La Lettre de Lohengrïn

Lundi 27 octobre 2005, il y a maintenant 4 mois et 11 jours qu'a eu
lieu mon opération.
Ce même soir, je mange seul dans un restaurant quand mon voisin,
un monsieur d'une cinquantaine d'années, m'aborde et me demande
ce que je suis en train d'écrire.
Je le lui explique en deux mots et nous voilà partis à
parler de la vie, de la mort, de la maladie et de ses conséquences
pas seulement sur la personne malade mais également sur son entourage.
Il m'explique que son ex femme, atteinte d'un cancer du cerveau, est
en phase terminale.La culpabilité le ronge et bien des fois il
se demande pourquoi " elle et pas moi "?
Il me dit aussi que les amis ne sont plus là
. qu'à
travers la maladie, c'est la mort qui se profile et qui fait peur. Alors
j'ai pensé à vous, famille, amis, qui êtes restés
près de moi durant tout ce temps, vous qui ne m'avez pas lâché,
à aucun moment.j'écris donc ce texte pour vous, pour vous
expliquer que la notion de courage si elle existe ! est complètement
dépassée dans ces moments là. L'amour de la vie
est la seule chose qui permette de surmonter les épreuves. Je
suis presque sûr que sans vous je ne l'aurais pas fait. Il m'a
fallu certes du courage mais à vous tous aussi.
Uniquement raconter mon histoire n'est pas suffisant car les mots se
perdent et c'est seulement en prenant le temps de l'écrire qu'on
peut se " livrer " et " imprimer " tous ses souvenirs.
Chacun y rajoutera de son vécu et de ses impressions.
A
LA MEMOIRE D'UN CUR
Paris, début avril 2005 dans un parc près de la Seine
entre Notre- Dame et l'île Saint- Louis,
Carla et moi profitons des premiers rayons du soleil, allongés
sur l'herbe, lorsque mon téléphone se met à vibrer
.
c'est Pascale, l'assistante de Madame Lecas.D'ordinaire toujours pleine
de gentillesse et d'humour, elle a cette fois-ci la voix plus calme,
presque grave. Il y a des fois où une simple intonation se répercute
dans votre corps
.et le monde s'écroule !
Je ne me souviens pas des termes exacts mais ça donnait quelque
chose comme... : " Lohen, Madame Leca a bien étudié
tous tes examens, elle en a parlé avec plusieurs spécialistes
notamment le chirurgien qui t'a opéré la première
fois et tous pensent qu'une nouvelle opération est imminente,
j'ai consulté le planning et cela serait possible pour le 15
juin prochain "
Carla qui n'avait évidemment rien entendu , avait déjà
compris à la vue de ma tête décomposée qu'on
parlait de l'opération et d'un geste tendre, m'a posée
sa main sur l'épaule.
A cet instant me sont remontées d'un coup, toutes les phases
de l'histoire.
Isabelle qui avait lu le livre de Francine un an plus tôt et écrit
" à tout hasard " une lettre qui trouva ,de suite,un
accueil très favorable à l'hôpital Necker, puis
tous ces examens à Paris. Je me souviens également de
mes convictions à ce moment- là : je fais quelques examens
pour faire " plaisir " à tout le monde mais hors de
question qu'on me touche ! Et pour ce qui est de l'opération
ils pouvaient s'asseoir dessus ! J'estimais que c'était trop
tôt pour y retourner, je n'étais pas prêt et pour
tout dire, j'étais mort de peur ! D'ailleurs cette peur et tous
ces souvenirs se traduisaient par un malaise dès lors même
que je posais le pied dans un établissement hospitalier ou devrais
je dire " in-hospitalier ". En témoigne ce jour où
Madame Leca me demanda de faire une coronographie, examen relativement
courant mais que je redoutais par-dessus tout. J'ai donc fait l'effort
d'aller à la clinique du Millénaire de Montpellier où
j'avais rendez vous avec le Docteur Gallet qui avait la lourde tâche
de me rassurer et de me convaincre de le faire. En salle d'attente tous
les bruits, lumières, odeurs me furent un vrai supplice, j'étais
à deux doigts de prendre mes jambes à mon cou et tchao
tout le monde. Je fis toutefois bonne figure en imitant à la
perfection le patient passionné par ce qui allait lui arriver
et avide de tout savoir, en vrai je n'avais qu'une envie
.partir
au plus vite !
Mais revenons au parc et à la conversation téléphonique.
C'est incroyable ce qui peut se passer dans une tête en si peu
de temps !dans ces cas là, il ne faut toutefois pas tergiverser
durant des heures surtout quand on s'appelle Lohen je n'ai d'ailleurs
pas le souvenir d'avoir posé la moindre question, j'ai juste
répondu : " laisse- moi deux minutes et je rappelle ".
Alors je me suis tourné vers Carla qui déjà avait
compris et était partante ! Hum !hum ! C'est toujours plus facile
de décider quand ça ne vous touche pas directement !
J'ai bien tenté de lui expliquer que ça n'était
pas une décision à prendre à la légère
et que ça ne serait pas facile pour tous les deux. Elle acquiesçait
pour tout
.je repris mon téléphone
.
et, basta ! confirmai la date de l'intervention.
Au même moment un coup de sifflet retentit dans le parc nous
laissant entendre de façon peu gracieuse que le gazon pousserait
mieux sans nos fesses dessus ! Moi qui aime bien en placer une dans
ces moments là, histoire d'exprimer mes pensées "
perso " j'ai pris mon pull et suis parti
complètement
hébété.
A l'instant même où je franchis la porte du parc je tombe
nez à nez avec mon grand ami Max le frère de Tom
..celui
là même qui était à mes côtés
lorsqu'on a découvert ma malformation cardiaque, il y a de cela
plus de dix ans lors d'un séjour de vacances où nous nous
étions rencontrés et avions sympathisé ! Avouez
que c'est plutôt troublant !
Aujourd'hui je reconnais qu'en fait j'avais envie de me lancer dans
cette nouvelle épreuve, c'était une façon de me
délivrer de tout ce que je redoutais depuis tant d'années,
que je refoulais et qui se manifestait par diverses peurs et angoisses
que je traînais avec moi.
Il
me restait trois mois avant le grand jour c'était
assez pour me préparer psychologiquement et trop peu pour que
j'ai le temps de noircir le tableau !
Ce que je redoutais le plus, la peur et la panique " chez les autres
" ne s'est pas produit !et c'est seulement Carla qui a du assumer
toute ma nervosité ! Lorsque l'on se voyait, j'étais distant
et désagréable, cocktail détonnant pour décourager
même la plus tenace des amoureuses, mais elle a tenu bon, Dieu
merci !
Je me lançais à cur perdu dans le travail et multipliais
les rencontres avec les amis mais malgré tout je commençais,
surtout le dernier mois, à sérieusement décrocher
! Le sommeil devenait plus difficile à trouver, les rêves
tournaient tous autour de ce fameux jour j, et mes pensées étaient
toutes obnubilées par cette date butoir du 16 Juin.
J'ai profité de cette attente pour faire ce qui m'avait été
rendu impossible lors de la première opération tant à
cause de mon âge qu'à cause de mon inexpérience
: me soucier de ma famille.
Mes surs bien sur notamment Zelda qui s'était plainte par
mon âge certes et donc mon inexpérience : me soucier de
ma famille.
Mes surs bien sur notamment Zelda qui s'était plainte de
n'avoir jamais été tenu au courant lors de la première
intervention !
J'avais beaucoup moins de craintes pour Charlotte mais je savais qu'elle
devait quand même y penser
enfin, bref ! J'ai passé
quelques coups de téléphone par- ci, par- là histoire
de tâter le moral ! J'ai aussi pensé à Isabelle
qui devait se ronger un peu les sangs
..après tout
.c'était
un peu par son entremise que tout cela arrivait !
Mais de mon coté c'était clair qu'elle n'était
pour rien dans la décision d'accepter l'opération, celle-ci
me revenait à moi seul et je l'assumais entièrement !
Si je m'empêchais de penser au pire je n'arrivais toutefois pas
à imaginer le meilleur des scénarios ! Je me connais,
je m'emballe je m'emballe mais si ça rate bonjour la chute !
Et puis, inverser la vapeur n'est vraiment pas chose facile, on m'avait
tellement persuadé, durant toutes ces années passées
que les médicaments seraient à prendre à vie et
que je pourrais très bien vivre ainsi. Quand on s'en imprègne
durant plus de dix ans, ça finit par s'ancrer !
L'échéance
des trois mois a fini par arriver et l'intervention est maintenant
dans moins d'une semaine, sachant que la date sera décalée
d'une journée ! On est vendredi après- midi et je suis
sur le départ pour Paris, à ce moment là tout se
fige. Je laisse derrière moi travail, amis, petits tracas quotidien
j'avais décidé qu'il faudrait que j'arrive à mettre
un rideau de fer avec la vie (normale) et que seul compterait la préparation
au grand saut.
J'ai passé le week end avec Carla et nous n'avons pensé
qu'à nous ce qui m'a permis de ne pas trop laisser aller mon
esprit à des vagabondages tortueux. Les choses sérieuses
ont commencé le lundi 14 juin quand je me suis présenté,
accompagné de ma toujours pétillante Carla, à l'institut
Montsouris où je devais, après avoir passé une
échographie, rencontrer l'anesthésiste puis le chirurgien.
