Vishnou
Un jour, les dieux indiens se rassemblèrent autour du mont Mérou,
le nombril du monde, pour trouver le moyen de se procurer l'amrita,
élixir d'immortalité caché dans les profondeurs de l'océan. Vishnou
eut alors l'idée de baratter la mer pour le faire remonter à la surface.
Tous se mirent alors au travail. Le serpent Vâsouki leur servit de
corde, et ils utiliserent comme moyeu de la pale le mont Mandara,
posé sur une tortue géante. Les deva, dieux favorables aux humains,
saisirent l'une des extrémités de Vâsouki et les asura (ou anti-dieux),
l'autre. Chaque groupe tirant de son côté, l'axe se mit à tourner
dans un sens puis dans l'autre, barattant la mer qui devint bientôt
laiteuse et finit par se transformer en beurre. Les dieux poursuivirent
leur travail et, peu à peu, quatorze " choses précieuses " émergèrent
les unes après les autres, parmi lesquelles le soleil, la lune, Laksmî
(la femme de Vishnou) et enfin Dhanvantari, le médecin des dieux,
portant l'amrita. Les deva et les asura réclamèrent bruyamment leur
part de l'élixir, mais Vishnou les en empêcha par la ruse ; seul Râhu,
" l'Arracheur ", un démon monstrueux, parvint à en avaler une petite
gorgée. Pour l'empêcher de devenir tout entier immortel, Vishnou lui
coupa la tête. Celle-ci, devenue immortelle, déclara la guerre à Soma,
le dieu-lune, qu'elle avale et régurgite alternativement dans l'espoir
d'y gagner un peu plus d'immortalité (soma signifie également " immortalité
").
La perte
de l'immortalité
Chez les Ganda qui vivent
au nord des rives du lac Victoria, on raconte cornment Kintu, un immigrant
étranger qui fonda la dynastie royale du Buganda, alla chercher une
femme au ciel. Le Dieu suprême lui donna sa fille Nambi. Il prévint
son nouveau gendre que s'il ne regagnait pas sans tarder la terre
avec sa femme, il serait accompagné du frère de Nambi, Walumbe, qui
signifie « mort ". Kintu partit comme convenu avec Nambi, mais celle-ci
réalisa en chemin qu'elle avait oublié de prendre des graines pour
nourrir les poulets offerts par le Dieu suprême. Kintu essaya en vain
de l'empêcher de faire demi-tour ; quand Nambi eut rattrapé Kintu,
son frère Mort la suivait. Il élut domicile auprès du couple. Depuis
ce temps, tous les hommes sur terre sont mortels.
Dans un mythe des Dinka,
pasteurs du Soudan méridional, c'est également une femme qui est responsable
de l'apparition de la mort sur terre. Au commencement, le Dieu suprême
donna un Jour un seul grain de millet au couple Garang et Abuk pour
subvenir à leurs besoins. Mais l'avide Abuk voulut planter davantage
de grains et blessa involontairement le Dieu suprême avec l'extrémité
de sa houe. La divinité courroucée décida alors de prendre ses distances
à l'égard de l'humanité et envoya un oiseau bleu couper la corde qui
reliait le ciel et la terre. Depuis ce temps, croient les Dinka, les
humains doivent travailler dur pour se nourrir et souffrent de maladies
et de mort.
