
Les représentations
de l'au-delà
Egypte pharaonique
Le peuple hébreu
Le Livre d'Enoch
La grece antique
La tradition celte
Le Loka des Jaïnes
L'au-delà thibétains
La chine traditionnelle
Le pays des morts
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Les représentations de l'au-delà illustrent la tentative
de 1 ' homme pour donner du destin après la mort une idée
plus familière, plus tangible. Elles vont des visions fantastiques
d'un monde infernal, tel celui de la Divine Comédie, aux images
grandioses de l'ascension au paradis ou à la cité divine
des joies célestes. D'une part, nous avons la souffrance absolue
aux enfers, avec tous les tourments qui l'accompagnent , tandis qu
' on montre, de l'autre, l'élévation de l'âme
à la dimension suprême de la pureté et du spirituel.
La " soif du mort " ou les " flammes de lenfer
" sont des notions provenant des régions orientales ou
méditerranéennes où les populations souffrent
de la sécheresse et de la chaleur. Il est significatif de constater
que, par contre, pour les populations nordiques, les souffrances de
lenfer sont provoquées par des marais gelés, des
brouillards glacés, le froid qui mord...
Ce qui peut expliquer pourquoi des peuples différents ont élaboré
des concepts si dissemblables de l'au-delà. Certaines sociétés
primitives ont progressivement adopté le concept d'un domaine
céleste semblable à notre vie terrestre, tandis que
la théorie de la réincarnation et de la transmigration
de l'âme s'est imposée en Afrique et en Asie. Quant aux
Pères de l'Église, ils sont irrémédiablement
divisés entre les tenants de la résurrection physique
et ceux de la résurrection de l'âme.
L'au-delà de l'Egypte pharaonique
L'au-delà est la « vraie » réalité
à laquelle on ne s'éveille qu'à la mort après
un jugement des morts et d'une séparation définitive
entre « élus » admis au paradis d'Osiris et «
réprouvés » plongés dans divers enfers.
Avec la momification, l'Egypte pharaonique a poussé à
l'extrême l'idée que la vie après la mort dépend
d'une certaine intégrité physique. Conçu comme
le domaine souterrain que le dieu-Soleil (Rê) traverse en barque
d'ouest en est durant la nuit, l'au-delà est un monde «
proche » ; l'existence n'y diffère pas radicalement de
la vie terrestre. Pourtant une dichotomie décisive se fait
jour : sous ce soleil de minuit, c'est le côté agréable
des activités terrestres qui l'emporte (l'amour, les chants,
les banquets), tandis que les travaux pénibles échoient
à des remplaçants magiques (les ouchebti, figurines
abondantes dans le mobilier funéraire). L'être ainsi
transfiguré (Akh) n'est plus le simple prolongement de son
personnage terrestre mais une entité complexe, formée
du corps et de divers principes (l'ombre, le Ba, le Ka, etc.) qui
viennent l'animer magiquement dans la tombe.
Le peuple hébreux
Le peuple hébreux connaissait dès les origines la croyance
à une certaine vie posthume dans l'au-delà, mais sous
forme d'une existence obscure, inerte et sans consistance : «
Dans le pays des ténèbres et de l'ombre de la mort »
(Jb 10, 21). Le schéol est le lieu des morts, de tous les morts.
Il nest pas question de résurrection, en particulier
de celle de la chair ! Le degré de culpabilité morale
dun humain nest pas pris en compte ! Aussi le sage Qohéleth
conseille-t-il de profiter surtout de ce monde-ci et de la vie d'ici-bas
: « car il n'y a ni uvre, ni pensée, ni science,
ni art dans le séjour des morts » (cf. Jb 9). Du Schéôl
au Livre d' Hénoch. - Le terme de Schéôl désigne
ce lieu souterrain semblable aux descriptions de l'au-delà
rapportées dans les écrits mésopotamiens, où
les trépassés vivent comme des larves dans un état
léthargique, où l'on ne connaît pas de distinction
entre les bons et les méchants, où il n'existe ni récompense
ni punition. Le Schéôl est semblable à l'Hadès
des Grecs ou à l'Aralou des Babyloniens. Dans ce royaume des
morts (cf. Is 14) les morts ne peuvent même pas louer Dieu qui
est le Dieu des seuls vivants (ps 6 ; 30-10 ; 88-6).