Je me sentais étonnamment bien en entrant, toutes mes peurs me
laissaient tranquille. Après l'écho nous avons eu le temps
de bavarder car l'attente fut longue
.. 5 heures exactement ! avant
que nous puissions enfin rencontrer l'anesthésiste ce qui permit
de faire réviser Carla, alors en pleines partielles de fin d'année.
C'est alors qu'il est arrivé en blouse blanche, a pris une chaise
pour la poser devant nous comme pour ne pas nous paniquer. À
ce moment là mon ventre s'est noué et l'adrénaline
est montée. Il m'a alors posé toute une série de
questions, sur d'éventuelles allergies ou autres complications
et a demandé bien d'autres informations dont je ne me souviens
pas.
Une fois les formalités passées, il nous a expliqué,
de façon détaillée, le déroulement de l'opération.
Je ne sais si ce fut une prise de conscience et je ne sais toujours
pas ce qui s'est passé en moi mais pendant qu'il nous expliquait
consciencieusement toutes les différentes phases, mon visage
est devenu livide et j'ai commencé à ne plus comprendre
un mot de ce qu'il racontait. Ce fut insupportable, il fallait que je
sorte ou j'allais m'évanouir ! Mais j'ai tenu le choc, m'affaissant
chaque seconde un peu plus, mes mains étaient moites, je fus
pris de vertige et je bougeais sans cesse comme pour me secouer et revenir
à moi. Heureusement le supplice se termina avant que je ne m'écroule
pour de bon. Nous avons du attendre encore un peu avant de voir arriver
Francine accompagnée du chef du service cardio dont j'ai oublié
le nom. Toujours aussi vaillante et rayonnante d'intelligence, elle
s'excusa de l'attente nous expliquant que mon cas étant difficile,
demandait beaucoup de temps et qu'en gros ils ne savaient pas véritablement
comment ils allaient s'y prendre ! Malgré l'immense confiance
quasi aveugle que j'ai pour Madame Leca, cette information supplémentaire
avait de quoi rajouter une couche de blanc sur mon visage déjà
bien livide !
La discussion dura 5mn, étant sans voix je ne voyais pas quoi
ajouter et comme Carla non plus, nous sommes repartis silencieux vers
la voiture.
A peine la porte fermée, je me souviens avoir éclaté
en sanglots, j'avais pris conscience
..de ce qui m'attendait
!
J'ai voulu appeler Carole pour lui expliquer ce qui avait été
dit mais c'était impossible, d'une part, je pouvais à
peine parler et d'autre part, je n'avais pas retenu la moitié
de ce qui avait été dit. Carla fut, une fois de plus,
présente pour se charger de retransmettre les explications qu'elle
avait, elle bien enregistrées. Nous somme rentrés à
Levallois et je me suis appuyé à la rambarde du balcon,
en état de choc, pour lâcher la pression après la
claque que je venais de prendre. Michèle (la mère de Carla)
entra quelques instants plus tard et me trouva dans cet état.
Elle est venue vers moi et je lui ai alors dit que je m'excusais mais
que ça n'était pas le bon moment, elle me répondit
qu'au contraire, çà l'était et elle m'a serré
dans ses bras. Ses quelques mots m'ont marqué, j'ai été
très sensible à son geste.
Je dois dire que s'il y a une chose avec laquelle j'ai bien du mal,
c'est de pleurer devant quelqu'un mais là, je me suis laissé
aller !
La
nuit de lundi à mardi fut très pénible,
les cauchemars qui jusque là m'avaient épargné,
ont redoublé d'intensité à mesure que s'approchait
le jour J.
Avec maman, on a voulu organiser une petite soirée avec tous
les proches, histoire de mettre un peu de gaieté au milieu de
tout ce marasme. Ce fut formidable et extrêmement touchant d'être
entouré de tous ses amis et je les remercie très profondément
d'être venus ce soir là c'était important pour moi.
Je regrette seulement qu'Isabelle n'ait pu venir, je voulais que ce
soit aussi sa soirée.
Je garde très précieusement ce livre où vous avez
tous laissé un petit mot écrit de votre main.
Enfin la veille du grand jour, je dis enfin car je le redoutais tout
autant que je l'attendais. J'avais rendez vous à l'institut pour
15h mais en attendant, on devait tous se retrouver dans un restau que
Carla connaissait non loin de Saint Germain. La famille au grand complet
ainsi que Pierre et Fred étaient de la partie. Evidemment les
parents sont arrivés avec un franc retard ce qui pour le coup
m'a mis quelque peu en pétard. N'étant pas d'un naturel
patient, je l'étais encore moins ce Mercredi 17 juin.
Après le restau Fred, Pierre et Carla ont dû partir et
nous avons filé de notre coté en taxi rejoindre ce qui
allait être " mon quartier général " durant
ces prochaines semaines.
A notre arrivée, nous étions tous de bonne humeur, la
chambre était vraiment agréable pour un hôpital
et franchement bien équipée. Papa a dû lutter pour
ne pas s'installer sur le lit et succomber à
.. l'appel
de la sieste. Je garde un souvenir délicieux de ces quelques
heures passées tous les cinq, on avait l'impression d'être
quelques années en arrière quand nous vivions encore tous
sous le même toit.
D'être avec vous, fut le plus beau des réconforts !
Les heures passant, l'heure du repas arriva et je dus me forcer à
avaler quelques fourchettes avant de battre en retraite devant si peu
d'attraits gustatifs. Voyant que tout le monde commençait à
avoir faim je leur ai bien dit de partir manger mais ils voulaient attendre
le retour de Carla.
Chez les C...., le ventre est ce qu'est un parachute au parachutiste
vital ! il fallut donc trouver une stratégie afin de parer à
ce manque et pour ce faire nous nous somme glissés en bas afin
de savoir si nous pourrions " exceptionnellement " sortir
manger puis revenir dans la chambre ? Personne ne s'opposant à
notre requête nous voila partis à la recherche du pain
béni.
Nous sommes entrés dans un restau chinois au moins avec eux c'est
du rapide. Malgré l'encas pris quelques minutes plus tôt
me voila salivant devant un menu bien de chez eux. Je me suis littéralement
empiffré et j'ai bu comme trou car je savais, par expérience
qu'au réveil, j'allais souffrir du manque de celle-ci.
Carla nous rejoint, mangea un bout et nous voilà repartis direction
Montsouris.
Là, ce fut nettement moins drôle, la nuit était
tombée et toute la famille fit un simple aller- retour dans la
chambre me laissant pour une minuscule heure, seul avec Carla.
Ca a été dur mais ce fut une bonne chose qu'elle soit
présente jusqu'au bout. Elle qui m'avait souvent demandé
de lui parler de ce qu'était pour moi la maladie je lui ai enfin
répondu que ça ne pouvait pas s'expliquer par des mots
mais qu'il fallait le vivre !
Quelques préparatifs étaient exigés avant de me
coucher comme la séance " rasoir " et " épilation
". Je ne voulais pas qu'une infirmière le fasse et j'ai
donc exécuté, seul, la délicate opération
avant de montrer le résultat à une Carla bien amusée.
Puis je me suis allongé sur le lit
Mon Dieu que j'avais
peur, je me suis mis à pleurer et comme un gosse je ne voulais
pas la voir partir. Me retrouver seul face à moi-même me
terrifiait.
Je ne sais plus ce que nous nous sommes dit car j'étais déjà
dans un état quasi second mais je me souviens de cette peur qui
vous prend de l'intérieur et ne vous quitte pas.
Après son départ je n'ai pas réussi à trouver
le sommeil malgré les médicaments qu'on m'avait donnés
pour me calmer.
Etre ici dans un hôpital 13 ans, quasiment jour pour jour après
la première intervention avait quelque chose de complètement
fou, j'ai pris mon lecteur avec le CD des mouettes et j'ai regardé
par la fenêtre les lumières de Paris.
Du petit matin il ne me reste que peu de souvenirs, Jacques est arrivé
alors que je finissais ma douche de bétadine. Un infirmier m'avait
laissé deux pilules sur la table et c'est au moment de les prendre
que je me suis dit : " c'est parti " et mes souvenirs s'arrêtent
là.
Puis
ce jour où je n'ai plus vécu.
Une voix d'homme, rassurante, s'est approchée de moi à
l'instant même où j'ai repris connaissance, comme s'il
savait avec précision, l'heure à laquelle j'allais me
réveiller.
Il devait contrôler si tout se passait bien, notamment ce gros
tuyau vert qui m'avait permis de respirer artificiellement durant plusieurs
heures. L'infirmier m'explique alors que je garderai le tuyau encore
quelques temps, le temps de s'assurer que j'étais bien capable
de respirer par moi-même.
Curieusement ma première réaction n'a pas été
de me demander comment s'était passée l'opération
mais de fixer cette pendule en face de moi, elle indiquait 22h00 précises
(en rééducation j'ai rencontré une personne qui
très curieusement m'a décrit lui aussi cette scène
de la pendule). M'étant endormi le matin à 6h00 j'ai eu
l'impression de n'avoir pas existé durant toute une journée,
de n'avoir pas fait partie de votre monde durant tout ce temps là
!
