Qu'est-ce
qu'un fantôme ?

 

C'est seulement avec le développement de l'observation scientifique en Occident, dans les derniers siècles, que l'on s'est mis à discuter de leur existence et de leur nature. Et il y eut peu de tentatives sérieuses pour découvrir ce qu'ils sont réellement, et pour étudier leur comportement. Beaucoup de gens répondent encore à l'idée de fantômes avec un mélange irrationnel de peur, de ridicule et de rire. Nous rejetons ce que nous ne comprenons pas, plutôt que d'envisager la possibilité qu'il y ait, en effet, « plus de choses dans le ciel et sur la terre que nous n'en rêvons : telle est à peu près la position du monde scientifique.
Les spectres sont mêmes rejetés par ceux qui les ont vus. « Je l'ai vu, mais cependant je ne peux y croire » 'est la réaction communément rapportée. Car l'esprit humain rejette d'instinct une information qu'il est incapable d'assimiler ou d'interpréter. De meilleurs témoignages sont encore nécessaires avant que les fantômes puissent trouver leur place dans les manuels de physique et de biologie. Et, d'abord, qu'est-ce qu'un fantôme ?

Les dictionnaires le définissent comme un esprit supposé séparé du corps, ou encore l'âme d'une personnalité morte. Cette explication de la nature des fantômes ne peut être prise ici en considération, car les apparitions des personnes vivantes sont fréquentes.

Frédéric W.H. Myers, l'un des chefs de la récente recherche psychique, a caractérisé, quant à lui, le fantôme comme « une manifestation d'une énergie personnelle persistante », définition à laquelle il est parvenu après une étude approfondie et soigneuse d'une masse de témoignages, et ,qui s'applique aussi bien aux morts qu'aux vivants. Une grande quantité de témoignages est utile, voire indispensable, d'autant plus que voir ou entendre des présences fantômales est une expérience très commune.

En 1889, la Société britannique pour la recherche psychique - la célèbre S.P.R. de Londres, dont Myers fut, justement, l'un des membres fondateurs - engagea une vaste enquête concernant les expériences d'apparitions en posant la question : « Avez-vous jamais, alors que vous vous croyiez complètement éveillé, ressenti la nette impression de voir un être vivant ou un objet inanimé, ou d'être touché par lui, ou d'entendre une voix, impression qui, aussi loin que vous puissiez découvrir, n'était pas due à une quelconque cause physique ? » Presque 10 % des 17 000 personnes qui répondirent à ce questionnaire, diffusé par quelques grands journaux anglais, dirent : « Oui. » Des enquêtes postérieures, dans divers autres pays, ont confirmé ce tableau.


Une première réalisation de la S.P.R. fut de dresser une liste des hallucinations. Elle réunit sept mille questionnaires dûment remplis sur les expériences hallucinatoires et les explications possibles. Après étude, 8 % des expériences relatées furent considérées comme authentiques. Elles furent examinées scrupuleusement par les membres les plus importants de la S.P.R., et les résultats de cette étude furent publiés dans un ouvrage en deux volumes, intitulé : Apparitions of thé living and Human personality and ils survival of physical death (Apparitions de la personnalité humaine vivante et sa survie à la mort physique). Le premier volume renfermait une liste de manifestations de personnes apparues jusqu'à douze heures après leur mort. A cette époque, les chercheurs émirent l'hypothèse que ce phénomène pouvait s'expliquer par la transmission de pensée entre le mort récent et ses contacts vivants, cette transmission étant retardée pour ne se produire qu'au moment favorable. Même considérés ainsi, certains de ces cas pourraient à présent être classés parmi ceux qui apportent la preuve de la survie temporaire après la mort.

La plupart des parapsychologues qui admettent l'existence des apparitions sont également d'accord sur ce phénomène de la transmission de pensée, qui rend compte de sentiments et d'images à la fois visuelles et auditives. Ils considèrent en effet qu'il s'agit d'une faculté de l'esprit humain qui pourrait expliquer les apparitions. A l'appui de cette théorie : certaines déclarations d'individus qui se livrent mentalement à des visites astrales (voyages hors du corps). Ceux qui vivent cette expérience voient non seulement les pièces dans lesquelles ils se projettent mentalement, mais ils peuvent décrire avec exactitude un changement de mobilier dont leur moi conscient n'avait pas pris note. De plus, les voyageurs astraux sont parfois décrits avec précision par des témoins étrangers. Cependant environ 6 ou 7 % des apparitions enregistrées dans cette étude de la S.P.R. sont survenues trop longtemps après la mort pour évoquer une communication téléphatique. Les témoignages finalement considérés comme authentiques offraient des caractéristiques communes. Dans certains cas, l'apparition fournissait des informations ignorées par celui qui en était le témoin. Dans d'autres, elle avait un but clairement défini. Dans d'autres encore, elle ressemblait à une personne morte, inconnue de la personne à qui elle se manifestait et qui ne la reconnaissait que par la suite, sur un portrait, par exemple, dont elle n'avait pas encore eu connaissance au moment de l'apparition. Enfin, parfois, de nombreuses personnes voyaient la même apparition à des moments différents. Certains chercheurs dans le domaine des phénomènes psychiques pensent que seuls les cas d'apparitions dans lesquels celles-ci manifestent un but bien défini peuvent être considérés comme une véritable preuve de la survie après la mort et, même dans ce cas, d'une survie peut-être uniquement temporaire. Il se pourrait que, à l'instar de la mémoire qui se rappelle un événement passé, une pensée ou une crainte (désir de communiquer quelque chose à quelqu'un de vivant) continue à exister après la mort de celui qui a eu cette idée ou cette crainte, jusqu'à ce que cet objectif (communiquer cette information) soit rempli. Ensuite, la mort pourrait véritablement intervenir. Depuis la création de la S.P.R., des esprits avisés ont étudié et enregistré des preuves relatives à la survie fournies par de telles apparitions. Certains d'entre eux croyaient que nous continuions à vivre après la mort, d'autres non. Il est bon de dire qu'aucun de ces chercheurs ne s'est montré convaincu de la survie après la mort à cause des seules apparitions... inexplique Cependant, aucune photographie ne peut être aussi convaincante que les témoignages oculaires. Et leur accumulation serait la meilleure preuve de l'existence des fantômes. Mais en dépit d'un siècle de recherche intensive, les questions demeurent sans avoir encore reçu de réponses définitives. Que sont-ils ? Dans quelles conditions se manifestent-ils ? Les chasseurs de fantômes continent toujours d'affronter des mystères innombrables... Une autre question : de « quoi » sont faits les fantômes ?

En 1908, le physicien sir Oliver Lodge émit l'idée que les manifestations spectrales consisteraient en "représentations fantomatiques de tragédies fort anciennes".
Cela expliquerait que les légendes de maisons hantés soient fortement chargées d'émotions. Les fantômes apparaissent souvent pour annoncer des catastrophes ou évoquer des êtres trop passionés pour avoir pu trouver le repos dans l'au-delà - des êtres tourmentés par la luxure, le remords, une soif de justice ou le besoin de rejouer indéfiniment la tragédie d'un amour impossible.

 

 

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