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Lohengrïn

 

 

 

 

 


La dernière leçon de vie

Voici la dernière leçon de vie de Lohengrïn.
Parce qu'il était une fois un jeune homme, avec un gros cœur, un trop gros cœur pour sa poitrine, nous ses parents, amis, soignants, avions peur qu'il ne puisse vivre ainsi. On a donc fait des prouesses et on lui a réduit son cœur. Mais voilà, on ne savait pas que ce surplus avait une fonction, et qu'en réduisant cette masse, son amour n'aurait plus suffisamment de place. Alors, tandis que tous nous nous réjouissions … Le cœur a explosé.

 


La lettre de Lohen
( mars 2006)

Lohen voulait écrire ce texte pour remercier tous ceux qui d'une façon où d'une autre, l'avaient accompagné durant cette opération. Il avait été surpris, touché et extrêmement reconnaissant de la synergie de toutes les personnes qui l'avaient suivi directement ou indirectement tout au long de cette épreuve. Je sais qu'après cette première partie plus descriptive de l'intervention, il voulait aborder un questionnement plus intime, sur le sens de la vie et de la mort. Mais voilà, une fois de plus il est allé trop vite … Ou peut- être voulait- il que nous nous posions nous- même les questions et fassions notre propre cheminement … ?

Vous pouvez lire le texte tout simple de vie que nous a laissé notre fils.

Lire la lettre de Lohen

Nous faisons maintenant passer ce texte à tous ceux qui ont envie de le lire et nous invitons ceux qui le souhaitent à l'enrichir avec de nouveaux messages ou de nouveaux points de vue.

De temps a autres nous ferons circuler les témoignages et les cheminements des uns et des autres en y ajoutant ce que nous aurons pu vivre nous-mêmes.

Ceci sera notre façon de garder en nous l'énergie de Lohen.

Ceci sera notre façon de prouver que de la mort peut naître de la vie.

 

 

Lohen était la vie, il est mort en dansant le 26 Novembre 2005 à Nantes.

 

Depuis nous avons encore affiné et complété des faits et nos réflexions sur le sens et les conditions de sa mort, et tout ces "hasards" qui l'entoure. Je continue bien entendu à cheminer parce qu'il me manque beaucoup de clés. Mais je reste persuadée que tout cela à un sens, et sans "hystérie" je cherche à avoir des échanges d'informations.

 

Facile à dire quand quelqu'un est mort, mais déjà, de son vivant on le disait ! " Lohen est le fils que tout le monde rêvait d'avoir " et nous étions si fiers d'être ses parents !

Mais nous savions partager, parce que nous savions qu'il ne nous appartenait pas.
Partout où il passait, il tissait des liens. Je riais de " ces familles d'accueil " qu'il se créait ici et là. . J'avais l'impression qu'il s'étayait de filins pour ne pas s'échapper pas trop vite……

Il était toujours à l'aise, s'adaptait à tous les âges. Mais il ne voulait pas non plus envahir, il savait que son excès de vitalité prenait de la place, c'est pour cela qu'il ne restait jamais longtemps. Mais nous étions tous sous le charme. Alors quand il passait c'était un petit bout de bonheur … jusqu'à la prochaine fois.

Drôle, plein d'allant, on l'avait surnommé " 10 projets à la seconde ". Sa maturité était aussi impressionnante que ses farces de gamins.
Les actions SFR et Internet ont dû chuter depuis son départ ! Ses réseaux de proches augmentaient d'une façon impressionnante au fil des rencontres. Il encourageait, consolait, stimulait, faisait rire ou sourire, quelquefois même moralisait un peu. Et je me demandais comment il trouvait le temps d'être aussi présent avec tous. Il est vrai que ses insomnies aidant, il avait une bonne partie de la nuit pour s'occuper de tous les messages qu'il devait envoyer !
Son ami Tom a un autre point de vue, il dit qu'il cultivait ses nombreux amis, pour ne pas trop les épuiser d'un coup ! Toutes les 20 minutes, vite il devait changer de compagnie ! Parce que déjà, on ne pouvait plus le suivre !
D'une grande sensibilité il était sans cesse en questionnement. Il me téléphonait souvent plusieurs fois par jours, pour une question ou une réflexion sur la vie, une nouvelle idée, ou juste pour rire, mais aussi s'inquiéter de nous, de nos projets, ou de quelqu'un qu'il savait en souffrance.
Depuis toujours l'école n'avait jamais été son point fort, il la parcourait comme une contrée étrangère. A l'époque nous nous inquiétions d'ailleurs plus de son cerveau que de son cœur !
Pourtant il arrivait encore à charmer les professeurs … pas tous … Et beaucoup ont pleuré…. . Il s'en est peut-être étonné ! …
Nous nous sommes rappelés avec Elodie de cette enseignante qui appelait quelquefois le matin à la maison pour motiver Lohen à se rendre à l'école. Ce n'était pourtant pas son meilleur élève ! Mais voilà, comme elle disait de ce " chenapan " : " il vendrait un congélateur à un esquimau ! ".
Oui sa force de persuasion était grande et, il faut le dire, il affectionnait la " tchatche ".
Dans le cadre de notre entreprise, il aimait faire son " apparition " au cours d'un Salon ou à l'atelier et s'amusait alors à jouer au super " commercial "domaine dans lequel il excellait. Son père lui avait insufflé sa passion du 4X4 et il arrivait malgré son jeune âge à vendre, tellement il réussissait à captiver et enthousiasmer les éventuels acquéreurs !
Il aimait également se rendre à l'atelier et discuter avec les employés des problèmes techniques, des projets. Nous avons su, après son départ, qu'il souhaitait, après avoir passé quelque temps à vagabonder, s'engager plus sérieusement dans l'entreprise.