Comme si mort le matin on m'avait ressuscité le soir ! Je me
souviens avoir eu une pensée de soulagement
ça y
est, c'est fait et je suis bien vivant ! Avant l'opération nombre
d'amis et de médecins me bombardaient de pourcentages rassurants
sur les risques des opérations du cur à notre époque,
le risque d'y rester étant soi-disant presque infime !
Je mets toutefois au défi tous ces penseurs pleins de bonnes
intentions d'être à ma place, alors je pense qu'ils évalueront
leur pronostic avec encore plus de circonspection ! Voila c'est dit.
J'étais dans un brouillard épais mais j'avais conscience
des bruits et la lumière m'apparaissait sous l'aspect d'un étrange
orange. La sensation de soif fit alors son entrée fracassante
! Du peu de chose dont je me souvienne lors de la première intervention,
la soif fut sûrement mon plus mauvais souvenir, je me rappelle
avoir terriblement souffert du manque d'eau ! Je savais qu'une nouvelle
fois je ne pourrai y couper alors la veille de l'intervention j'avais
pris la précaution de m'hydrater un maximum. Déjà
pour profiter de cette précieuse matière avec le plaisir
d'un condamné fumant sa dernière cigarette mais également
dans l'espoir de limiter au maximum, le manque à venir.
Je ne sais si cette démarche fut véritablement efficace
ou si mes souvenirs avaient noirci le tableau mais dans tous les cas
ce fut un peu moins raide que je ne l'avais imaginé. Quand le
corps manque de quelque chose il sait le réclamer, d'autant plus
si cette chose est aussi vitale que l'eau. Sous l'effet de la morphine,
de l'anesthésie et de la fatigue, mon cerveau a créé
un monde d'eau, j'étais sur des volcans d'auvergne et j'avalais
les bouteilles comme un assoiffé à ceci près que
le manque était toujours un peu plus fort. J'ai alors voulu appeler
un des infirmiers pour lui mendier une goutte d'eau mais le bouton d'appel
était introuvable. Bardé de tuyaux en tous genres de la
tête au pied, à bout de force et sans la moindre possibilité
d'émettre un quelconque son tant mes cordes vocales avaient été
abîmées par le tuyau qui me permettait de respirer quelques
minutes plus tôt je ne pus appeler qu'en sifflant.
Au bout de quelques instants, mon chant fut entendu par un infirmier,
quelque peu désabusé par mon sifflement. Il me rétorqua
d'ailleurs qu'il n'était pas un chien. Complètement désemparé
par sa réaction, moi qui au contraire respecte le plus profondément
du monde le personnel hospitalier, j'ai tenu à lui expliquer
la situation comme j'ai pu, je me souviens même qu'il a du coller
son oreille à mes lèvres pour tenter de comprendre mes
mots.
Il me tendit alors le fameux bouton et accéda à ma requête
en m'amenant un bout de tissu imbibé d'eau, j'étai heureux
et étonné d'avoir eu si facilement gain de cause alors
qu'à la première intervention, personne n'avait cédé
! Dans tous les cas, je devrais toutefois patienter presque 7 heures
avant de pouvoir espérer boire normalement.
En attendant, l'infirmier revint rapidement avec ce petit bout de bonheur
que j'ai posé sur mes lèvres, et j'ai commencé
à aspirer tout ce que je pouvais prendre avant de renouveler
ma demande. Très rapidement je fus pris de spasmes qui en fait
étaient des vomissements, n'ayant déjà plus rien
à sortir ils se manifestèrent par des contractions au
niveau du ventre qui furent très pénibles, faisant travailler
tout mon abdomen celui-ci même qui venait d'être ouvert
et qui désormais était habité par plusieurs drains
et autres fils !
Le temps n'avait plus la même valeur, j'avais l'impression de
m'endormir une heure et quand j'ouvrais à nouveau les yeux, cinq
minutes seulement venaient de s'écouler, le temps me paraissait
très long.
Le cocktail fatigue, morphine, anémie, manque d'eau me provoqua
d'ailleurs pas mal d'hallucinations, j'avais l'impression d'être
dans plusieurs chambres à la fois et que le lit était
dans des positions différentes . Encore aujourd'hui je garde
le doute tellement ce rêve éveillé me paraissait
vrai.
Toutes ces drogues me plongeaient dans des états complètement
fous et si certains se posent la question d'essayer de telles substances,
pour ma part je n'ai pas du tout apprécié leur effet.
Je préférais avoir mal plutôt que de " partir
", d'ailleurs les infirmiers voyant que je n'écoutais pas
leurs conseils mais que je n'étais pas bien du tout ont pris
la décision, d'appuyer,à plusieurs reprises sur le bouton
: il faut bien avouer qu'ils m'ont soulagé.
J'ai souvent eu envie de monter mon lit puis de le descendre afin de
varier les positions mais, ne voulant pas constamment déranger
les infirmières, j'ai entrepris de le faire moi-même
mes amis quelle bataille !!!
Je ne pouvais pas bouger d'un pouce, j'ai bien essayé tout ce
que je pouvais, la tête, le bras, le coude et ce fut finalement
ce dernier le plus efficace même si je ressentais parfois de violentes
crampes.
Pour éviter que ma peau ne s'abîme à l'endroit où
elle touche le matelas, les infirmiers passaient régulièrement
pour me masser le dos avec un produit type synthol.
Cela me procurait bien, après coup une sensation de fraîcheur
pas désagréable au vu de la chaleur ambiante mais je redoutais
ce moment.
En effet, pour accéder à mon dos il fallait me mettre
sur le coté et donc me tourner !
Branché de partout et dans l'état où j'étais,
cela devint très vite un véritable supplice. Autant dire
combien je n'appréciai guère cette foutue lotion !
Le deuxième jour je fis la connaissance d'Olivier, ce fut une
merveilleuse rencontre.
Sûr dans ses gestes, agréable, simple et rassurant, il
était " mon ange blanc ". Le fait d'avoir une présence
dans ma chambre me faisait déjà du bien mais lui, en plus
me réconfortait. Il faisait ma toilette, me rasait et plaisantait,
cela semble peut-être idiot mais de se sentir propre et frais
procure un bien fou. Il essayait de plaisanter mais pour le coup je
fus moyennement réceptif
me semble-t-il !
Le voir débouler dans la chambre était pour moi un vrai
bonheur, je redoutais quand 20h approchait car je savais qu'il partait
et le matin je m'accrochais à cette foutue pendule attendant
avec impatience qu'elle affiche 7h30, l'heure à laquelle il faisait
son apparition ! Je connaissais son emploi du temps par cur.
En fin de matinée j'entends prononcer mon nom au téléphone
et je comprends que ma mère est au bout du fil. Si j'avais seulement
pu, j'aurais pleuré ! Quel bonheur que de l'imaginer, je sentais
déjà son parfum d'ici.
Je me souviens seulement de leur avoir demandé comment ça
s'était passé et encore de papa empoignant le combiné
et me criant que je n'aurais plus jamais d'anticoagulant à prendre
et que l'opération s'était très bien passée,
ça m'a soulagé de l'entendre parler ainsi. Maman, un peu
mécontente après lui ajouta que Madame Leca tenait à
être la " première " à me l'annoncer !
Euh, j'ai bien !conscience de faire une "bourde " mais c'est
pour la bonne cause ! Souvenirs, souvenirs obligent !
Je sais qu'ils ne m'entendaient quasiment pas, mes cordes vocales étant
complètement abîmées par le fameux tuyau vert. De
plus dire seulement trois mots me demandait beaucoup d'énergie
.et je n'en avais pas.
Dans la journée Olivier m'annonça la venue prochaine
de Madame Leca dans le service, elle voulait me voir et m'annoncer personnellement
ce que j'étais censé ne pas savoir !
L'effet " Leca " créa un soulèvement général
dans les couloirs " Leca va passer ! Leca va passer ! ", Olivier
lui-même était furibond de ne pas avoir sur lui le livre
qu'elle avait écrit et qu'il voulait lui faire dédicacer.
J'étais à la fois extrêmement heureux pour ce qu'elle
venait d'accomplir mais également très fier d'être
l'un de ses patients.
Mais ce fut une fausse alerte, pas de scalpel en vue !
Une nouvelle nuit passa entre chaleur, délire et cette foutue
pendule qui n'avançait pas. Je ne fermai quasiment pas l'il
de la nuit car en plus du reste, mon estomac commençait à
me faire souffrir à son tour.
Enfin le matin arriva et Olivier avec
. dans l'après midi
j'eus la visite de toute la famille et de Carla.
Je me suis alors sérieusement demandé si je n'aurais pas
dû prévenir Zelda avant d'entrer, en effet j'avais peur
de la confronter à mon état et à ce spectacle si
difficile pour les proches qu'est la réanimation. Elle avait
déjà bien trinqué la première fois et je
ne voulais pas que cela se reproduise.
