Thérèse
d'Avila
"
Mon âme était ravie et, généralement, ma tête suivait ce mouvement
sans que je puisse l'arrêter, et parfois mon corps tout entier était
attiré au point de s'élever au-dessus du sol. Mais cela ne m'arriva
que rarement. Cela se produisit une fois alors que je me trouvais
dans le chœur avec d'autres religieuses et que je m'étais agenouillée
pour communier... Quelquefois, quand je commençais à sentir que le
Seigneur s'apprêtait à accomplir ce prodige, je m'allongeais par terre
et mes compagnes s'approchaient de moi pour me retenir, mais cela
n'empêchait pas l'opération divine de se réaliser..."
Née en 1515, Thérèse entra à 20 ans au carmel d'Avila. Thérèse
passe vingt sept ans dans cette communauté très nombreuse, de style
encore moyenâgeux. Les vingt premières années se passent sans événements
très notables. Ce sont vingt ans de désirs et d'efforts impuissants
pour donner vraiment sa vie à Dieu.
Et puis, Thérèse fait soudain la brûlante rencontre de Jésus crucifié.
Il devient son maître et son ami, il lui parle, il se fait voir.
Thérèse veut faire quelque chose pour Dieu : elle cherche
à mener vraiment sa vie de carmélite , à partager son expérience
avec d'autres.
En 1562, sous son impulsion, le
petit monastère de St Joseph est fondé, création d'un type nouveau
de communauté, mieux adapté à l'époque et cherchant à être intérieurement
plus fidèle à la tradition du Carmel.
Pendant 20 ans Thérèse va poursuivre son chemin
en entraînant les autres. Elle quittera son petit recoin de Dieu,
à Avila, pour partir sur les mauvaises routes de Castille et
d'Andalousie et donner naissance à 17 monastères. Elle suscite le
même élan chez les carmes, dont l'un des premiers fut Jean de la
Croix.
Le
livre de la Vie
A la demande de ses conseillers spirituels, en 1562, Thérèse met
par écrit l'histoire de sa vie et les merveilles que le Seigneur
a opérées pour elle et l'achève en 1564.
Le
Château intérieur
Une douzaine d'années après la rédaction de la Vie, Thérèse
se sent poussée à prolonger son témoignage à écrire un grand
livre sur l'oraison. Elle en reçoit l'ordre en 1577 et écrit,
d'un trait de plume, un joyau ... où il n'est question
que de Lui, son Dieu.
Elle nous invite à considérer
notre âme comme un château ; ce château a de nombreuses demeures...
au centre se trouve la principale où se passent les choses les
plus secrètes entre Dieu et l'âme.
«De même que les nuages attirent les valeurs de
la terre, ainsi Dieu élève, l'âme, jusqu'à lui dans le ciel pour
lui révéler ses trésors. L'âme, est dans l'extase comme si elle
n'animait plus le corps ; car l'expérience prouve que. la chaleur
naturelle se perd en cet état, non cependant sans un sentiment
de douceur et de plaisir. Il n'y a point moyen de résister à l'extase
; et l'âme bien souvent est enlevée de terre par Dieu comme par
un aigle, sans savoir où il l'emporte, sans aucune préparation
ni coopération de sa part ; elle est alors saisie d'une sorte
de terreur mêlée cependant d'une grande suavité. Il faut du courage
en ces circonstances pour s'abandonner à la conduite de l'esprit
oui vous enlève et dont l'action se joue de vos résistances. j'ai
souvent essayé de résister à l'extase, craignant quelque illusion,
ou à cause des hommes avec oui je me trouvais dans le moment.
J'y ai réussi quelquefois, mais je me sentais après épuisée comme
si j'avais lutté avec un géant.»
- Sainte Thérèse, le Château
intérieur
Dans
sa biographie, "Le Livre de la vie", Thérèse décrivit aussi
l'une de ses extases : " un séraphin lui apparut, portant une
lance dont la pointe était brûlante ; il la plongea dans son sein
et la toucha au plus profond de son être ; cet instant enflamma alors
son cœur d'un brûlant amour pour Dieu."

Thérèse
d'Avila (à doite),
la grande, mystique espagnole,
tombe en extase
dans cette sculpture italienne du XVI siècle
(La Transvernération de sainte Thérèse d'Avila,
par Bemm