La pensée mythologique constitue les premières idées
qui sont à la base de notre conscience moderne. Ces histoires
et légendes issues du fin fond des ages évoquent les
questions fondamentales de l'existence, telles que le mystère
de la mort et de la vie après la vie.
Naissance, mort et renaissance règlent le cycle de l'existence.
Tant dans les grandes traditions mythiques que dans les religions,
l'ascension vers le ciel, vers l'empire des dieux, est au centre
des préoccupations de l'humanité. Le chemin qui y conduit
et que l'âme de l'homme ou du héros doit suivre, est représenté
le plus souvent par d'anciens motifs mythiques que la simplicité
de leur expression rend convaincants. Les images mythiques sont
les chars célestes tirés par des coursiers ailés ou de grands oiseaux,
le plus souvent messagers du soleil qui emportent les âmes dans
le monde supérieur. Nous trouvons dans les mythes grecs ou dans
l'ancienne religion iranienne du manichéisme des messagers des dieux
comme guides des âmes. Le symbole de l'échelle divine ou de l'Arbre
de vie central, reliant les enfers, la terre et le ciel, était aussi
largement répandu. Les shamans, les sages et les âmes bien trempées
parvenaient à gravir les degrés de l'échelle, voie de purification,
tandis que les méchants étaient précipités en enfer.
Ainsi à Babel (où, si l’on en croit
le récit biblique, les hommes avaient construit une immense tour
dont le sommet devait toucher le ciel) signifiait en akkadien "Porte
du Ciel" et il semble bien que la fonction essentielle de toutes
les ziggourats mésopotamiennes était d’établir un lien entre Ciel
et Terre. C’était là que le roi et la reine reconstituaient le mariage
sacré des origines.
Dans le folklore européen, les mâts de Cocagne à la cime desquels
étaient suspendus jambons et victuailles rendus inaccessibles par
le savon dont on enduisait le tronc, renouaient avec cette ancestrale
nostalgie de l’Age d’Or, cet irrépressible désir de retrouver un
instant les joies du ciel devenu demeure interdite une fois rompu
le pacte entre les dieux et les hommes. Les innombrables déluges
qui hantent les cosmogonies attestent de la violence de cette rupture.
Si dans la plupart des mythes le passage du ciel
à la Terre est devenu, après la fin de l’Age d’Or, une transgression
risquée, il existe dans certaines traditions des initiatives divines
ayant pour but de reconstituer l’alliance interrompue.
Ainsi chez les Grecs, la déesse Iris, vêtue d’un
voile couleur d’arc en ciel qu’elle déploie dans les airs, symbolise-t-elle
une liaison retrouvée entre les dieux et les hommes. L’arc en ciel
est perçu dans de nombreuses cultures comme une matérialisation
de l’alliance, il réunit les eaux inférieures et les eaux supérieures,
reconstituant les deux moitiés de l’oeuf cosmique. Il apparait dans
l’Ancien Testamentt au dessus de l’Arche, après le déluge,
comme un signe de restauration. Il y préfigure en même temps l’inscription
du carré du nouveau cosmos dans le cercle irisé de la plénitude
divine.
Chez les Dogons du Mali, l’arc en ciel est appelé
"chemin du ciel et de la terre" et beaucoup de peuples y voient
un "pont des âmes" permettant aux défunts de rejoindre leur céleste
séjour.