Je me souviens qu'Olivier a pris du temps avec mes parents et Carla
pour leur expliquer la situation et bien les rassurer. Je tiens ici
encore à souligner sa profonde humanité car je ne pense
pas que beaucoup d'infirmier se soucie tant de l'état psychologique
de leur patient.
En fin de journée ma très chère Madame Leca fit
enfin son apparition ! J'étais heureux qu'elle passe mais mon
estomac et mes nuits blanches me plongeaient dans un état tel
que j'ai dû faire un réel effort pour la recevoir dignement
!
Malgré tout je fis le surpris quand elle m'annonçât
que l'opération avait été un succès et
que les médicaments ne feraient désormais plus partie
de ma vie. Je n'ai pas pu lui témoigner ma joie et fis ce
que je pus pour lui montrer mon étonnement mais la douleur devenait
insupportable ! Elle s'en aperçut d'ailleurs, les radios montraient
que mon estomac était bourré d'air et qu'il commençait
à comprimer mon cur. Elle dit à Olivier qu'il fallait
agir. Quelques semaines après l'hôpital, elle me dira qu'elle
avait bien vu que je ne disais rien mais que je morflais, cette phrase
fut très importante pour moi !témoin de son extrême
sensibilité et attention à mon égard !
Au départ, il était question de ne rester que deux jours
en " réa " et on y était ! On m'annonça
alors que je devrais rester encore un peu car je n'étais pas
encore jugé apte à rentrer en hospi. En effet outre l'estomac,
mon cur s'emballait constamment et je ne pouvais rien faire pour
le calmer.
Plus les heures passaient et pire ça devenait ! Ce foutu estomac
devenait un véritable supplice, ils me donnèrent bien
un médicament pour provoquer de l'aérophagie mais rien
n'y fit. J'entrepris bien une série de rots mais sans succès.
La deuxième solution et la plus radicale consistait à
introduire un tuyau dans le nez jusqu'à l'estomac afin de créer
un " échappement " !rien que çà !
Non, je ne voulais pas de cette douloureuse " manip " !
Le soir arriva et je revis cette jeune infirmière à qui
j'avais dis au revoir, persuadé que j'étais alors de ne
plus passer une nuit dans cette chambre
. La nuit s'installa
et bien sur pas de marchand de sable, la douleur était bien trop
vive et la morphine que je m'envoyais, n'avait aucun effet. Un patient
de la chambre d'à coté fut bien plus énergique
que moi et entrepris d'arracher ses fils et ses drains, le personnel
dut intervenir à plusieurs reprises.
De mon côté, je refis mes au revoir à cette très
sympathique infirmière
à nouveau persuadé
de ne plus la revoir !
A la fin de la matinée du troisième jour Olivier entra
avec un tuyau et, comme à son habitude m'expliqua, calmement,
ce qui allait se passer. Complètement épuisé je
crois que j'ai bien lâché trois larmes !..... Puis que
voulez vous je me suis laissé faire
..
Ce fut un exercice des plus désagréable mais payant et
efficace. Il ouvrit la vanne au bout du tuyau et l'air s'échappa
..enfin
!
Je pensais que je ne le garderais pas longtemps mais il me répondit
que tout dépendrait de mon estomac et qu'il fallait compter au
moins 24 H. !
Je ne pouvais supporter ce bout de plastique constamment logé
dans mon nez et ma gorge mais bon
Dans l'après midi, ma belle Carla vint me rendre visite, elle
me paraissait d'une vigueur sans pareil
..moi complètement
affaibli et sans aucune force, j'avais l'impression d'être une
fourmi et que, d'un simple revers de la main ,elle pouvait m'écraser
!.
J'étais à ce moment, en pleine lutte psychologique, tous
les éléments (douleurs, morphine etc...) s'y accordaient
! Je m'accrochais comme je pouvais mais de drôles de pensées
de " mort " m'habitaient
Moi qui comme la plupart des gens la redoute plus que tout, elle ne
me paraissait plus si méchante au contraire même
..
libératrice. Comme elle me paraissait même douce vue d'ici,
si je n'avais l'âge que j'avais je ne me serai pas battu !
Il est tout compte fait si facile de franchir la barrière même
pour un amoureux de la vie comme moi. Ces pensées ne me quittaient
plus tant elles m'étonnaient et me fascinaient.
Sur le lit, je suis fixé sur l'horloge et ces minutes qui ne
passent toujours pas pour abréger mes souffrances ! Carla est
assise près de moi et je lui chuchote que je n'en peux plus que
c'est trop dur et je crois même que je pleure. Carla, d'ordinaire
si peu impressionnée par tous ces tuyaux, ces machines et autres
seringues, craque pour la première fois et se met, elle aussi
à pleurer ! Elle voit bien que ça ne va pas.
On a d'ailleurs pas mal reparlé de ce moment quelques semaines
plus tard.
Je commençais à ne plus supporter du tout l'odeur de
la chambre, le bruit de la machine à air et surtout tous ces
tuyaux dans le ventre qui me vidaient de l'intérieur.
Enfin quelques bonnes nouvelles !aujourd'hui on m'enlève le tuyau
que j'ai dans le cou et mon ventre me fait beaucoup moins mal.
L'équipe du soir refit son apparition et ma " charmante
" infirmière me revit une nouvelle fois. La douleur s'étant
atténuée, je commençais enfin à trouver
le sommeil mais ce foutu tuyau me gênait.
Je pris la décision de " négocier " avec l'infirmière
: elle m'enlève le tuyau pour que je puisse dormir et ils me
le remettent le lendemain matin. Bien sur, pour moi c'était clair
qu'ils pourraient se le mettre où je pense ce tuyau..de
Enfin la délivrance
elle avait accepté et
me l'enleva, quel bonheur !! Maintenant je peux me préparer pour
une vraie nuit et avant tout boire un peu. Pour ce faire, Olivier m'avait
bricolé un système pour me faciliter la vie.
Dans un grand verre, il avait plongé un bout de tube médical
qui faisait office de paille, ce qui permettait de boire tranquillement
sans trop avoir à bouger. Ce fut tout de même terriblement
difficile de boire car l'eau ne parvenait pas toujours au bon endroit
et je m'étouffais souvent.
J'avais trouvé une astuce qui consistait à stocker l'eau
dans ma bouche tel un hamster et petit à petit, goutte par goutte,
enfin boire ! Cette technique n'était pourtant pas tout à
fait au point, en effet, reprenant peu à peu confiance en moi
j'avalai d'un coup une bonne gorgée et me suis littéralement
étouffé ! De surcroît j'ai laissé échapper
le précieux liquide.
Après cela la nuit fut plus paisible que les autres
Au matin suivant, on m'annonce que j'allais enfin être débarrassé
de quatre de mes cinq drains, bon je n'étais tout de même
qu'à moitié soulagé car les enlever n'allait pas
être une partie de plaisir, d'ailleurs plus l'heure approchait
et plus je redoutais !
Olivier entre dans la chambre avec un docteur, une nouvelle fois les
hallucinations recommencent et j'ai l'impression d'être dans une
autre chambre avec une luminosité et un agencement différents
Je suis très nerveux, Olivier avec sa voix douce et rassurante
m'explique le déroulement et me dit qu'il faudra bien respirer
au moment où il tirera sur le drain.
Je commence à paniquer un peu car je sens que ça va faire
mal et la fatigue n'aidant rien je leur enlève les mains dès
qu'ils touchent mon ventre.
Olivier me demande de me calmer, de toutes façons, il faudra
le faire et bouger ne fera qu'empirer les choses. Ils coupent les fils
qui me suturent les ouvertures, Olivier me donne la main où son
bras je ne me souviens plus et je me cramponne dessus de toutes mes
force, à ce moment, le médecin me dit de respirer fort
et tire sur le drain. La sensation des tuyaux traversant le corps est
désagréable et douloureuse mais enfin il est sorti !!!!!
Je relâche un peu la pression sur mon pauvre Olivier. Je suis
aussi essoufflé que si je venais de dévaler les escaliers
!
Je sais qu'il en reste encore deux
..non quatre !
. !! En
effet il y en a deux que je n'avais pas vus. Deux fils bleus, tout petits
qui étaient en fait des fils type " électrique "
au cas mon cur
..serait tombé en panne !
Je suis complètement épuisé mais débarrassé
de tous ces tuyaux que je ne supportais plus.
Carla passe en fin d'après midi et la chaleur de ce mois de
juin est à son comble ! Dans les couloirs c'est l'effervescence
et tout le personnel soignant, Olivier en tête, part dans une
gigantesque bataille d'eau, à coup de verre puis de bassine
..
La guerre fait rage !
Je demande alors à Carla de me donner une seringue vide et de
me la remplir d'eau, je veux en être !
Elle me la pose dans la main et je tourne la tête comme je peux
pour pouvoir observer la porte, je ne voyais que très flou mais
une blouse blanche même floue, ça ne se rate pas !
Il n'y a pas eu a attendre longtemps, j'en aperçois une et là
j'appuie de toutes mes forces sur la seringue. Opération réussie
en plein visage, manque de bol la cible n'était pas celle que
j'escomptais
. Le directeur du service s'est trouvé
au mauvais endroit, au mauvais moment, au mauvais jour, la gaffe !