Parce que dès qu'il décidait apprendre, il devenait performant.
Parce que dès qu'il se lançait dans une nouvelle passion, il excellait.
Têtu, impatient, quelquefois autoritaire, il avait le défaut de ses qualités. Il en avait d'ailleurs conscience et lorsqu'il savait qu'il était allé plus loin qu'il ne l'aurait souhaité, il n'hésitait pas à s'excuser.
Avec Jacques nous avons bien essayé de nous rappeler une seule dispute avec lui. Incroyable, mais nous n'en avons eu aucune ! Des discussions, des divergences de point de vue, de l'irritation mais jamais de rupture, même passagère.
Petit, il a bien reçu quelques réprimandes, mais bien souvent il s'auto punissait lui-même ! Pour presque rien d'ailleurs, ce qui avait le don de m'énerver. La pire de ses sanctions étant de se priver lui-même de pizzas ..!
Moi qui ai toujours prôné haut et fort la crise d'adolescence, pour aider à la séparation normale, entre enfants et parents, ce dont nos filles ne se sont pas privées et à juste titre, lui ne l'a pas faite. Il est parti de la maison, pour accomplir ce qu'il avait à faire, mais sans heurt, toujours avec le souci de garder un lien privilégié avec nous.

Par jeu, il aimait tant les défis ! Est- ce la mort ou la vie son dernier défi ? A-t-il gagné ou perdu ?

Nous savions que nous ne pourrions jamais le retenir, et nous le respections. Parce qu'à l'envers de cette face de lumière, il était aussi pétri d'angoisses existentielles qui le minaient. Confronté à ces forces morbides qui le pétrifiaient littéralement à certains moments, il devait lutter avec toute sa vitalité. Est cela qui a brûlé si fort sa vie ?
Est-ce l'ombre ou la lumière, qui aura été la gagnante ?

Cela fait une quinzaine de jours qu'il est mort. La vie est depuis une parenthèse.
Portés par tout l'amour qu'il dégageait, avec tous ses proches nous l'avons honoré d'un départ à son image.
Nous avons réinventé et vraiment compris certains symboles religieux, alors que très souvent aujourd'hui, ils ne sont plus que des reliquats de traditions vidées de leur sens. . Beaucoup de nous avons employé les mots " d'état de grâce, de communion ", même si la plupart étaient sans religion..
Je sais qu'il a aimé.

Des pleurs bien entendu, mais beaucoup de joie et tant d'amour.
Je sais qu'il a souri.

Nous sommes tous sortis grandis de cette expérience, avec plein de questions sur cette force mystérieuse qui s'est dégagée lors de cette période.
Déjà plusieurs amis m'ont contactée pour me dire que dès leur retour, portés par cet élan, ils avaient renoué des contacts avec les uns, s'étaient réconciliés avec les autres, ou bien tout simplement qu'ils vivaient dans une autre sphère et qu'ils avaient des difficultés à réintégrer le quotidien.
Je sais que cela l'a touché.

Cela ne suffit bien sûr pas à apaiser notre peine. Les souvenirs heureux sont à la hauteur de la douleur de tout ce que nous ne connaîtrons plus ensemble.
Et puis tant de questions sur le rôle ou le sens de la mort, encore plus pour un jeune être de sa nature.

