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Des chanceux ?

 


 

 

 

 

 

" Madame Schwartz! " mais qu'étais-je en train de dire? Mme Schwartz était décédée et enterrée depuis dix mois. Quoi qu'il en soit, elle était bien là dans mon bureau, debout à côté de moi. Elle avait l'air tout aussi charmante et tout aussi préoccupée qu'autrefois. Quant à moi, pensant que j'allais m'évanouir, je me suis assise.

 

 


 

Je venais à peine de commencer à parler lorsqu'une femme est subitement apparue entre l'ascenseur et le dos du pasteur N. Je suis restée bouche bée. Cette femme flottait en l'air, presque transparente, et elle me souriait comme si nous nous connaissions. " Mon Dieu, mais qui est-ce? " ai-je demandé d'un ton bizarre. Le pasteur N. n'avait aucune idée de ce qui se passait. À en juger par la manière dont il me regardait, il devait penser que j'avais perdu la raison. " Je crois que je connais cette femme, ai-je dit. Elle me fixe des yeux.
- Quoi? s'enquit-il en regardant autour de lui sans rien voir. Mais de quoi parlez-vous?
- Elle attend que vous entriez dans l'ascenseur pour avancer , dis-je.
Le pasteur N. ne pensait apparemment qu'à une chose s'enfuir. II sauta dans cet ascenseur comme s'il s'était agi d'une bouée de sauvetage. Dès qu'il fut parti, cette femme cette apparition, cette vision? s'est dirigée tout droit vers mai. "Docteur Ross, il fallait que je revienne, m'a-t-elle dit. Verriez-vous un inconvénient à ce que nous allions jusqu'à votre bureau? J'ai seulement besoin de quelques minutes. "
II n'y avait que quelques dizaines de mètres à parcourir jusqu'à mon bureau. Mais ce fut le trajet à pied le plus étrange et le plus fascinant que j'aie jamais effectué. Était-ce un épisode psychotique? Les jours précédents avaient été passablement stressants, mais certainement pas au point de croiser des fantômes, surtout un fantôme qui s'arrêtait devant mon bureau, ouvrait la porte et me faisait entrer ta première, comme si c'était moi le visiteur. Mais à peine avait-elle fermé la porte derrière elle que je l'ai reconnue.
" Madame Schwartz! " mais qu'étais-je en train de dire? Mme Schwartz était décédée et enterrée depuis dix mois. Quoi qu'il en soit, elle était bien là dans mon bureau, debout à côté de moi. Elle avait l'air tout aussi charmante et tout aussi préoccupée qu'autrefois. Quant à moi, pensant que j'allais m'évanouir, je me suis assise. " Docteur Ross, il me fallait revenir pour deux raisons m'a-t-elle dit distinctement. Tout d'abord, je voulais vous remercier, vous et le révérend Gaines, pour tout ce que vous avez fait pour moi. " J'ai alors touché mon stylo, mes documents et ma tasse de café pour vérifier qu'ils étaient bien réels. Oui, ils étaient aussi réels que le son de sa voix. " Cela dit, je suis surtout venue pour vous demander de ne pas abandonner votre travail sur la mort et les derniers instants de la vie... pas encore. "
Mme Schwartz se dirigea vers moi en arborant un sourire éclatant. J'eus ainsi quelques instants pour réfléchir. Que se passait-il vraiment? Comment savait-elle que je voulais arrêter mes séminaires? "M'entendez-vous? Votre travail ne fait que commencer, dit-elle. Nous vous aiderons. " Même si j'avais du mal à croire à la réalité de ces événements, je n'ai pu m'empêcher de lui répondre. " Oui, je vous entends. " Subitement, j'ai réalisé que Mme Schwartz connaissait mes pensées et savait ce que j'allais dire. Je me suis dit qu'il fallait que j'aie la preuve de la réalité de sa présence. Je lui ai donné un stylo et une feuille de papier et l'ai invitée à rédiger une courte note à l'attention du révérend Gaines. Elle a gribouillé rapidement un remerciement. " Êtes-vous satisfaite maintenant?" m'a-t-elle demandé.
À vrai dire, je n'en savais rien. Quelques instants plus tard, Mme Schwartz disparaissait. Je l'ai cherchée partout, en vain. Puis, je suis revenue en courant jusqu'à mon bureau pour examiner son mot, toucher le papier, analyser l'écriture, etc. Mais, au bout d'un moment, j'ai laissé tomber. Pourquoi douter? Pourquoi se poser sans cesse des questions?
Comme je l'ai appris par la suite, si l'on n'est pas prêt à vivre des expériences mystiques, on n'y croira jamais. Mais si l'on se montre ouvert, alors non seulement elles se réaliseront, non seulement on y croira, mais on n'aura aucun doute même si l'on se retrouve face à quelque chose d'invraisemblable.
Tout d'un coup, la dernière chose au monde que je souhaitais faire était de changer de travail. Même si je devais effectivement quitter l'hôpital quelques mois plus tard, je suis rentrée chez moi ce soir-là regonflée à bloc et pleine d'enthousiasme pour l'avenir. J'avais compris que Mme Schwartz m'avait empêchée de faire une terrible erreur. J'ai envoyé son mot à Mwalimu, l'ex-révérend Gaines. À ma connaissance, ü est toujours en sa possession. Pendant très longtemps, il fut la seule personne au courant de ma rencontre avec Mme Schwartz. Manny se serait moqué de moi comme les autres médecins. Mais Mwalimu était différent.
Nous évoluions sur un autre plan. Jusqu'ici, nous nous étions efforcés de définir la mort, mais maintenant, nous cherchions à aller au-delà, dans l'après-vie. Malgré sa lourde tâche dans sa nouvelle église, nous avons fait un marché. Nous nous engagions tous deux à poursuivre les interviews avec les patients et à rassembler des données sur la vie après la mort. J'avais du pain sur la planche. Après tout, j'avais donné ma promesse à Mme Schwartz.

 

Extrait de "Mémoire de vie mémoires d'éternité" , JC LATTES - 1998

 

 


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