Olivier lui est plié de rire et me rassure, il n'y a pas de mal
au contraire apparemment " ça " l'a même déridé.
Le sérieux revient et je lui dis que je veux sortir d'ici, que
je ne supporte plus la chambre et lui supplie de me faire transférer
en hospitalisation.
Mon cur bat vite et de façon irrégulière,
de plus je suis très faible et mon petit accident au niveau de
l'estomac font que ma sortie est sans cesse reportée alors que
d'autres, arrivés bien après moi sont déjà
sortis depuis belle lurette ce qui à la fois me désespérait
et me faisait enrager.
Cependant des bruits de couloirs circulent comme quoi une sortie serait
envisagée pour le lendemain matin. Tout le monde semble se réjouir
mais je me méfie car en cas de changement, je resterais seul
avec ma déception !
Mais promesse tenue, le lendemain matin, l'annonce est officielle, je
" dégage " en fin de matinée.Avant il faut me
faire beau et retirer les derniers tuyaux telle la sonde gastrique et
autres filaments clairsemés sous la peau.
Enfin
grand départ ! J'allais quitter cette ambiance de cauchemar
et surtout ce foutu bruit de bulleur à oxygène ou de ces
seringues qui diffusaient du liquide lors des ravitaillements en "
antidouleur ". Je ne les supportais plus, leur simple vue me donnait
la nausée!!!!!!
Cà y est le brancardier vient me chercher, il entre dans la chambre
et me dit : " Monsieur Contre, êtes-vous prêt, on y
va ? " pour sûr que j'étais près, si j'avais
pu, j'en aurai même crié de joie !
Durant le court trajet, j'étais littéralement aux anges
! Le simple fait de me mouvoir provoquait une légère brise
et me " ventilait "le visage
..c'était délicieux
!
L'hospitalisation était pour moi une étape importante
qui voulait dire, tu as fait le plus dur !
Quoi que
Je n'arrive toujours pas à manger et mon cur ne tourne
pas vraiment rond, d'ailleurs les médecins m'ont donné
des bêtas bloquants pour tenter de le calmer.
Le Cardiologue M.r Z......, plutôt sévère mais d'apparence
seulement, s'en inquiète.
Dans les jours qui suivirent, ce fut presque un train- train, je ne
tenais pas la journée , il fallait donc que je dorme, les visites
qui auraient du me procurer tant de plaisir, devenaient de véritables
exploits pour tenter de dire trois mots et tenir cinq minutes les yeux
ouverts avant que la tête me tourne et que je ne puisse faire
autrement que me laisser aller dans les bras de Morphée ! Me
nourrir est toujours un problème, je n'ai pas faim et je vois
pourtant bien que j'en aurais grand besoin
c'est simple je passe
mon temps à dormir. Il faut pourtant que je reprenne des forces
d'une manière ou d'une autre, je me suis donc mis en tête
de penser au plat qui me ferait le plus envie
Un melon !!! Voila c'est ça qu'il me faut, sucré, frais,
et juteux à point ! Je fais donc passer le mot à ma grand-mère,
elle est un peu un la " Madone " en matière de qualité
gustative avec elle, ça fait mouche à tous les coups !
Inébranlable, elle traverse Paris presque chaque jour pour venir
passer du temps près de moi, et pourtant
Chaleur, fatigue,
Gay prade et j'en passe, auraient pu maintes fois la décourager
!mais rien n'y fait !d'ailleurs, qu'elle passe où non j'avais
le droit chaque matin au coup de fil rituel
. c'était d'ailleurs
quasiment la seule personne à qui je répondais.
Il me reste un drain, je ne le supporte plus mais j'avoue que ma récente
expérience de les ôter, m'a quelque peu refroidi !
Toutefois, pour accentuer mon " bien-être " une stagiaire
est chargée, non pas de me l'enlever mais de le décoller.
Je pense qu'à ce moment j'ai du viré au blanc par ce qu'elle
m'a dit : " desserrez votre point je ne fais que le décoincer
"
Oui et pourquoi au fait, dois- je le desserrer ?
Mais effectivement je n'ai pas trop eu de mes deux mains pour me cramponner,
le drain avait commencé à faire sa place
..à
un mauvais endroit
sacrée stagiaire !!!!!!!
Isabelle la responsable du service hospi fait alors son entrée
pour passer à la phase finale. J'ai beau avoir confiance en elle
mais je ne sais pourquoi mes mains l'agrippent ! " Du calme Monsieur
Contre, vous avez fait le plus gros ". Là elle me dit de
respirer fort et me retire le dernier tube, s'en suit la séance
de couture habituelle, puis elle parle de retirer le pansement, celui
qui recouvre ma cicatrice !!!!
Vous dites ?je pense qu'un jour de plus serait préférable,
ma chère Isabelle. Elle me dit ok pour le sursis, je n'avais
vraiment pas envie de vivre sans lui ! La sensation autour de ma cicatrice
est très désagréable, en effet en ouvrant tout,
mes nerfs furent sectionnés et la peau est devenue dure comme
du carton.
Entre temps mon melon " tant attendu " est arrivé je
dirais même " sont arrivés ". Le mot fut passé
à tous les amis qui à leur tour et très gentiment,
m'en amenèrent, ma chambre était devenue la " plaque
tournante " du melon sur Paris. Je me sens bien !çà
bouge à nouveau autour de moi
. Fatigué, faible mais,
intérieurement apaisé, ouf !
Le lendemain je suis invité à m'installer sur une chaise
roulante afin de descendre faire un scanner. Le scanner n'est pas douloureux,
çà chauffe beaucoup c'est tout.mais vu l'état d'épuisement
où j'étais, la moindre contrainte physique devenait une
" affaire d'état ". On arrive enfin en bas, le brancardier
me laisse et je me retrouve seul sur une chaise, complètement
affaissé par la fatigue et le manque de force et je vois le personnel
hospitalier déambuler par ci par là je leur dis bonjour
comme si tout allait bien alors qu'intérieurement je voudrais
leur crier : " vite, allongez moi quelque part, sur le sol même
" ! Au bout d'un long moment, c'est à mon tour et je m'installe
difficilement sur la planche, le médecin me demande alors de
me mettre dans une position qui me tire sur la cicatrice et il insiste
pour étirer de plus en plus. Il me dit que tout va aller vite,
j'ai l'habitude de ce genre d'examens et je sais donc que l'iode qu'ils
injectent va me brûler le corps notamment au niveau des fesses
et l'infirmière me teste et me demande de lui dire quand je sentirais
la chaleur, moi qui n'en pouvais plus j'ai voulu ruser et je lui dis
très rapidement : " là, ça chauffe "
quel imbécile !!! Elle n'avait encore rien injecté
L'examen se passe plutôt bien mais c'est trop et j'ai envie de
pleurer
.. Heureusement tout va assez vite et, dans la foulée,
je réintègre mes quartiers.
En fin de journée le docteur Zicrone entouré d'infirmières,
fait son entrée dans la chambre, je suis plutôt heureux
de le voir mais j'allais vite changer d'avis
.. Il m'annonce en
effet que les battements de mon cur ne s'arrangent pas et qu'il
va falloir faire une coronographie pour voir s'il n'y a pas un caillot
qui se serait logé dans l'une de mes artères. Là,
c'en est trop et je m'écroule, la " coro " est l'examen
par excellence qui me terrorise ! Ça ne s'arrêtera donc
jamais. Comment ai-je pu croire que c'était fini ???!!!!!
Pour le coup, je discute et lui demande s'il n'est pas possible de faire
autrement, d'attendre un petit peu ? J'ai souvent des problèmes
de rythmes cardiaques quand je suis fatigué et comme je suis
complètement épuisé il faut peut être juste
me laisser le temps de reprendre
.
Rien à faire, il me répète qu'il pense que c'est
plus grave, je ne veux pas pleurer devant eux mais c'est trop dur et
je laisse échapper quelques larmes.
Je me reprends intérieurement : ce cur est mon combat et
c'est dans ces moments- là qu'il faut faire face et c'est comme
ça que tu t'en sortiras !
D'accord, faites- la mais le plus tôt possible ! Il me répond
qu'elle se fera le lendemain matin.
Ok, mais maintenant j'aimerais être seul s'il vous plait ! Il
me dit encore quelques mots sympas pour m'encourager et sort. Là,
j'éclate en sanglots, c'est trop dur, je n'en peux plus, tout
devient noir, tout s'écroule.
Dans ces moments-là, chacun réagit à sa manière,
moi je me gonfle à bloc et intérieurement je suis furieux,
ok tu dois le faire alors on va le faire, tu as peur c'est normal il
va falloir faire avec et ne pas craquer c'est la vie mon gars et ça
va te faire du bien de t'y confronter !
Mais très vite j'ai besoin de parler à quelqu'un, spontanément,
j'appelle Christine, (famille " gingin ", amis proche de la
famille). Je lui explique la situation, ça me fait du bien de
lui parler elle a toujours les mots qui me font du bien.
Et c'est reparti
.. Douche de bétadine et rasage délicat
et oui la " coro " çà se passe à endroit
délicat qu'on cherche à cacher derrière je ne sais
quel bout de tissu.