Et puis tout ces questionnements qui se bousculent dans ma tête ;
Sa façon, ces derniers temps, presque hystérique de vouloir vivre, alors qu'on lui demandait de se calmer pour laisser le temps à son cœur de retrouver un rythme " normal ".
Sa volonté de traverser la France en long en large et en travers juste pour rencontrer l'un ou l'autre, faire une ballade, une photo, lancer un nouveau défi.
Un de ses amis me racontait leur dernière promenade dans ce Vercors qu'il aimait tant. Alors que le groupe tirait la langue, lui, trouvant l'allure trop relâchée, s'amusait à faire la course avec le chien, et bien entendu il gagnait ! Il était le roi du " chiche que … "
Et cette envie soudain insatiable de danser, partout où il allait !
Et puis ces derniers jours où il remonte de Montpellier sur Valence, Lyon, Chalon, Paris, Nantes, et rencontre à chaque fois un maximum de ses amis, comme s'il voulait lancer un dernier coup de chapeau.
Son impressionnant trousseau de clés qu'il portait autour du cou pour ne pas les perdre (double compris !..) qu'il abandonne en passant chez Isabelle, en lui lançant en riant, je vous laisse tout … maison et voiture …
Et Tom dans les bras de qui il va mourir en dansant, lui qui l'avait déjà recueilli lors de son premier malaise cardiaque à 8 ans, alors qu'on ignorait encore son anomalie ?
Et ce texte qu'il décide d'écrire récemment, et qu'il complète dès qu'il trouve du temps libre. Il me dit qu'il doit faire vite, parce qu'il a peur d'oublier …
Je ne trouvais pas le titre très approprié, mais je le laisse faire, et c'est vrai c'est lui qui avait raison, il s'agit bien de " à la mémoire de …".
Et puis lui qui ressemblait tant à mon père qu'il n'avait pas connu. Mon père mort, quand ma mère avait 50 ans, lui mort alors que j'ai le même âge ! Histoire de lignée familiale ?
Et puis une foule de détails qui remontent !
….. Jacques qui photographie mentalement Lohen tout habillé de noir lors de son dernier passage trois jours plus tôt, Zelda qui rêve de sa mort deux nuits seulement avant et Patrick qui parle avec lui de crémation .... La veille ! …. Mes angoisses la nuit et puis ces derniers temps, mes fréquentes images avec lui tout bébé dans mes bras … et cette autre encore…….il y a si longtemps…..Lohen avait dix ans et il me disait très gravement… " Dommage que tu verras jamais mes enfants " ….et moi je riais pensant qu'il me croyait si vieille et donc incapable de vivre encore ces années -là …..Ou encore, ce tout dernier film que j'ai vu quelques jours avant sa mort " le dernier trappeur ". Il est dit " qu'un animal qui meurt permet à 4 ou 5 autres de vivre " et moi je m'interrogeais sans cesse " et un homme qui meurt, alors combien d'hommes peut il aider à survivre? "
.Des hasards, des prémonitions ? Est-ce le " pas de chance ", l'imprudence, ou son destin était- il écrit ? L'avait- il choisi inconsciemment ou du moins dans une conscience autre ?
…et puis ces dates qui se répètent, inexorables, à quatorze années d'intervalle !
-première opération…..le 18juin 1991.
-deuxième opération….le 16juin 2005.
Mais ce n'est pas fini…….tout juste après sa première intervention, il nous fera une frayeur….un caillot de sang a été détecté et nécessite d'urgence une hospitalisation ! tous s'en souviendront à l'hôpital car nous n'hésiterons pas à fêter l'avent dans sa chambre et à embaumer les couloirs avec nos branches de sapin….lohen trépignait d'impatience, comme toujours mais d'autant plus qu'il n'aurait, pour rien au monde, voulu manquer Noël !!!!