Sous l'influence peut-être du mazdéisme de l'occupant
perse, la croyance en une vie éternelle et heureuse se fait
jour, spécifique, réservée aux justes, accompagnée
d'une « certaine résurrection de la chair ». La
vie dans l'au-delà devient fruit d'une récompense (ou
d'une punition) personnelle, alors que durant longtemps le Dieu des
Hébreux récompensait ou punissait d'abord collectivement
le peuple, vertueux ou pécheur. Israël attendait en effet
surtout pour l'avenir le triomphe temporel sur ses ennemis, comme
récompense de son comportement en tant que nation. Mais l'expérience
cumulée des désastres nationaux successifs et celle
du martyre des héros du peuple (Dn 12,1-3) amènent les
croyants à repousser dans un futur plus lointain l'avènement
du nouvel Ordre des choses par l'intervention d'un Messie libérateur.
Elle renforce l'idée d'une résurrection personnelle
des justes qui ont lutté et donné leur vie pour l'avènement
du Règne de Dieu toujours attendu et espéré.
Car « les âmes des justes sont dans la main de Dieu »
(Sg 3, 1). Et Daniel (12, 2) lance son cri prophétique : aux
temps de la fin « plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière
s'éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres
pour la honte éternelle ». De même Job (19,26 ;Ez
37). Il n'est cependant pas précisé encore qui ressuscitera,
les juifs seuls ou tous les hommes.
Livre d'Hénoch, le jugement dernier et le monde à
venir
Le Livre d'Hénoch, l'une des plus célèbres apocalypses
des deux derniers siècles avant J.-C., commencera à
se faire l'écho de la conception palestinienne et populaire
d'un sort différencié suivant les mérites. Dans
les quatre compartiments où se retrouvent les âmes après
la mort, trois des cavités-réservoirs sont attribuées
aux pécheurs suivant leur degré de culpabilité.
La quatrième, lumineuse, est destinée aux justes. Le
Paradis est décrit par le même Livre d'Hénoch
comme une maison de cristal où trône la Grande Gloire
aux vêtements « plus blancs que neige et plus éblouissants
que le soleil » . D'autres textes apocalyptiques évoquent
festins et pierres précieuses, fleuves de lait et miel, et
anges lumineux. Chacun est donc Jugé suivant ses mérites.
Les maîtres du Talmud exprimeront sur le fond commun de la
croyance à une existence après la mort, des opinions
assez diverses. Les descriptions de l'au-delà sont plus imagées
que doctrinales : « Dans le monde à venir, il n'y aura
ni nourriture, ni boisson, ni procréation, ni marchandage,
ni haine, ni jalousie, ni conflit, mais en revanche les justes seront
assis avec des couronnes sur la tête et jouiront de la splendeur
divine » (Traité Brakhot 17 a). Qui entrera dans ce monde
à venir ? Les opinions sont là aussi assez diverses,
chacun mettant l'accent sur l'acte dont on sera récompensé
ou puni au moment du Jugement. Les justes de toutes les nations sont
généralement considérés comme y ayant
accès. Mais non par exemple celui qui professe qu'il n'y a
pas de résurrection des morts, qui humilie son semblable en
public ou qui prononce le Nom sacré et ineffable du Seigneur.
La foi en la résurrection des âmes et des corps après
la venue du Messie est toutefois centrale. C'est l'ultime et treizième
des « articles de foi » établis par Maïmonide
le Maître des Maîtres, qui font toujours autorité.
La Grèce antique
Les dieux de la Grèce antique habitent le sommet de l'Olympe,
la plus haute montagne de Grèce. Là-haut, sur l'Olympe,
les dieux s'aiment, se querellent, surveillent le monde et interviennent
auprès des mortels au gré de leur fantaisie, tantôt
pour les aider et tantôt pour leur nuire. Zeus (Jupiter), maître
de la Terre et du Ciel, préside rassemblée des dieux
et des immortels. Hadès (Pluton), frère de Zeus, est
le maître des Enfers. Ces dieux de l'Olympe avaient pris la
succession de générations antérieures. Gaia,
la Terre, la première des déesses, avait donné
le jour, par l' intermédiaire de son fils Ouranos (Uranus),
à la race des Titans. Ceux-ci, entraînés par Cronos
(Saturne), s'étaient emparés du pouvoir que détenait
Ouranos, mais ils furent à leur tour défaits par leurs
propres enfants, conduits par Zeus, le fils de Cronos. Une fois les
Titans vaincus, Zeus et ses frères, Poséidon et Hadès,
tirèrent au sort pour savoir qui régnerait sur le Ciel,
la Terre et les Enfers.