C'est sans appel, c'est moi qui rase !
La nuit ne fut pas des plus douces et le matin arrive déjà,
direction le bloc, c'est à nouveau la panique, je perds toute
notion de contrôle, et la peur m'envahit ! Je suis allongé
sur le brancard et l'on m'installe sur la table, je délire complètement,
je leur dis que je ne suis pas prêt et que je suis terrorisé.
Ils me demandent si je veux qu'on m'endorme complètement mais
je leur réponds que non
que je ne veux pas perdre
le fil de l'histoire.
Je me reprends : " allez y c'est bon mais expliquez moi bien tout
ce qui ce passe ! "
Ils ont vraiment été super, ils m'ont expliqué
chaque phase. Ils endorment au niveau de l'aine et par conséquent
la jambe droite puis font un trou pour pouvoir passer un premier câble
équipé d'une mini caméra au niveau de l'artère
afin de faire un premier diagnostic.
Je suis étonné, je ne sens quasiment rien et devant moi
une télé me permet de voir ce qui ce passe même
si je n'y comprends pas grand-chose !
Il se trouve qu'effectivement un caillot est resté coincé
dans une artère circonflexe et c'est bien la cause d'un léger
infarctus.
Infarctus apparemment du à une erreur humaine lors de l'opération
mais je n'en ai que faire le boulot fait est formidable et cet incident
n'a aucune incidence quand au succès même de l'intervention.
Je remonte enfin, ça y est j'ai fait cette foutue " coro
" que je redoutais tant.
Il ne faudra pas bouger la jambe aujourd'hui me dit une infirmière,
ça tombe plutôt bien je n'avais rien de prévu pour
aujourd'hui !farniente au lit
.com. d'hab !
Le lendemain c'est un grand jour, le kiné vient et je vais enfin
pouvoir commencer à marcher.
En fait ce fut un coup dur, debout je tenais à peine droit et
elle devait me tenir à chaque pas !
Accompagné du kiné, de mes perfs et d'un ordinateur sur
" patte ", nous nous engageons dans le couloir.
C'est tout de même un vrai bonheur que de pouvoir être enfin
debout ! Le souffle lui ne suit pas du tout et au bout de quelques pas
je n'en peux plus et je dois m'asseoir, je suis littéralement
découragé par la triste performance que je viens d'effectuer.
On a beau me dire que c'est normal au vu de l'opération subie,
ça fait cependant quelque chose d'être si vulnérable
alors qu'une semaine plus tôt je courrais, dansais... là
je suis une feuille, un enfant me bouscule et c'est la chute. Nous repartons
toutefois à la charge je veux y arriver mais je me cogne une
nouvelle fois à cette terrible fatigue.
La marche deviendra mon nouvel objectif, il faut que ça revienne
!
A peine revenu dans mes quartiers, j'entreprends de me relever pour
tenter de me laver, d'après eux je peux prendre une douche. De
l'eau fraîche sur le corps, j'en ai rêvé souvent
mais quand à l'exécution de la manuvre ça
me semble très délicat. Je demande à une infirmière
de m'aider et de m'installer une chaise dans la douche mais prendre
une douche veut dire enlever le pansement et mouiller la cicatrice et
pour ça je ne me sens pas encore prêt.
On va commencer par le rasage et je verrai ensuite. Je me faufile donc
jusqu'à la salle de bain et m'installe péniblement sur
la chaise posée devant le lavabo. Mon rasoir est posé
quelques centimètres plus haut mais je n'arrive même pas
à tendre mon bras en l'air ! Je n'ai plus assez de force. Dans
ces moments soit tu appelles les infirmières soit tu entreprends
le système D (démerde- toi), quelques minutes plus tôt
j'avais refusé l'aide de celle-ci et je comptais bien réussir
seul, ça n'était pas tant de la fierté mais plutôt
la certitude que plus tôt je m'efforcerai de redevenir autonome
et plus vite je me remettrai. Toujours assis, je pose mes doigts sur
les joints du carrelage posé au mur et tente l'ascension jusqu'à
cet "inaccessible " rasoir. Il m'a fallu m'y prendre à
plusieurs reprises mais finalement le but est atteint. Je me repose
un peu, les efforts déployés m'ont fait tourner la tête.
Au même moment j'ai la visite de ma cousine Leslie, elle aime
rire et n'est pas du genre à s'apitoyer sur l'autre, exactement
ce dont j'avais besoin, ce fut un grand plaisir de l'avoir à
mes côtés ! Me voyant, pauvre galérien assis sur
ma ridicule chaise en plastique, elle éclate de rire ! Les "
jacku " ont un esprit moqueur surdéveloppé !
Je lui explique que la douche ne sera pas pour aujourd'hui mais que
j'ai une formidable envie de me laver les cheveux, et c'est parti !
La tête incrustée dans le lavabo, Leslie plonge à
cur perdu dans la mousse bienfaisante !quel bonheur !!!!Çà
" mousse-mousse " dans ma tête et dans mon cur
..
Le soir c'est au tour de Patrick de passer, il venait quasiment chaque
jour. Il est une des personnes " maîtresses " de l'histoire,
toujours là quand j'en avais besoin, il rapportait souvent des
fruits que nous mangions ensemble.
Un soir, Antoine et Camille (ses enfants) l'ont accompagné et
il faut dire que " père et fils " réunis, ça
donne quelque chose de détonnant. Le kiné m'avait laissé
un jouet un peu spécial qui consistait à aspirer le plus
fort possible afin de faire monter trois billes. Personnellement j'arrivais
difficilement à faire bouger la troisième et les voila
faisant un concours à celui qui aurait le plus de souffle, l'un
après l'autre ils aspirent comme des dératés. Ça
a eu le mérite de nous faire tous rire et de créer un
climat euphorique le tout accompagné d'un magnifique coucher
de soleil sur les toits de Paris.
Antoine qui a quelque peu la bougeotte part traîner dans les couloirs
quelques instants
en rentrant dans la chambre le voila qui
s'écrie : " hum
çà sent le sapin ici
! ", Camille rigole mais est choquée par la réflexion
de son frère. Patrick a la même réaction, moi je
suis plié, encore aujourd'hui en écrivant ces lignes ça
me fait toujours autant rire.
Ces moments de rire partagé, c'est de l'or et dans l'état
actuel des choses
..c'est BON !
Les nuits passent mais je ne trouve toujours pas le sommeil, "
scotché " au câble, je regarde, effaré, une
émission qui s'appelle Fight Club. Ce sont des hommes particulièrement
costauds qui se battent à mains nues et les règles sont
quasiment inexistantes.
Je trouvais incroyable de se battre ainsi, de se faire mal, de se détruire
volontairement alors que d'autres doivent se battre pour pouvoir vivre,
ils se mettaient des coups effroyables et je restais perplexe à
me demander : " mais pourquoi cette destruction ???? " Le
plus incompréhensible, c'était de voir ces types se défoncer
la tête de toutes les façons possibles puis de se serrer
la main comme deux bon potes en fin de partie
si toutefois ils
étaient encore conscients !
J'étais également fasciné par leur force comparée
à la mienne, ceci dit, c'est simple tout le monde m'impressionnait,
la seule capacité de courir, sauter danser ou même effectuer
un mouvement rapide me fascinait !
Aujourd'hui ça va mieux, j'arrive à marcher sans m'arrêter
jusqu'au bout du couloir, quand le but est atteint, la kiné me
demande de m'asseoir et de récupérer.
A ce moment là tout se fige, je suis torse nu, faiblard, blafard,
voûté par la cicatrice, maigre comme une allumette, je
me trouve planté devant deux belles jeunes femmes d'une trentaine
d'année et qui respirent la santé. Leurs regards sont
fuyants mais elles ont du mal à ne pas regarder le spectacle
de ce jeune homme balafré, suivi par une armada de fils et d'aiguilles
il y a dans leur yeux comme de la pitié, moi qui quelques jours
plutôt était comme elle !je ne suis pas " çà
" ce n'est qu'un mauvaise période à passer ! C'est
en fait très complexe à décrire mais je n'avais
qu'une envie, me couvrir et partir. Je ne suis d'ailleurs plus jamais
sorti sans un tee-shirt. Ce jour là j'ai vraiment eu l'impression
de passer de l'autre coté de la barrière celle de ces
gens que l'on regarde dans les documentaires et dont on dit : "
oh les pauvres, c'est horrible " sans rien comprendre à
la souffrance réelle de ces " dits " pauvres gens.
La nuit je m'installe souvent sur le gros siège à coté
du lit, je me sens à la fois apaisé et triste, j'attribue
cette tristesse à la beauté de l'évènement.
Cette aventure est aussi tragique qu'elle est merveilleuse
.. Elle
entraîne l'être dans des profondeurs qu'il ne peut atteindre
habituellement. Bien que Francine Leca soit attiré par de "
nouvelles expériences " comme pouvait lui offrir mon "
gros et délicat " cur elle a pris un véritable
risque pour rendre ma vie plus légère. Essayer d'imaginer
la pression qu'elle a du subir jusqu'au dernier moment
.car elle
ne savait pas vraiment comment elle allait s'y prendre
elle a
réussi ce genre d'exploit qu'on imagine dans ses rêves
les plus fous sans jamais croire que ça puisse arriver. Et puis
votre soutien, vos craintes, cet immense amour que j'ai ressenti pour
vous et de vous. Je me suis senti porté, épaulé
et c'est une chance formidable. Il y a encore la bonté du personnel
soignant pour que le patient vive le mieux possible ses douleurs, il
y a là vraiment de quoi pleurer, non ?
