Le Phénix, oiseau fabuleux
Le Phénix, oiseau fabuleux qui renaît toujours de ses cendres, est
le symbole de résurrection le plus répandu dans le monde. Sa légende
trouve son origine à Héliopolis, ancienne ville égyptienne où l'on
vénérait le dieu du Soleil, Râ, dont le héron Bennou (nom du Phénix
en Egypte), serait une incarnation. Les mythes diffèrent sur quelques
points de détail - la couleur du plumage, par exemple -, mais ils
relatent tous à peu près la même histoire. Le Phénix, unique oiseau
de son espèce, était un animal fabuleux, doté d'une longévité miraculeuse
(cinq cents ans ou plus, d'après certains auteurs), qui avait le
pouvoir de renaître de ses cendres. Quand l'heure de sa fin approchait,
il se construisait un nid d'herbes aromatiques, puis s'exposait
aux rayons du soleil et se laissait réduire en cendres. Trois jours
plus tard, il renaissait. Alors qu'il ne représentait, au début,
que l'apparition et la disparition cycliques du soleil, le Phénix
devint rapidement un symbole de résurrection ; il incarne l'âme
ou l'immortalité dans les différentes iconographies. Les créatures
ailées figurées au-dessus d'un bûcher funéraire ou s'échappant du
corps d'un défunt ne sont pas toutes, pour autant, un phénix. Il
peut s'agir d'un autre oiseau, un aigle, par exemple, qui symbolise
parfois l'âme des empereurs.
L'Oiseau, symbole de la résurrection du chaos est très fréquent
en Chine et au Japon. et constitue un parallè!e intéressant
avec le Phénix mythique des Égyptiens et plus tard avec celui des
Grecs et des Romains. D'une façon générale. l'Oiseau est le symbole
de l'âme, de la renaissance, mais aussi de l'esprit et de la lumière.
Dans la tradition chinoise, l'oiseau légendaire Feng-Huang (ci-contre),
qui symbolise le bonheur conjugal, est l'équivalent du Phénix; il
est issu de l'union des forces solaire et lunaire.
Etres mythiques ailés
Nombreuses sont les illustrations où l'on retrouve le symbole quasi
universel de l'âme métamorphosée en oiseau après la mort. Et si
le mort n'apparaît pas toujours sous l'apparence d'un oiseau, il
n'en demeure pas moins associé à des êtres mythiques ailés, des
anges ou des insectes. Le symbolisme de l'oiseau a donc un rapport
étroit avec l'âme désincarnée que l'on suppose capable d'évoluer
dans les airs avec l'aisance de l'oiseau. Les oiseaux des morts,
chouettes, corbeaux, faucons, relèvent aussi de ce symbolisme.

Dans la religion de l'ancienne Egypte le ba est la partie de l'âme
qui, sous l'apparence de l'oiseau, vole vers le ciel, tandis que
le ka, demeure dans la momie.
Les harpies et autres créatures ailées emportent les âmes vers les
champs de l'au-delà, et les anges, dans la tradition manichéenne
et chrétienne, accompagnent les âmes vers le ciel et vers la lumière
divine. Chez les Mayas ou chez les peuples shamanistes d'Asie centrale
on pensait que l'âme, au moment de la mort, s'envolait par la bouche
sous forme d'un oiseau.
Le
guide des morts (psychopompe), tel Hermès chez les Grecs, peut revêtir
aussi l'apparence d'un chien ou d'un loup, ainsi que le représente
la mythologie égyptienne avec Anubis à la tête de chacal. Ce guide
des âmes pouvait être celui des destinées, apparaissant sous les
traits d'un bon ou d'un mauvais génie qui accompagne l'homme sa
vie durant et jusque dans l'au-delà, où il se faisait alors l'avocat
de l'âme devant le juge des morts.
Chez les Dayaks de Bornéo on a trouvé un dessin représentant le
défunt avec au-dessus de la tête une abeille, symbole de l'âme.
Les Bénins d'Afrique représentent un démon de la mort à tête démesurée.
