
L' initiation consiste, dans les religions
du Livre, en une lecture « assistée ». Dans
l'ésotérisme occidental (celui de Pythagore, des
druides, cabalistes ou francs-maçons), elle vise à
l'enseignement d'un secret, parfois d'un pouvoir particulier.
Plus généralement, elle prépare le sujet
au passage à un autre état (naissance, puberté,
mariage, mort...) et n'est recevable qu'à l'issue d'un
rite, comme le baptême ou la circoncision. Ce rite est parfois
douloureux car il faut symboliser la mort de l'état antérieur.
Chez certains aborigènes d'Australie, par exemple, les
novices subissaient des épreuves physiques destinées
à provoquer des états de conscience proches de l'évanouissement
où se révèlent des « esprits du rêve
».
Du profane au sacré
Le mot profane, du latin profanus « qui se tient en dehors de
l'enceinte sacré» (le temple), désigne le non-initié. Afin de
passer d'un statut à l'autre, il faut se séparer du monde pour
une période de retraite plus ou moins longue, pendant laquelle
on se purifie et l'on reçoit les enseignements d'un maître. Ensuite
seulement, on peut être initié, puis consacré. Ce processus régit
aussi bien l'initiation du chaman sibérien que celle des mystères
d'Eleusis; de même, lors de la cérémonie de l'ordination sacerdotale
qui fait suite à un long noviciat, le postulant, vêtu de blanc,
se prosterne sur le sol, abandonnant son corps, avant de recevoir
l'onction sainte et l'imposition des mains qui lui confère le
Saint-Esprit.
Un savoir réservé à un petit nombre

Dans les anciennes croyances, celui qui n'avait pas été initié
ne pouvait entrer en contact avec le sacré sans encourir les plus
grands risques. Toute transmission d'un savoir, quel qu'il soit,
était soumise à de telles conditions. Hippocrate de Cos, le père
de la médecine, n'enseignait son art qu'à ceux qui étaient capables
d'apprendre et de comprendre, et auxquels il faisait prêter serment.
Il en allait à fortiori de même pour l'enseignement des vérités
et des doctrines spirituelles, même chez les philosophes. L'enseignement
ésotérique (du grec e-iso, « au-dedans »), ou « acroamatique »
(«donné verbalement»), était celui que les philosophes grecs ne
communiquaient, à l'intérieur de l'école, qu'aux disciples suffisamment
instruits. Complémentaire de l'enseignement public ou esotérique,
il était transmis oralement et ne devait pas être écrit. Tel était
le cas, dans toutes les civilisations traditionnelles, de la «
science sacrée », qui ne pouvait être «profanée», livrée aux profanes
- comme l'instruction donnée par les druides chez. les Celtes
et, en Grèce, l'orphisme, les mystères, et la doctrine de Pythagore.
Une partie des enseignements de Platon et d'Aristote était encore
ésotérique. Dans son sens premier et universel, le mot ésotérisme
est applicable à tous les enseignements réservés à un petit nombre
et qui ne sont transmis qu'avec certaines précautions, tels ceux
des gnostiques et de la kabbale, ou ceux des Uhanishad en Inde,
qui, même écrits, furent formulés de telle manière qu'ils n'étaient
guère accessibles aux profanes. Si la doctrine du Bouddha est
destinée à tous, certains de ses développements, en particulier
tantriques, ne peuvent être transmis que par la voie orale, de
maître à disciple dûment initié, et il en va de même des enseignements
supérieurs du yoga. Dans l'islam aussi, il existe un ésotérisme
représenté par les chiites, les Ismaéliens et les soufis. Autrement
dit, la plupart des religions comportent deux niveaux d'enseignement,
l'un destiné à tous, l'autre réservé au petit nombre, tout simplement
parce que la doctrine ésotérique demeurerait incompréhensible
à ceux qui ne sont pas préparés à la recevoir. Il ne s'agit donc
nulle ment d'un interdit discriminatoire de principe, mais d'une
nécessité didactique. En outre, ces deux enseignements ont un
but différent : l'esotérisme, la religion en elle-même, vise le
salut de l'individu, alors que l'ésotérisme enseigne à dépasser
le statut individuel pour parvenir à la délivrance finale.
La nécessité d'un maître
C'est dans cette perspective qu'apparaît la nécessité d'un maître
spirituel, habilité à transmettre la partie ésotérique de la doctrine
et à conduire le diciple au-delà de lui-même. Tel est le rôle
du gourou dans l'hindouisme, du lama dans le Vajrayâna. Le plus
souvent, la transmission ne peut s'effectuer que dans le cadre
d'une retraite qui réunit dans une vie commune maître et disciples,
dans un ashram en Inde, dans une tarîqa chez les soufis. Toutes
proportions gardées, il en va de même dans certains monastères
chrétiens, où un directeur spirituel joue un rôle comparable,
en particulier dans l'hésychasme ou chez les starets russes.
L'initiation d'un chaman samoyède
« Le. novice arriva à un désert et vit au loin une montagne.
Après trois jours de marche, il l'atteignit. Il pénétra dans une
ouverture. Il tomba sur un homme nu oui poussait des hurlements.
Sur le feu se trouvait un chaudron aussi grand que la moitié de
la terre. L'homme nu vit le novice. Il l'attrapa au moyen d'une
énorme paire de pinces. Le candidat n'eut aue le tems de penser:
«Je suis mort!» L'homme nu lui trancha la tête, coupa son corps
en morceaux et jeta le tout dans le chaudron. Là il fit bouillir
le corps trois années durant. Il y avait aussi trois enclumes.
L'homme nu forgea la tête du novice sur la troisième, celle d'où
sont sortis les meilleurs chômons [...] Le forgeron pécha ensuite
les os du novice hors de la rivière où ils flottaient. Il les
rassembla et les enveloppa à nouveau de chair [...] Il forgea
sa tête et lui enseigna comment lire les lettres qui sont à l'intérieur.
Il changea ses yeux; c'est la raison pour laquelle, auand un homme
chamanise, il ne se sert pas de ses yeux de chair, mais de ses
yeux mystiques. L'homme nu perça les oreilles, ce qui rend le
novice capable de comprendre le langage, des plantes. Le novice
se trouva, au sommet d'une montagne. Finalement, il se réveilla
dans sa yourte au sein de sa famille. Il peut maintenant chanter
et chamaniser indéfiniment, sans jamais se fatiguer. »