Depuis que j'ai commencé l'écriture de cette histoire,
souvent les larmes me viennent
Un après midi où j'attendais la venue de Carole, je me
suis mis à écouter NTM (je pense qu'il est inutile de
préciser de quel genre de musique, il peut s'agir).
Je tombe sur une chanson qui parle de la vie, des épreuves et
de l'importance des proches, sur un ton bien de chez eux c'est-à-dire
avec force
Elle me bouleverse et je pleure, cependant je me contiens le plus possible,
maman arrive d'un moment à l'autre et je ne veux pas qu'elle
me voie ainsi, elle a assez donné ! Aujourd'hui quand je dis
que NTM m'a fait pleurer
.on me regarde comme un fou !
Si j'avais pu associer une chanson à cette histoire, c'est précisément
celle-ci que j'aurais choisie.
Carla passera me voir en fin d'après midi comme chaque jour
depuis mon entrée à l'hôpital, pour moi notre relation
est devenue difficile, l'opération ma rapprochée des notions
de vie essentielles, de la mort et de l'être humain dans sa nature
la plus simple. Elle, elle vit à fond entre petits boulots, fin
des exams, amis, et préparation de son départ pour Oxford.
Je me sens complètement en décalage et surtout je ne suis
pas là pour l'accompagner ce qui me donne un sentiment encore
un peu plus fort de solitude et d'impuissance. Je voudrais être
avec elle mais dans mon état, c'est impossible de plus je vois
mon jour de sortie s'éloigner à mesure que je m'en approche,
en effet les médecins ne veulent toujours pas me laisser partir.
Mais moi je ne vois qu'une chose c'est le départ de Carla pour
ses vacances d'ici quelques jours et que je voudrais passer du temps
avec elle.
Du coup, toutes les réflexions même anodines de médecin
ou d'infirmier concernant mon état me reviennent à l'esprit.
Il faut que je leur montre que je vais mieux et que je suis apte à
partir.
La nuit je marchais dans les couloirs pour travailler mon souffle, j'étais
maintenant le plus ancien du service et je connaissais donc bien les
infirmière de nuit, on discutait souvent et je leur posais des
questions histoire de
.je connaissais également quelques
patients et je passais par elles pour avoir de leur nouvelles. Il m'arrivait
même d'apporter de l'eau ou de remonter le coussin à l'un
d'entre eux qui ne pouvait se déplacer, ça me faisait
du bien de me sentir utile, dans cette période délicate
où je vivais.
Je ne m'endormais jamais avant 2h du matin alors je continuais ma valse
de " randonneur hospitalier ". Je le faisais pour passer le
temps mais également pour leur montrer à tous que je marchais
.bien et qu'en somme j'allais de mieux en mieux !
Je le suis tellement d'ailleurs qu'un soir je suis parti dans l'aile
opposée du service, là où se trouve le matériel
du personnel de nettoyage, la vue y est imprenable, j'étais seul,
au calme
tout à coup, j'entends s'agiter dans le service,
je ne dis rien et ne prête pas plus d'attention que ça
aux déambulations du personnel qui m'étaient désormais
familières. En fait c'était le branle-bas de combat ils
avaient perdu un patient et n'arrivaient pas à remettre la main
dessus ! Il faut savoir que chaque patient est continuellement équipé
d'électrodes qui donnent constamment son rythme cardiaque à
un ordinateur central qui se trouve au poste des infirmières,
or, le fait de m'éloigner, avait coupé le signal et affolé
toute la troupe !
J'arrive de mon lent pas de grand- père dans l'allée,
la surveillante haletante me regarde effarée, je lui dis : "alors
quoi, c'est la course il y en a un qui ne va pas bien ? "
Je crois que ça l'a clouée : " où étiez-
vous monsieur Contre, on vous cherche partout ? "
Là, j'ai compris que j'avais peut être pris un peu trop
mes aises (ce qui d'ailleurs ne m'a pas pour autant empêché
de le refaire la nuit d'après, les couloirs n'avaient pas encore
étanché ma soif de curiosité)
"L'info " est redescendu à l'infirmière de jour
et je me suis fait charrier toute la matinée, au moins ça
leur faisait quelque chose à raconter et ça renforçait
l'impression de bonne santé que je dégageais ! Que du
benef !!!!
D'ailleurs le lendemain le bruit court que ma sortie est imminente
.
Superbe avec Carla les pronostics vont bon train, on pourra rentrer
tel jour
. ce qui nous laissera tant de temps, mais je me méfie,
on m'a déjà fait le coup plusieurs fois ! Les Hôpitaux
sont les " pros " de la " fausse bonne nouvelle "
!
Et vlan !çà n'a pas raté , le docteur Zicrone vient
me voir pour m'expliquer qu'ils souhaitent me garder encore plusieurs
jours en observation, évidemment je suis très déçu
alors je tente une négociation active afin de raccourcir ma peine,
mais ça ne paraît pas gagné.
Le lendemain matin la jeune kiné m'annonce que je vais passer
le test à l'effort afin d'évaluer mon état physique.
C'est une très bonne nouvelle car il rime avec sortie mais c'est
aussi pour voir si je ne vais pas devoir rester encore un peu plus.L'enjeu
est donc super important !
Je suis chaud comme une bouillotte et j'effectue quelques derniers échauffements
avant la venue de " Maître " kiné et de son questionnaire
physique, échauffement du reste plus psychologique qu'efficace
étant donné que ma liberté de mouvement reste tout
de même très restreinte.
Tout d'abord la marche dans le couloir, inutile de dire que là
je suis " sur préparé ", quoi que mon souffle
me fasse encore quelque peu défaut. A chaque pas dans le couloir,
une infirmière, un médecin ou une aide soignante que je
côtoie maintenant depuis presque deux semaines me lance une petite
blague, me demande comment je vais ou me félicite tout simplement
pour mes progrès.
C'est vrai que j'adore me promener dans cette allée en moquette,
il y a toujours un sourire à offrir, quelques mots à partager.
Je me sens comme chez moi le personnel me semble familier, je "
tire " souvent (quitte à perdre le signal avec l'ordinateur)
jusqu'à la " réa " qui se trouve à l'autre
bout pour passer dire bonjour à mon grand ami Olivier, il est
bien sur très occupé mais prend toujours cinq minutes
(souvent sa pause) pour me parler.
Quand on en vient aux mots, il n'y a ni enrobage ni faux- semblant,
on est chacun très heureux de se revoir. Il passe de temps en
temps me voir dans ma chambre, j'aime lui parler sa présence
me rassure toujours.
Donc ! J'étais essoufflé disais-je mais le rythme est
bon et je me sens bien, petite pause, retour et nous passons à
la deuxième épreuve du marathon, la fameuse montée
des escaliers !
Pour le coup le plus fatigué ce n'est pas moi mais la jeune stagiaire
qui me suit avec tout le matériel médical, c'est-à-dire
un beau bordel ! (Ça n'a rien à voir mais alors que j'écris
ces lignes dans un bar une coupure générale vient de plonger
Lyon dans le noir et me voila à me servir de mon ordinateur portable
comme lampe pour la quinzaine de clients amusés !) Au bout d'une
dizaine de marches, ça tire derrière, je me retourne et
je vois ma jeune kiné haletante, blême au bord du malaise
et assommée par la chaleur caniculaire de ce mois de juin.
" Bon on va s'arrêter là, quelques minutes Mr Contre
", je ne peux m'empêcher de rire, c'est le " malade
" qui attend le médecin
"Escaliers réussis " (pour la kiné,s'entend
!) je m'apprête à regagner mes pénates quand le
cardiologue m'arrête : " allez, Mr Contre vous m'avez l'air
bien en forme on va vous faire passer un vrai test à l'effort
"et moi toujours partant quand il s'agit de battre des challenges
.je
m'installe aussitôt sur un vélo mais très vite j'ai
un mal de fesse terrible, mes muscles ont tellement fondu qu'ils ne
supportent même plus mon poids !
Bref après un bon dépoussiérage du vélo
(qui visiblement ne doit pas souvent servir) je me mets au travail,
tout se passe bien mais l'appréhension me freine, je n'ai plus
confiance en mes capacités physiques et cardiaques et la chaleur
accentue mon délire en me surchauffant.
Je demande à m'arrêter au bout de quelques minutes je ne
me sens pas bien du tout.
Le cardiologue ne constate rien d'anormal et comprend bien que je ne
suis pas à l'aise dans mes baskets, il m'en fait d'ailleurs la
remarque avant de me dire d'arrêter.