La tradition celte
Lexpérience de la condition terrestre et de ses peines
est ainsi projetée sur ce que peut être la vie après
la mort. La tradition celte parle d'un « autre monde »,
empli de magie, de mystère et de danger, que l'on peut pénétrer
par des grottes ou des lacs, et qui se situe parfois au couchant.
En dépit des périls encourus pour y accéder,
il se révèle, en fin de compte, un pays de jeunesse
et de bonheur éternels.
Le loka des JAÏNES
Suivant LES écritures JAÏNES, Mahâvîm et les
autres tîrthankara ont, par leur accession à la délivrance,
découvert la nature de l'univers, en sanskrit le loka, Les
moines jaïns ont déployé beaucoup d'efforts pour
comprendre le loka, et la cosmographie est devenue une branche élaborée
de leur scholastique. Le loka, extrêmement vaste, comprend trois
grandes sections. Tout en bas, il y a les huit enfers, de plus en
plus insupportables. Au sommet, il y a une série de ciels de
plus en plus clairs. Au-dessus du plus haut se trouve la demeure des
âmes parfaites . Au milieu, c'est le mâdhya loka, le monde
médian, une bande étroite où les continents et
les océans prennent place concentriquement. Parmi eux, seuls
le continent de Jambûdvîpa et un continent et demi dans
son voisinage rendent l'existence humaine possible. Vers la fin de
l'époque médiévale, il devint courant de représenter
le loka sous une forme humaine. De telles images sont objet de révérence
et rappellent aux jaïns qu'il importe de bien user d'une chose
aussi rare que la naissance humaine.
L'au-delà
tibétain
L'au-delà tibétain est peuplé
de nombreux dieux, génies, démons et saints qui entravent
ou facilitent le destin de l'âme. Celui-ci suit le samsara,
cycle de renaissances dont il faut s'échapper pour atteindre
au bonheur véritable. Cette libération nécessite
l'exercice du Bardo-Thödol, méditation concentrée
sur une « conscience de mort » qui donne une vision mystique
de l'au-delà. La conscience s'échappe alors du sommet
de la tête, et se projette dans la lumière éblouissante
du paradis.
La Chine traditionnelle
Dans la Chine traditionnelle, les eaux jaunes coulant depuis
les quatre directions cardinales se rejoignent au nord où
elles s'engouffrent sous la terre, royaume des morts et demeure
du yin. Le yang, principe de vie, y a sa retraite. Il anime ces
eaux souterraines qui jaillissent dans des fontaines sacrées
où les aïeux héroïques recueillent les
âmes des défunts pour les emmener dans la cour céleste
du souverain d'En-Haut. Elles s'y réincarnent au début
du printemps.
Le « pays des morts »
La représentation d'un au-delà « proche »
est ou a été majoritaire dans toutes les sociétés
traditionnelles. Le « pays des morts » possède
une sorte de localisation géographique plus ou moins précise
: derrière telle montagne, au fond de tel fleuve, là
où le soleil se couche, etc. Ses habitants font parfois
de brèves incursions dans notre monde. Inversement, certains
vivants, comme les sorciers et les chamanes, sont censés
pouvoir s'y rendre en transe, par exemple pour y chercher un agonisant
et le ramener dans le monde des vivants.
Le paradis terrestre de l'ancienne Egypte est situé dans
l'au-delà où les âmes peuvent jouir sans mélange
d'une existence comparable à la vie terrestre, mais idéalisée
et transposée. La demeure des morts est située dans
lOccident lointain, au-delà de lOcéan.
Pour les Assyriens, lenfer était un endroit peuplé
de monstres effroyables. . Pour les Mésopotamiens, dans
le récit de Gilgamesh, le royaume des morts est sous une
double montagne, en Occident lointain. Les mythes mélanésiens
font souvent référence à des événements
prenant place dans un « monde-miroir » souterrain.
Pour les Toradja d'Indonésie, l'au-delà
est divisé en deux mondes, celui des ancêtres et
des morts, situé à l'ouest, et celui des dieux et
des vivants, concentré à l'est. Selon le mythe,
le premier est né du ciel qui engendra les ancêtres
et le premier homme ; le second est né de la terre qui
enfanta la déesse du riz et celle de la prospérité.
L'est et l'ouest sont réunis par la fête du Merok,
offrande de remerciements aux dieux.
L'au-delà des Yakoutes ou des Toungouses
de Sibérie est un monde peuplé d'esprits, notamment
ceux des rois de la taïga, comme l'ours ou le tigre. Les
chamanes parcourent les espaces à leur recherche, priant
par exemple la f lèche de leur arc d'intercéder
auprès de l'ours pour qu'il leur accorde le sacrifice du
renne.
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