Le voyage
L'idée que l'homme mythique se faisait du grand voyage dans l'au-delà
était celle d'un cheminement aussi pénible que périlleux. Toute
représentation de l'au-delà repose nécessairement sur des concepts
et des dimensions du monde terrestre. Les dieux descendent de hauteurs
inaccessibles pour se rendre sur la terre, d'où part un chemin qui
mène l'homme vers les enfers ou vers un au-delà libérateur qui,
à son tour, ressemble au ciel. Des chemins ascendants et descendants
permettent aux âmes de franchir le passage de la mort. Au cours
de leur voyage, elles arrivent au séjour des morts que le mythe
plaçait souvent dans les nuages ou dans la lune. Le voyage dans
l'au-delà mène dans un monde inconnu, par un chemin hérissé de dangers
et d'obstacles, d'autant plus menaçants qu'ils sont imprévisibles.
Des rites et des cérémonies furent donc instaurés pour assurer la
protection des âmes durant leur voyage vers l'au-delà.
Dans
une barque du soleil, le dieu-soleil Râ à tête de bélier navigue
sur le Nil en direction de l'est. Selon le Livre des Morts égyptien,
la traversée nocturne du soleil symbolise le cheminement de l'âme
à travers les enfers, vers la renaissance.
Dans l'Irlande celtique on amenait les morts au pays des âmes en
un dernier voyage par la mer. Les Vikings avaient également fait
du bateau un don funéraire pour la grande traversée. La conduite
des âmes revêt une grande importance dans le shamanisme et dans
le rituel funéraire tibétain ; en Egypte, les dons funéraires symboliques
d'une grande richesse avaient pour fonction d'assurer à 1 ' âme
un certain bien-être dans l'autre monde, ainsi que le prouvent les
pyramides et les chambres mortuaires de la Vallée des Rois.
Le
pont du jugement
Le
symbolisme du pont est très répandu ; il manifeste
la difficulté du passage dans l'au-delà. Le pont chinvat,
qui signifie le « diviseur » ou « trieur »
dans la tradition iranienne, est un passage périlleux, large
pour les justes, étroit comme une lame de rasoir pour les
impies. Dans l'islam, ce pont, plus fin qu'un cheveu et plus tranchant
qu'un sabre, s'appelle tantôt « la voie de l'enfer »,
tantôt « la voie droite » que suivent les croyants.
Seuls les élus le traversent, les damnés sombrent
dans l'enfer... L'élu franchit le pont plus ou moins vite
selon la qualité de ses actions ou la force de sa foi. Il
est remarquable que le titre de pontifex, qui fut celui de l'empereur
romain et demeure celui du pape, signifie « constructeur de
ponts ». Le pontife est à la fois le constructeur et
le pont lui-même, comme médiateur entre le Ciel et
la Terre. Bouddha est aussi considéré comme le Grand
Pont. Lieu du passage, le pont figure l'inévitable épreuve
morale qui place l'homme devant l'obligation de choisir. Son choix
le damne ou le sauve. C'est ce qu'exprime un autre symbole du jugement,
la balance. Dans l'Egypte ancienne, le défunt devait faire
admettre son innocence devant le tribunal d'Osiris ; la pesée
du coeur, celui-ci révélant sa légèreté
ou sa lourdeur devant la vérité, témoignait
pour ou contre le défunt. Ce thème sera repris dans
l'iconographie chrétienne, où l'archange saint Michel
surveille les plateaux de la balance. Au Tibet, ceux-ci sont respectivement
chargés de cailloux blancs et de cailloux noirs qui répartissent
les bonnes et les mauvaises actions. En Perse, l'ange Rashnu pèse
les esprits sur le pont du destin. La vie humaine est ainsi passée
au fil de l'épée, mesurée à l'aune des
principes divins du vrai et du bien : celui qui aura emprunté
la bonne voie sera justifié car les actes de l'homme ici-bas
engagent son avenir céleste.