Et ce même mois……à nouveau ……à quelques jours de noël !!!!
" Mon Lohengrïn "……lorsque tu étais encore dans mon ventre, déjà ton prénom s'était imposé " !je le trouvais si merveilleux !un prénom de conte de fée et toi, tu serais mon petit prince ! J'appris par la suite que tu étais " fils de Perceval " ! La quête du Graal ! C'était grandiose !…..mais j'ai fini par connaître ta véritable histoire : lohengrïn, descendu sur terre par amour ……pour accomplir sa mission, très vite avait du rejoindre son palais céleste…tiré par quatre cygnes majestueux !et alors, j'ai eu peur ! Depuis bien des " signes " ont confirmé ….ton destin…….si beau …mais si tragique et arrêté en pleine course……pour retrouver ce même palais du Ciel !
Il y a environ 2 ans Lohen nous fait rencontrer Isabelle, il y a des années qu'il nous en parle. C'est la mère de son amie Elodie, qui s'acharne depuis plus de 10 ans contre les cancers qui la rongent. Moi qui aie toujours craint la mort, je créé un véritable lien avec Isabelle, nous ne nous connaissons pas suffisamment pour que mon émotionnel interfère de trop et je peux l'accompagner plus sereinement dans son départ au fil de ces 2 années. En Février je dois me rendre au Mexique pour un mariage. Moi qui avais très envie de partir, je n'arrive plus à me décider. Alors que j'ai l'habitude de prendre mes décisions à l'emporte pièce, je me sens retenue. Je ne suis soulagée que lorsque j'arrive à dire non.
Pendant la période ou j'étais censée être absente, Isabelle s'éteint. Je sais pourquoi je ne pouvais pas partir.
Je vais préparer avec Elodie les obsèques, qui vont se dérouler au crématorium de Valence. Je dis aux enfants que le lieu est beau, ils pourront m'y amener … Je ne savais pas que quelques mois plus tard, cela serait au tour de mon fils d'être à la place d'honneur.
Nous gardons l'urne d'Isabelle à la maison, ses enfants n'ont pas encore le courage de prendre ces cendres. Au début l'idée de savoir mon amie dans ce petit pot, m'effraie. Et puis petit à petit j'apprivoise ce récipient, je lui parle, je plaisante même. A peine un mois avant le décès de Lohen, Elodie décide de reprendre les cendres de sa mère.
Je ne savais pas que c'était pour laisser la place à celles de mon fils.
Merci Lohen de m'avoir permis d'accompagner Isabelle, merci Isabelle de m'avoir aidée à vivre dignement le départ d'un être aimé. Sans la préparation que tu m'as permise de t'offrir, je n'aurais jamais su, je n'aurais jamais pu.

Charlotte et Gérard ont rêvé de lui : il était enfin apaisé, il disait qu'il était bien. Délire, projection ou perception ?
Le lendemain de la mort de Lohen, Maurice trouve allongé sur l'herbe, un des jeunes bouleaux de son jardin. Il fait 3 ou 4M de haut. Il n'y a pas eu de vent pendant la nuit, l'arbre était apparemment sain.
Il est ému par cet arbre encore frémissant de vie, couché ainsi sur le sol. Quand il verra Lohen, sur son lit de mort, il ne peut résister au parallèle.
Dans certains courant, le bouleau est considéré comme l'arbre de Vénus, l'arbre de l'Amour...

Le manque me donne la nausée. Il est tellement ancré en moi, que je ne réalise toujours pas que je ne le reverrai plus. Est-ce son imprégnation, est-ce parce qu'il est toujours présent autour de nous ?

Mais nous savons aussi que nous n'avons pas le droit de nous laisser aller. Nous avons toujours appris à notre fils à vivre pleinement sa vie, malgré son handicap, que d'ailleurs personne ne pouvait deviner.
Nous n'avons aucune raison de ne pas continuer ce que nous lui avons enseigné, même si maintenant nous aussi, sommes handicapés du cœur.
Alors nous voulons continuer à cheminer. Nous voulons chercher à comprendre tout ce que cela veut dire.
Voilà on ne veut pas se contenter de jouer les parents éplorés, nous avons des choses à découvrir à donner.
Et puis il y a nos deux filles chéries, et puis il y a aussi tous nos amis.

 


Une dernière image avant de vous quitter……

Isabelle a offert à Lohen un oignon de jacinthe, que nous avons posé dans le bureau de Jacques sur un petit meuble, entre la fenêtre et le pot où reposent ses cendres.
La fleur s'est bien développée, et comme toute fleur elle aurait dû se pencher, on peut bien l'imaginer, vers la lumière. Or ce n'est pas du coté de la fenêtre qu'elle s'est tournée … mais bien vers le pot de terre…..
J'ai interrogé un horticulteur, passionné par la vie des fleurs et les arbres. Il m'affirme qu'aucune raison, ne peut expliquer ce phénomène. La fleur ne peut qu'être attirée par la lumière. Eventuellement elle pourrait manquer d'eau, mais ce ne fut pas le cas puisqu'elle mit près de 2 mois à défleurir, ce qu'elle fit en se couchant sur le vase de cendre...Une amie comparait ce phénomène à l'homéopathie. La fleur, pense- t-elle, avait été attirée par les forces de vie contenues en dose infinitésimale dans les cendres...


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