Les aborigène australiens
La mort n'était pas inévitable, et les héros ancestraux du Temps du
Rêve avaient eu l'occasion de vivre éternellement. Cependant, à cause
de la rancune, de la bêtise ou de la cupidité, l'humanité perdit le
don d'immortalité. Seuls le conservèrent la lune, qui croît et décroît
chaque mois, et le crabe, qui se débarrasse de son ancienne carapace
avant d'en faire pousser une nouvelle. Selon les Worora du district
de Kimberley, Widjingara fut le premier être humain à mourir, tué
dans un combat contre des êtres wandjina qui voulaient voler une femme
promise en mariage à quelqu'un d'autre. Widjingara lutta pour faire
respecter les règles du mariage établies par Wodoy et DJunggun . Son
cadavre fut déposé dans un cercueil d'écorce et son épouse, Python
à Tête Noire, prit le deuil. Elle se rasa les cheveux puis se couvrit
la tête et le corps de cendres, instituant de la sorte les signes
traditionnels du deuil aborigène. Lorsque Widjingara revint de sa
tombe, son corps régénéré, Python à Tête Noire se mit en colère :
« Pourquoi es-tu revenu ? lui demanda-t-elle. Regarde-moi, Je me suis
déjà rasé la tête et l'ai noircie de cendres ! » Widjingara, qu'irrita
profondément l'accueil peu aimable de son épouse, s'en retourna indigné
dans sa tombe. Plus tard, il fut transformé en dasyure, un marsupial
nocturne ressemblant au chat. Dès lors, toute possibilité de régénération
était perdue. Chaque homme était désormais mortel, et le python porterait
éternellement le deuil. Jusqu'à ce que les missionnaires s'opposent
au début du XXe siècle à cette coutume, les Worora couchaient leurs
morts sur une plate-forme funéraire et laissaient le cadavre se dessécher
; les ossements étaient ensuite recueillis puis ensevelis dans une
grotte de la région natale du mort. Si la plate-forme funéraire n'était
pas soigneusement édifiée, on pouvait parfois voir le Chat d'Australie,
incarnation vivante de Widjingara, accomplir son office de charognard
sur le cadavre en décomposition.
Les pasteurs nuer du Soudan méridional racontent qu'une
corde reliait autrefois le ciel et la terre ; toute personne âgée
qui y montait, redevenait Jeune grâce au Dieu suprême.
Un jour, une hyène et un tisserin grimpèrent à
la corde et entrèrent au ciel. Le créateur donna alors
des instructions afin que ces visiteurs soient surveillés de
près et qu'ils ne puissent pas retourner sur terre où
ils seraient certainement la cause de troubles. Une nuit, ils s'échappèrent
et redescendirent. Au moment où ils allaient toucher le sol,
la hyène coupa la corde. La partie supérieure fut aspirée
vers le ciel ; il n'y eut alors plus de possibilité pour les
êtres humains de s'y rendre, et depuis ce jour, ils vieillissent
et meurent.
Les Kuba du Zaïre racontent l'origine de la mort dans
une version de leur mythe de création. Le créateur Mboom
ou « Eau Originelle », avait neuf enfants, tous appelés
Woot. Ils intervinrent chacun à leur tour dans la création
du monde. Woot l'inventeur de ce qui porte des piquants comme le poisson
et les épines, se bagarra avec Woot, l'aiguiseur de couteaux,
qui façonna les premières lames aiguisées. La
mort survint dans l'univers quand Woot l'inventeur de ce qui porte
des piquants fut tué par une lame tranchante.
En Chine
Au commencement il y avait dix soleils, les fils de Di]un, l'empereur
du Paradis de l'Est et de sa femme Xi He, déesse du Soleil. Ils habitaient
un énorme mûrier qui poussait dans les eaux de la vallée du Paradis.
Ces eaux étaient toujours en ébullition, car tous les soleils y prenaient
leur bain. Le matin, les soleils, chacun à leur tour, montaient briller
dans le ciel tandis que les autres se reposaient dans l'arbre. Mais
un jour, las de cette vie trop régulière, ils se ruèrent tous ensemble
dans le ciel où ils se mirent à courir comme des fous pour s''amuser.
Leur puissance multipliée par dix avait déjà commencé à brûler gravement
la terre, mais quand leurs parents leur dirent de se conduire dignement
ils ne voulurent rien écouter. Alors, Di jun envoya son archer Hou
Yi leur faire la leçon. Mais Yi tua de ses flèches neuf soleils. Di]un,
au désespoir, priva Yi et sa femme Chang E de leur immortalité et
les chassa du Paradis.