L'échelle
du salut
L'échelle
est un symbole universel de l'ascension graduelle de l'âme,
dont le terme consiste en la vision béatifique : elle apparut
à Mahomet lorsque celui-ci fut ravi aux Cieux. Sa verticalité
met en rapport les différents mondes de l'au-delà.
Dans de nombreuses traditions, en effet, l'au-delà possède
une structure bipolaire et stratifiée. Dans la mythologie
sumérienne, le christianisme, l'islam, l'hindouisme, le bouddhisme,
le jaïnisme et les religions précolombiennes, le paradis
est associé aux plus hautes régions du Ciel tandis
que les régions infernales sont souterraines. La psychologie
contemporaine, en particulier à travers l'oeuvre de Jung,
a mis en lumière le rôle des symboles dans l'évolution
psychique individuelle et l'édification des sociétés
humaines. Les représentations symboliques de l'enfer et du
paradis rendent compte des processus mentaux à l'oeuvre dans
la conscience des mourants. Elles semblent correspondre au conflit
mis en évidence par Jung entre le Moi, la conscience limitée,
et le Soi, qui constitue la totalité psychique d'où
émanent les images symboliques. Tandis que le Moi tend à
rester prisonnier des conditionnements multiples de l'existence,
le Soi vise à réaliser les aspirations inconscientes
du sujet en quête d'une plus grande plénitude de vie.
Ainsi ceux qui n'arrivent pas à gravir l'échelle du
salut sont hantés par le souvenir de leurs mauvaises actions
: ils perdent l'équilibre, chutent et deviennent la proie
facile des démons du tourment et de la culpabilité
; cette souffrance morale est symbolisée par le feu dévorant
de l'enfer. L'engloutissement dans la gueule du monstre sanctionne
l'incapacité de l'âme à se purifier de la mémoire
du passé. Inversement, la rencontre avec des entités
lumineuses toujours bienveillantes, anges ou divinités, signifie
que les âmes ayant surmonté les obstacles psychologiques
peuvent libérer des forces ascensionnelles et s'ouvrir à
l'expérience de la transcendance.
Roue de la vie
Bien que séparées par des millénaires, ces deux illustrations se
ressemblent et montrent la voie de la lumière et de la vie. Pour
l'homme qui a pris conscience, ces deux voies n'en forment finalement
qu'une seule.
Pendant la nuit, le scarabée égyptien fait rouler la sphère du soleil
à travers les enfers en direction de l'orient où Horus portera l'astre
à travers le jour. Toute vie est liée au soleil, et le voyage égyptien,
selon le Livre des Morts, représente le périple des âmes jusqu'au
moment de la renaissance de leur lumière. C'est pourquoi le scarabée
se trouve dans la nuit la plus profonde au moment où le soleil entame
le cycle de sa renaissance.
La roue de la vie du bouddhisme tibétain représente l'essence de
toutes les doctrines de la renaissance et de la libération ou de
la délivrance du cycle renouvelé des naissances. Au centre, trois
animaux symbolisent le vice et sont à l'origine du demi-cercle noir
de la damnation. Le demi-cercle blanc représente la manière de vaincre
le mal pour accéder au Nirvana. Les six mondes sont des lieux de
renaissance dans les domaines des dieux, des titans, des hommes,
des animaux, des esprits de la faim et des êtres infernaux. Par
ses actes, l'homme décide lui-même du domaine où il renaîtra.
Symboles de La mort
La faux et le sablier
La mort, qui suscite une crainte universelle, est au cœur de toutes
les philosophies et religions du monde. En raison de sa soudaineté
et de son inéluctabilité, elle est souvent évoquée par une faux,
qui coupe sans discernement tout ce qu'elle trouve sur son passage.
