais un peu peur de la réaction de Michelle en me voyant ! Le Lohen qu'elle a vu pour la dernière fois a pris un sacré coup. Je savais qu'elle ne montrerait rien (c'est une dame, une vraie !). Je m'apprête donc pour sortir, deux infirmière m'aident à me coiffer et me pouponner j'ai envie d'être présentable, elle se mettent à parler chiffon et l'on part dans un beau délire sur le thème : " et si il n'y avait pas le regard de l'autre comment je me vêtirais ? " Je vous laisse à votre imagination…….. Vous verrez c'est très intéressant !

Cela fait seulement quelques petites minutes que j'attends et déjà mes jambes tremblent de fatigue, c'est alors que je comprends. Mes petits tours dans les couloirs entrecoupés de ma pause canapé me donnaient l'impression d'être en forme mais ça n'était que de la poudre aux yeux, comme j'ai été naïf ! Je comprends que la soirée va être difficile, heureusement les voila ! Je vais pouvoir l'air…. de rien m'accrocher à leurs bras solides !
C'est un sentiment formidable de marcher dans Paris, vivant !… J'insiste sur ces mots par ce qu'ils ne me quittent plus depuis mon réveil jusqu'à aujourd'hui (même s'ils se font plus discrets).
Quelle dégaine ! Voûté par la cicatrice, aussi gros qu'une allumette, pâle comme du lait je me lance dans la marche victorieuse d'un escargot au galop….
Très vite nous trouvons un resto italien, les places en terrasse sont prises et il ne reste plus qu'une place au fond de la salle, je rappelle que nous sommes en pleine canicule le fond de la salle est donc légèrement surchaufféééééé ! Pour le coup je déchante, la tête me tourne je m'affaisse et je commence presque à me dire que tout compte fait il aurait été plus raisonnable d'être resté couché, je me suis cependant rappelé que je n'avais pas encore mangé ce qui évidemment a son importance….
Effectivement le calcul était fort judicieux, un petit plat et …ça repart, en bref ce fut un très bon moment passé avec vous, Mesdames, merci beaucoup.
Le lendemain ça suffit je dois sortir d'ici, pourquoi moi je reste alors que je vois tout le monde partir, qui plus est ,des patients arrivés bien après moi ! Ça tombe mal le cardiologue vient m'annoncer qu'ils veulent me garder un ou deux jours de plus, je fulmine, comment ça ? Mais vous m'aviez dis mardi ?!!!
Non Lohengrïn je vous avais dis mercredi !
La s'en est trop je m'énerve et je lui explique que je suis sûrement le plus en forme de tout le service cardio et que de me garder ici ne tient pas debout. D'ailleurs hier soir tout s'est bien passé (oh, la gaffe !) : " Comment ça, vous êtes sorti hier soir ???? "
Je continue en lui expliquant que je ne bougerai pas de Paris et qu'ils m'auraient à " leur entière disposition " dès qu'ils le demanderaient. Je continue en expliquant que mon amie part bientôt et qu'il est important pour moi de passer un peu de temps avec elle avant son départ.
Rien n'y fait ce médecin est une vrai tête de mule et la seule réponse que j'obtienne, est : " c'est Francine Leca qui prend les décisions, vois avec elle".
Il ne croyait pas si bien dire, elle m'avait donné son numéro de portable " perso "quelques mois plus tôt afin de la contacter pour un examen. Je l'appelle et la dérange en plein cours de théâtre, cette femme est décidément incroyable, en plus de son travail qui parait déjà une montagne elle trouve le temps de faire du théâtre….. Je lui explique la situation et argumente du mieux que je peux, elle me répond d'un ton très calme que mon opération a été très longue, que j'ai perdu beaucoup de sang et que mon rythme cardiaque reste préoccupant.
Je comprends que ça n'est pas gagné et joue ma dernière carte : " laissez- moi sortir je suis à votre entière disposition et je vous promets que je resterai calme, je ne suis pas si fou "….
Elle n'est pas dans un lieu propice à la discussion et me dit qu'elle a bien compris ma requête.
Autant dire que le miracle n'est pas pour aujourd'hui.

Cette nuit là, comme souvent je m'assieds sur le bord de la fenêtre en face de la tour Eiffel, je me suis inventé un nouveau jeu : poser les yeux sur la " Dame de fer " au moment où elle s'illumine. J'aime me poser et contempler Paris, je regardais également la tour Montparnasse, se dresser, imposante et vertigineuse. En regardant les lumières des bureaux j'imaginais la vie active des salariés. Le décalage me semble important, je les imagine marchant à vive allure dans la rue afin de ne pas arriver en retard à leurs dîner entre amis, la vie avance et je ne faisais plus partie de celle-ci. Le temps s'est arrêté depuis ma sortie du bloc, j'ai l'impression qu'un flux actif court partout laissant cet établissement hors de la course folle du temps et des gens. Concernant mon travail, j'avais prévenu certains clients qu'ils pourraient continuer à m'appeler sur mon portable à tous moments, un d'entre eux m'a contacté récemment pour organiser une OP dans son magasin, je passe un coup de fil à mon patron afin qu'il s'en occupe mais avec le peu de voix que j'avais, je me fatiguais à chaque mots. J'ai compris qu'il y avait un temps pour tout et qu'il fallait créer une vraie coupure avec tout ce monde actif….. J'ai donc commencé par couper le portable du boulot…..

Et pourtant le lendemain matin, Mr Z...... vient m'annoncer que Leca a annoncé ma sortie pour le lendemain, je suis effaré, me voila quasiment libre. Il faut maintenant procéder à une nouvelle négociation pour éviter d'être " envoyé " en maison de repos rempli de vieux….
Lors d'une conversation à ce sujet, Madame Leca m'a dit qu'elle me connaissait et qu'elle n'était pas tranquille de me savoir libre dans la nature, sans contrôle.
Je lui jure mordicus que je suis tout à fait conscient de la situation et que ce serait folie de ma part que de négliger la convalescence. Je crois qu'elle a découvert une nouvelle facette de ma personnalité, et oui je suis plus têtu qu'un troupeau de mule et pour le coup j'évite l'hospice !
Pour l'anecdote elle dira d'ailleurs à ma mère dans une conversation téléphonique : " votre fils a négocié dur " à quoi ma mère aurait répondu que c'était bon signe !

 


 


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