Odin, le Père de Tous
Selon la croyance viking, Odin, le Père de Tous, était le roi d'Asgardr
et avait hérité de Tiwaz la lance qui lui assurait le contrôle des
batailles. Son prédécesseur Wotan était le roi suprême des Langobards
et d'autres tribus germaniques (p. 192). Odin, comme Wotan, a des
liens étroits avec le Monde souterrain et les morts. Dieu des Rois,
il apportait son soutien aux jeunes princes prometteurs et leur donnait
des épées magiques et autres cadeaux en témoignage de sa bienveillance,
mais il les anéantissait impitoyablement le moment venu. La crémation,
souvent nécessaire pour se débarrasser des morts après le combat,
était en rapport avec le culte d'Odin. De nombreux contes parlent
des fidèles compagnons d'Odin, les berserkir, qui, lors des batailles,
portaient des peaux d'ours ou de loup et entraient en transe, ce qui
les rendait insensibles à la douleur. Ce don de la transe, Odin l'accordait
également aux poètes et aux orateurs, et l'on trouve de nombreuses
références dans la poésie islandaise à la manière dont il se procura
l'hydromel magique qui donnait l'inspiration. Odin apportait aussi
la fortune à ses compagnons - symbolisée par son anneau Draupnir qui,
en se multipliant, fournissait une réserve d'or.
De plus, Odin était un dieu de la Magie et de la Divination, notamment
dans un contexte militaire. On lui offrait en sacrifice des prisonniers
de guerre, que l'on poignardait ou pendait. Sacrifices qui pouvaient
constituer une forme de divination puisqu'on croyait que les derniers
mouvements des victimes annonçaient la victoire ou la défaite. Odin
lui-même s'offrit en sacrifice en se pendant à l'Arbre du Monde, dans
le but d'obtenir la science des symboles runiques qui étaient utilisés
pour la divination. Il donna aussi un de ses yeux par amour de la
connaissance, et apparut sur terre sous l'apparence d'un vieil homme
borgne vêtu d'un grand manteau et d'un chapeau à larges bords ou d'un
capuchon. Il était toujours accompagné de loups et de corbeaux, animaux
des champs de bataille, et se trouvait constamment informé par deux
corbeaux de ce qui se passait sur tous les champs de bataille du monde.
Odin savait parfaitement changer d'apparence, envoyant son esprit
dans le corps d'un oiseau ou d'un autre animal, ce qui - avec sa capacité
à voyager dans le royaume des morts - l'apparentait aux chamans des
peuples eurasiens du Nord.
Énée se rend aux Enfers
Le poète romain Virgile nous raconte qu'Énée se rend aux Enfers pour
y rendre visite à son père Anchise. Mais, quand il veut l'embrasser,
il n'étreint que de l'air. Il voit ensuite les âmes s'approcher en
masse pour boire l'eau de l'oubli, et faire disparaître ainsi tout
souvenir de leur vie antérieure afin de pouvoir renaître. Lorsque
le héros demande à Anchise ce qui se passe, le vieillard lui répond
qu'au commencement le monde n'était qu'esprit, mais que nous nous
sommes attachés à la vie tant par amour que par crainte. Rares sont
ceux qui savent attendre dans la paix, après la mort, la fin du cycle
des temps où ils redeviendront de purs esprits. La plupart des ombres
sont encore affamées de vie terrestre.
Huit immortels taoïstes ont atteint la vie éternelle par la pratique
du yoga et de l'alchimie.
A droite: Dans l'ancienne Chine, on croyait à un groupe de sages
qui, sans devoir devoir mourir, atteignaient la cour céleste de la
déesse Hsi-Wang-Mu.
Au-dessus des étoiles trône le jeune dieu QuetzalcoatI entre deux
dieux plus âgés. avant de descendre sur terre. En bas: Au-dessus des
étoiles trône le jeune dieu QuetzalcoatI entre deux dieux plus âgés.
avant de descendre sur terre.
L'Épopée
de Gilgamesh
Comme le relatent les tablettes de Gilgamesh, le
monde mésopotamien vivait dans la noire et obsédante certitude d'une
mort sans espoir. Il souligne la croyance dans l'existence
d'un royaume peuplé de dieux immortels créateurs d'une
espèce humaine frustrée de ce privilège. Gilgamesh
est le seigneur d'Ourouk, en Mésopotamie. Pour deux tiers dieu et
un tiers homme, il tire tant de vanité de sa nature que les dieux,
pour rabattre sa superbe, créent le guerrier Enkidou, dont la force
égale la sienne. Au cours de leur première rencontre, ils se livrent
un terrible combat puis, devenus amis inséparables, ils se rendent
ensemble dans la grande forêt pour tuer Khumbaba, « le Grand Mal ».
