Hindouisme
Après la mort, le défunt est ce simple « trépassé » (prêta) errant
à la recherche de son nouvel état, pour une durée dépendant en quelque
manière de la qualité des rites funéraires. Certains textes disent que
durant cette période l'âme passe le fleuve Vaïtaranî, qui correspond
au Styx grec. Après quoi elle atteint d'autres plans de conscience où
durant plus ou moins longtemps elle assimilera et gérera les expériences
de sa précédente incarnation et se préparera à la suivante.
Ces séjours sont temporaires, puisqu'ils ont un commencement et que,
pour l'Hindouisme, l'éternité est la qualité de ce qui n'a pas eu de
commencement dans le temps. Ils sont le lieu où l'âme liquide une partie
de son karma. Le bon karma est épuré dans les multiples paradis, lieux
de délice rattachés chacun à un des nombreux dieux du panthéon hindou,
« états de lumière et d'expansion de l'âme » dit Aurobindo, d'où il
faudra repartir pour une autre étape de l'évolution. On parle en particulier
du paradis de Shiva (Kaïlâsha), de celui de Vishnou (Vaïkuntha) ; et
de celui de Krishna (Goloka), monde d'amour, de beauté et de béatitude
plein de radiations spirituelles, écrit le même Sri Auro-bindo. On admet
d'ailleurs qu'il existe d'autres paradis correspondant aux dieux des
chrétiens, des musulmans, des juifs, chacun allant dans le paradis qu'il
s'est représenté durant sa vie.
Les enfers sont des lieux d'expiation des mauvaises actions. On classe
dans cette liste aussi bien les péchés capitaux que des actes apparemment
moins graves comme le fait d'abîmer une pierre précieuse, de manger
tout seul des sucreries, de couper inutilement des arbres, de labourer
des pâturages ou de se marier avant un frère aîné1. Leur nombre varie,
suivant les textes, de 21 à 8 400 000 (Garuda-Purâna). Notons que l'on
peut aller dans tel enfer parce qu'on l'a consciemment voulu. C'est
le cas de certains croyants spirituellement avancés qui voient dans
ce passage un moyen plus rapide de se libérer de leur mauvais karma.
Les fruits du karma étant multiples on peut transiter successivement
dans plusieurs paradis et enfers où l'on recueillera les fruits de ses
bonnes et mauvaises actions et où l'on en apurera le poids. On peut
aussi transiter par un corps de dieu. Dans la perspective hindoue, l'univers
étant cyclique - émanation périodique de Brahman - les dieux mineurs
suivent en effet son mouvement, naissant avec lui et se résorbant en
lui pour reprendre vie dans un autre cycle. L'évolution de l'âme est
stoppée durant cette période. On peut même passer dans un corps de démon,
parfois par décision volontaire. Ceux-ci sont en effet caractérisés
par une telle haine de Dieu qu'elle en devient une obsession. Or l'obsession
de Dieu est une des voies sûres pour atteindre la libération.
Séjour en enfer
L'enfer est, soit le domaine des ombres blêmes (Hadès), soit plus fréquemment,
un univers de souffrance et de terreur auquel on oppose un autre au-delà
positif, le Paradis. Mais, la plupart du temps, l'enfer est un lieu
d'expiation où on payera par des tortures provisoires ou éternelles
la vilenie des actions terrestres.
Les enfers ne sont pas habités seulement par les âmes des morts. Le
mythe les a peuplés d'une foule d'allégories, la plupart du temps terrifiantes,
symboles de l'anéantissement et de la souffrance, maîtres des enfers,
démons, diables, animaux épouvantables. L'esprit humain déborde d'imagination
pour représenter l'horreur des enfers. Celui-ci se divise en différents
secteurs ou niveaux correspondant aux catégories de la damnation et
de la souffrance. Nous connaissons des descriptions détaillées de sept
ou de neuf enfers dans la mythologie de l'ancienne Chine et dans la
mythologie shamaniste, et Dante a décrit sa vision grandiose d'un monde
des enfers s'érigeant en degrés multiples. C'est chez les chrétiens
avec le purgatoire et dans les mythes hindous concernant l'empire de
Yama que l'on trouve des lieux d'expiation provisoires. L'enfer bouddhiste,
avec ses dix-huit domaines de chaleur et de froid, nous est décrit avec
encore plus de détails. Dans leurs rapports avec le démoniaque, les
religions ont imaginé les enfers et les royaumes des morts pour contraindre
les hommes à observer les principes éthiques.