Même prématurément arrêté, il donne
des résultats positifs, ouf
me voila enfin sur la bonne
voie, je vais pouvoir lâcher un peu prise et laisser mes craintes
d'une mauvaise nouvelle, s'évaporer. Cela fait maintenant deux
semaines que je suis sur un lit, enfermé dans un hôpital
et je n'en peux plus, je me sens étouffer et je commence parfois
même à devenir " claustro " .J'en viens à
en avoir peur de descendre et ne plus réussir à remonter,
il est clair que la fatigue et le ras le bol sont les déclencheurs
de mes vielles angoisses retrouvées.
Quelques jours plus tôt maman est passée me voir et nous
sommes descendus tous les deux dans le jardin de l'hôpital, petit
mais sympa, surtout quand il y a deux semaines que vous n'avez pas mis
le nez dehors ! C'est là que les peurs sont arrivées,
je me suis assis, et très soudainement, j'ai eu envie de pleurer.
Je ne me sens pas a l'aise du tout, je suis fatigué, fragile
et maintenant angoissé de reprendre ce foutu ascenseur pour remonter
au cinquième, non pas ça ! Pas ces foutues angoisses !
J'ai demandé à remonter, je ne voulais pas laisser s'aggraver
le processus
..
Mais aujourd'hui la réussite à ce test à l'effort
me redonne du baume au cur, j'appelle Carla et lui dis que je
compte obtenir une autorisation de sortie pour la soirée, je
veux aller manger au restaurant ! Elle me connaît et reste prudente
quand à mes projets délirants, elle me demande si l'hôpital
a donné son autorisation ? Quand elle est comme ça, moi
ça m'emmerde, le coté pratique et autorisation des gens
me fait chier, c'est ça qui les empêche de rêver
et les rend pénibles, voilà, c'est encore dit ! Chez moi
c'est d'abord les idées, l'autorisation (quand je la demande)
passe bien après je dirais même que c'est un
détail.
Mais, là pour le coup il la fallait vraiment
(Hum)
Je passe voir le cardiologue qui par chance n'est pas Mr Zicrone, il
est en congé et me laisse le champs libre
pour un
numéro " spécial lolo ". Je ne sais plus ce
que je lui ai dit mais je ne me souviens pas avoir aussi bien baratiné
(je plaisante c'est formidable à chaque fois !).
Tour ça pour dire que cinq minutes plus tard, je repartais avec
mon petit papier m'autorisant à quitter l'hôpital dès
20H et ce
.. jusqu'à 24h, c'était très drôle,
j'avais l'impression d'avoir demandé à mon papa l'autorisation
de 23h et d'avoir gagné une heure de plus !" ouais, t'es
super papa ! " J'ai donc rendez vous à 21h en bas de Montsouris
où me rejoindront Carla et Michelle.
Je suis surexcité à l'idée de retrouver l'air libre,
retrouver le monde qui avance .Je ne pouvais faire meilleure première
sortie qu'être accompagné par ces dames
..
J'avais un peu peur de la réaction de Michelle en me voyant !
Le Lohen qu'elle a vu pour la dernière fois a pris un sacré
coup. Je savais qu'elle ne montrerait rien (c'est une dame, une vraie
!). Je m'apprête donc pour sortir, deux infirmière m'aident
à me coiffer et me pouponner j'ai envie d'être présentable,
elle se mettent à parler chiffon et l'on part dans un beau délire
sur le thème : " et si il n'y avait pas le regard de l'autre
comment je me vêtirais ? " Je vous laisse à votre
imagination
.. Vous verrez c'est très intéressant
!
Cela fait seulement quelques petites minutes que j'attends et déjà
mes jambes tremblent de fatigue, c'est alors que je comprends. Mes petits
tours dans les couloirs entrecoupés de ma pause canapé
me donnaient l'impression d'être en forme mais ça n'était
que de la poudre aux yeux, comme j'ai été naïf !
Je comprends que la soirée va être difficile, heureusement
les voila ! Je vais pouvoir l'air
. de rien m'accrocher à
leurs bras solides !
C'est un sentiment formidable de marcher dans Paris, vivant !
J'insiste sur ces mots par ce qu'ils ne me quittent plus depuis mon
réveil jusqu'à aujourd'hui (même s'ils se font plus
discrets).
Quelle dégaine ! Voûté par la cicatrice, aussi gros
qu'une allumette, pâle comme du lait je me lance dans la marche
victorieuse d'un escargot au galop
.
Très vite nous trouvons un resto italien, les places en terrasse
sont prises et il ne reste plus qu'une place au fond de la salle, je
rappelle que nous sommes en pleine canicule le fond de la salle est
donc légèrement surchaufféééééé
! Pour le coup je déchante, la tête me tourne je m'affaisse
et je commence presque à me dire que tout compte fait il aurait
été plus raisonnable d'être resté couché,
je me suis cependant rappelé que je n'avais pas encore mangé
ce qui évidemment a son importance
.
Effectivement le calcul était fort judicieux, un petit plat et
ça repart, en bref ce fut un très bon moment passé
avec vous, Mesdames, merci beaucoup.
Le lendemain ça suffit je dois sortir d'ici, pourquoi moi je
reste alors que je vois tout le monde partir, qui plus est ,des patients
arrivés bien après moi ! Ça tombe mal le cardiologue
vient m'annoncer qu'ils veulent me garder un ou deux jours de plus,
je fulmine, comment ça ? Mais vous m'aviez dis mardi ?!!!
Non Lohengrïn je vous avais dis mercredi !
La s'en est trop je m'énerve et je lui explique que je suis sûrement
le plus en forme de tout le service cardio et que de me garder ici ne
tient pas debout. D'ailleurs hier soir tout s'est bien passé
(oh, la gaffe !) : " Comment ça, vous êtes sorti hier
soir ???? "
Je continue en lui expliquant que je ne bougerai pas de Paris et qu'ils
m'auraient à " leur entière disposition " dès
qu'ils le demanderaient. Je continue en expliquant que mon amie part
bientôt et qu'il est important pour moi de passer un peu de temps
avec elle avant son départ.
Rien n'y fait ce médecin est une vrai tête de mule et la
seule réponse que j'obtienne, est : " c'est Francine Leca
qui prend les décisions, vois avec elle".
Il ne croyait pas si bien dire, elle m'avait donné son numéro
de portable " perso "quelques mois plus tôt afin de
la contacter pour un examen. Je l'appelle et la dérange en plein
cours de théâtre, cette femme est décidément
incroyable, en plus de son travail qui parait déjà une
montagne elle trouve le temps de faire du théâtre
..
Je lui explique la situation et argumente du mieux que je peux, elle
me répond d'un ton très calme que mon opération
a été très longue, que j'ai perdu beaucoup de sang
et que mon rythme cardiaque reste préoccupant.
Je comprends que ça n'est pas gagné et joue ma dernière
carte : " laissez- moi sortir je suis à votre entière
disposition et je vous promets que je resterai calme, je ne suis pas
si fou "
.
Elle n'est pas dans un lieu propice à la discussion et me dit
qu'elle a bien compris ma requête.
Autant dire que le miracle n'est pas pour aujourd'hui.
Cette
nuit là, comme souvent je m'assieds sur le bord de la fenêtre
en face de la tour Eiffel, je me suis inventé un nouveau
jeu : poser les yeux sur la " Dame de fer " au moment où
elle s'illumine. J'aime me poser et contempler Paris, je regardais également
la tour Montparnasse, se dresser, imposante et vertigineuse. En regardant
les lumières des bureaux j'imaginais la vie active des salariés.
Le décalage me semble important, je les imagine marchant à
vive allure dans la rue afin de ne pas arriver en retard à leurs
dîner entre amis, la vie avance et je ne faisais plus partie de
celle-ci. Le temps s'est arrêté depuis ma sortie du bloc,
j'ai l'impression qu'un flux actif court partout laissant cet établissement
hors de la course folle du temps et des gens. Concernant mon travail,
j'avais prévenu certains clients qu'ils pourraient continuer
à m'appeler sur mon portable à tous moments, un d'entre
eux m'a contacté récemment pour organiser une OP dans
son magasin, je passe un coup de fil à mon patron afin qu'il
s'en occupe mais avec le peu de voix que j'avais, je me fatiguais à
chaque mots. J'ai compris qu'il y avait un temps pour tout et qu'il
fallait créer une vraie coupure avec tout ce monde actif
..
J'ai donc commencé par couper le portable du boulot
..
Et pourtant le lendemain matin, Mr Z...... vient m'annoncer que Leca
a annoncé ma sortie pour le lendemain, je suis effaré,
me voila quasiment libre. Il faut maintenant procéder à
une nouvelle négociation pour éviter d'être "
envoyé " en maison de repos rempli de vieux
.
Lors d'une conversation à ce sujet, Madame Leca m'a dit qu'elle
me connaissait et qu'elle n'était pas tranquille de me savoir
libre dans la nature, sans contrôle.
Je lui jure mordicus que je suis tout à fait conscient de la
situation et que ce serait folie de ma part que de négliger la
convalescence. Je crois qu'elle a découvert une nouvelle facette
de ma personnalité, et oui je suis plus têtu qu'un troupeau
de mule et pour le coup j'évite l'hospice !
Pour l'anecdote elle dira d'ailleurs à ma mère dans une
conversation téléphonique : " votre fils a négocié
dur " à quoi ma mère aurait répondu que c'était
bon signe !