Lettre du 21 août 1918 : La transverbération
Padre Pio y évoque la "transverbération""La force de l'obéissance
m'amène à vous faire part de ce qui est arrivé en moi du 5
au soir et toute la journée du 6 du mois courant. Je ne puis
que vous dire ce qui s'opère en moi, en cette période d'effroyable
martyre.
J'étais en train de confesser nos garçons dans
la soirée du 5 quand, tout à coup, je fus rempli d'une extrême
terreur à la vue d'un personnage céleste qui se présenta devant
l'oeil de mon intelligence. Il tenait à la main une espèce d'instrument
semblable à une très longue lance de fer avec une pointe bien
effilée, et de cette pointe paraissait sortir du feu.
Voir tout ceci et regarder le personnage qui lançait avec une
violence inouïe cet instrument dans mon âme, ne fut qu'une chose.
A peine pus-je émettre un gémissement, je me sentais mourrir!
Je dis au garçon que je confessais de se retirer, parce que
je me sentais mal et que je n'avais pas la force de continuer.
Ce martyre dura, sans interruption, jusqu'au matin du 7. Ce
que j'ai souffert en cette période si douloureuse, je ne puis
le dire. Je voyais même cet instrument m'arrachant les viscères,
les entraînant avec lui quand il se retirait, et tout était
mis à fer et à feu! Depuis ce jour, je suis blessé à mort, et
je sens au plus intime de mon âme une blessure toujours ouverte,
qui me fait souffrir en permanence..."
Lettre du 22 octobre 1918 : Récit de
la "stigmatisation"
"C'était le matin du 20 du mois passé. Etant au choeur,
après la célébration de la sainte messe, je fus surpris par
un repos semblable à un doux sommeil. Tous mes sens externes
et internes, de même que les puissances de mon âmes, se trouvaient
dans une quiétude indescriptible. Il y avait autour de moi et
en moi un silence total, auquel succéda immédiatement une paix
profonde; je m'abandonnai à l'entière privation de tout,
et il y eut une pause dans mon propre tourment. Tout cela s'opéra
en un éclair.
Tandis que tout cela était en train de se réaliser,
je vis devant moi un mystérieux personnage, semblable à celui
que j'avais vu le soir du 5 août. Il se différenciait seulement
en ceci, que ses mains, ses pieds et son côté saignaient abondamment.
Sa vue m'épouvanta: ce que je ressentis à cet instant, je ne
saurai vous le dire. Je me sentais mourir, et je serais mort
si le Seigneur n'était intervenu pour soutenir mon coeur, que
je sentais bondir dans ma poitrine. Le personnage disparut de
ma vue, et je m'aperçus que mes mains, mes pieds et mon côté
étaient percés et saignaient abondamment. Imaginez le supplice
que j'éprouvai alors, et que j'éprouve encore continuellement
presque tous les jours..."