Une faux ou une faucille est d'ailleurs fréquemment l'attribut de
CRONOS, le temps qui passe, personnifié par un vieil homme montrant
un sablier -autre symbole de l'écoulement du temps, qui nous invite
à ne pas le gaspiller et qui suggère aussi, puisqu'il faut le retourner
régulièrement, un possible recommencement. A Cronos, l'on oppose
quelquefois l'ENFANT, évocation de la jeunesse perdue, symbole de
pureté, d'innocence et de spontanéité, parfois assimilé à un œuf
renfermant tous les possibles. Fontaine de jouvence, nectar, ambroisie,
soma, hydromel, élixir d'immortalité, les mythes abondent de produits
miraculeux capables déverser le cours du temps, de procurer une
jeunesse éternelle et de conduire à l'immortalité.
En Chine, les symboles de LONGÉVITÉ sont innombrables : arbres
(bambou, cèdre, chêne, cyprès, myrte, palmier, sapin), fruits (cédrat,
pêche, poire, pomme, prune), animaux (cigogne, colombe, crapaud,
éléphant, grue,lièvre, phénix, tortue).
Rares sont les philosophies ou les religions qui, devant le caractère
inéluctable de la mort, ne préconisent pas l'oubli de soi et le
renoncement aux biens matériels. Dans l'iconographie chrétienne,
la brièveté de la vie et la vanité des choses de ce monde sont souvent
évoquées par un CRANE ou des OSSEMENTS placés à côté de signes de
richesse ou de pouvoir : pièces d'or, bijoux, couronne, sceptre...
Dans les sociétés primitives, on croyait que, lors de la résurrection
des corps, le squelette, qui ne disparaît pas dans le processus
de décomposition, se couvrirait d'une nouvelle chair ; dans cette
perspective, il fallait veiller à ce qu'aucun os ne manque. Les
morts étaient donc inhumés avec soin, parfois sous d'immenses blocs
de pierre, formant des sortes de maisons des morts.
En Europe du Nord, on enterrait également les animaux après une
reconstitution minutieuse de leur squelette : c'était, pour les
chasseurs, une façon de s'assurer de la perpétuation de l'espèce.
Les mêmes pratiques existaient chez les peuples pêcheurs, qui remettaient
dans l'eau les arêtes des poissons qu'ils avaient consommés. Ces
croyances sont parfaitement exprimées dans un mythe Scandinave,
qui rapporte une terrible colère de Thor : alors qu'il vient de
bénir avec son marteau des peaux sur lesquelles ont été reconstitués
les squelettes d'animaux qui ont servi au repas, il s'aperçoit que
l'une des chèvres qu'il vient de ressusciter boite : l'un des enfants
de son hôte a brisé un fémur pour en sucer la moelle. Pour les alchimistes,
la mort correspond à l'Œuvre au noir (nigredo), la phase de décomposition
qui précède l'arc-en-ciel.
REPRESENTATION DE LA MORT
La mort est généralement représentée par des personnages effrayants,
dont l'un des plus connus en Occident est le SQUELETTE revêtu d'une
cape noire à capuchon, portant une faux, un trident, une épée, ou
un arc armé d'une flèche. La Mort tient souvent dans la main un
sablier qui évoque la brièveté de la vie. En revanche, les dieux
qui gouvernent le royaume des morts ne sont pas toujours aussi terrifiants
que leurs émissaires. En Irlande, Donn, le dieu de la Mort, est
aussi la source de toute vie. Dans le panthéon grec, Hadès, le dieu
des Morts, avait pour surnom le Bon Conseiller, ou le Dispensateur
de richesses, car il favorisait aussi les récoltes. Dans l'Antiquité,
la Mort était représentée de multiples façons : squelette, tombeau,
crâne, cavalier armé d'une épée, jeune homme portant une torche
à la flamme vacillante (il incarnait Thanatos, dieu de la Mort),
danse macabre. Pour l'islam, Israfîl est l'ange de la mort qui rend
visite aux personnes dont la dernière heure est venue. La couleur
associée à la mort est le noir en Occident, le blanc en Orient.
Coquelicots, asphodèles et cyprès sont quelques-uns des végétaux
symboles de deuil. Les navires (nefs des morts) évoquent le voyage
dans l'au-delà.