A leur retour, la déesse Ishtar demande à gilgamesh de l'épouser,
mais celui-ci refuse. Folle de colère, elle demande à Anou, son père,
renvoyer un taureau céleste pour ravager le pays. Gilgamesh et Enkidou
le mettent en pièces. Mais les héros devront payer ce crime. Enkidou
tombe malade et meurt.
Désespéré de la mort d'Enkidou, il a demandé conseil à Sidouri, déesse
du Vin et de la Sagesse, et celle-ci lui a suggéré de chercher le
passeur et de traverser les eaux amères de la mort pour aller trouver
Outa-napishtim, l'ancêtre de l'humanité, afin de savoir pourquoi les
hommes sont condamnés à mourir.
le PASSEUR DES DIEUX Ourshanabi fait traverser l'océan à Gilgamesh.
« En trois Jours ils avancèrent comme si le voyage avait duré un mois
et quinze jours. » Le passeur dirige l'embarcation à ta perche tandis
que Gilgamesh fait office de mât car il a brisé les pierres sacrées
qui permettaient à l'embarcation de naviguer en sécurité dans ces
eaux périlleuses. Lorsque Gilgamesh atteint le rivage lointain, il
rencontre Outa-napishtim et lui dit son désespoir de la mort d'Enkidou
: « C'est la mort de mon frère qui me fait craindre la mort. C'est
la mort de mon frère qui me fait errer dans le désert. » Outa-napishtim
lui dit alors que la mort est comme le sommeil, elle est le lot de
tous, et nul ne doit la craindre. Puis il lui raconte l'histoire du
Déluge. le DÉLUGE Outa-napishtim, le seul homme qui ait survécu au
Déluge, vivait dans la cité de Shurrupak, où il servait le dieu Ea.
Mais la ville et les dieux se firent vieux, et la déesse Ishtar provoquait
de telles querelles parmi les hommes que les dieux ne pouvaient plus
dormir. Enlil, dieu de la Terre, du Vent et des Airs, dit alors :
« Que les eaux envahissent la terre et les noient tous. » Les dieux
ayant approuvé cette décision, Ea avertit Outa-napishtim du désastre
imminent et lui conseilla de construire un bateau et de faire monter
à bord deux créatures de chaque espèce. Pendant sept nuits la tempête
fit rage, jusqu'au jour où le monde entier fut recouvert par les eaux
et où le bateau s'échoua sur le mont Nisir. Pour évaluer le niveau
de l'eau, Outa-napishtim lâcha une colombe, puis une hirondelle, puis
un corbeau. Le corbeau ne revint pas, et Outa-napishtim comprit qu'il
avait trouvé où se poser, et que les eaux commençaient à baisser.
Pour montrer aux dieux sa reconnaissance, il alluma un feu afin de
leur offrir un sacrifice. Lorsqu'il sentit la fumée, Enlil entra en
colère, mais Ea le sage intercéda et Enlil conféra l'immortalité à
Outa-napishtim et à sa femme, qui devinrent les ancêtres de tous les
hommes.
Au retour, Gilgamesh découvre une plante qui rend la jeunesse aux
vieillards. Hélas, un Jour, alors qu'il s'est arrêté au bord d'une
fontaine pour étancher sa soif, un serpent dérobe le rameau magique.
Depuis lors, les serpents se régénèrent par la mue, mais les humains
continuent de vieillir.
Si l'on n'y trouve aucune référence
à l'âme ou à la conscience
un passage rappelle les différentes phases classiques d'une
EMI : traumatisé par la mort de son meilleur ami, Enkidou,
Gilgamesh part pour le royaume des dieux -- avec son corps -- pour
y rechercher le secret de l'immortalité. Cette éternelle
quête de l'humanité, est donc déjà exprimée
ici ! (...) Dans ce long poème, la condition humaine, le mystère
de la mort et la peur qu'il suscite, touchant même les plus
grands héros, le désir, puissant mais voué à
l'échec, de l'immortalité, occupent déjà
une place centrale.