
"
. C'est difficile
à décrire, mais le signal sonore a instantanément
libéré mon esprit de toutes les pensées qui
l'agitaient et m'a plongée en moi-même - comme une
masse qui se concentre jusqu'à former un trou noir. Puis,
j'ai entendu un son incroyable - ZOUM! - semblable au bruit d'une
forte rafale de vent. Tout à coup, j'ai eu l'impression
d'être emportée par une tornade. À cet instant,
je quittai mon corps à une vitesse incroyable.
Pour aller où? Où suis-je allée? C'est la
question que tout le monde m'a posée. Même si mon
corps était immobile, mon cerveau m'a transportée
dans une autre dimension, dans un autre univers. Là-bas,
la partie physique de l'être n'a plus d'importance. Comme
l'esprit qui quitte le corps après la mort, ma conscience
relevait de l'énergie psychique, et non de mon corps physique.
J'étais simplement allée là-bas.
Plus tard, les chercheurs m'ont demandé de décrire
l'expérience. Alors que j'aurais bien aimé leur
fournir des détails, que je savais extraordinaires, je
n'ai pu satisfaire leur curiosité. Tout ce que j'ai pu
leur dire, en dehors du fait que étais guérie d'une
occlusion intestinale ainsi que d'un problème dorsal très
douloureux et que je n'étais ni étourdie, ni fatiguée,
ni quoi que ce soit d'autre, fut ceci: " Je ne sais pas où
j'étais. "
Cet après-midi-là, je ressentais une impression
d'étrangeté et me demandais si je n'avais pas poussé
trop loin l'expérience. Aussi, je suis retournée
à la maison des hôtes du ranch de Monroe où
je résidais, une maisonnette isolée baptisée
la Maison du Hibou. Dès que je suis entrée, j'ai
ressenti une énergie étrange et j'ai eu la certitude
que je n'étais pas seule. Comme la maison était
isolée et dépourvue de téléphone,
j'ai pensé retourner dans le bâtiment principal ou
aller à l'hôtel. Mais, ne croyant pas aux coïncidences,
je me suis dit que ce n'était pas par hasard que mes hôtes
m'avaient installée seule dans cet endroit retiré.
Aussi suis-je restée.
Malgré mes efforts pour demeurer éveillée,
je me suis rapidement endormie - et c'est là que le cauchemar
a commencé. J'ai souffert mille morts. Ils m'ont torturée
physiquement. Je pouvais à peine respirer et j'étais
pliée en deux car la douleur était si folle que
je n'avais même pas la force de hurler ou d'appeler au secours,
même si de toute façon il n'y aurait eu personne
pour m'entendre. Au cours de ces longues heures de tourments,
j'ai remarqué que, chaque fois que j'en avais fini avec
une mort, une autre commençait, sans la moindre pause entre
les deux pour reprendre mon souffle, récupérer,
hurler ou me préparer à la suivante. Mille morts....
J'avais compris. Je vivais, au sens propre du mot, les morts de
tous les patients que j'avais accompagnés jusqu'à
ce jour. Je vivais la terrible angoisse, la douleur, le sang,
les larmes et la solitude de chacun de ces malades. Si l'un d'entre
eux était mort d'un cancer, alors je ressentais sa terrible
souffrance. Si un autre avait eu une attaque, j'en subissais moi
aussi les effets. Je n'ai eu que trois brefs répits. Lors
du premier, j'ai demandé une épaule sur laquelle
j'aurais pu m'appuyer. (J'avais toujours adoré m'appuyer
sur l'épaule de Manny avant de m'endormir.) Mais à
peine avais-je fait cette supplique qu'une voix profonde, virile,
m'a répondu: " Cela ne te sera pas accordé.
" Ce refus, énoncé d'un ton ferme, déterminé
et impassible, ne m'a pas permis de poser une autre question.
J'aurais aimé demander: " Mais pourquoi? " Après
tout, d'innombrables patients s'étaient appuyés
sur ma propre épaule. Mais je n'ai eu ni le temps ni la
force de poser cette question.
En effet, la douleur et la souffrance, semblables à celles
d'un accouchement interminable, sont revenues avec une telle intensité
que j'ai souhaité mourir. Je n'ai pas eu cette chance.
Après ce qui me sembla une éternité, j'eus
un second répit. Cette fois-ci, j'ai demandé une
main que j'aurais pu tenir. J'ai délibérément
évité de spécifier s'il s'agissait d'une
main d'homme ou de femme. Je n'étais pas en situation de
faire la difficile. Je voulais seulement tenir une main. Mais
la même voix ferme et impassible m'a éconduite en
répétant: "Cela ne te sera pas accordé.
".
Je ne savais pas s'il y aurait un troisième répit,
mais quand celui-ci est arrivé, croyant être maligne,
j'ai pris une profonde respiration et je m'apprêtai à
demander à voir un bout de doigt. Qu'avais-je en tête?
Bien sûr, on ne peut s'accrocher à un bout de doigt,
mais au moins il donne le sentiment d'une présence humaine.
Mais, avant d'exprimer cette ultime requête, je me suis
dit: " Non, si je ne peux avoir la main entière, je
renonce au bout de doigt. Dans ces conditions, je préférerais
m'en passer et m'en sortir toute seule. ".
En colère et pleine d'amertume, rassemblant la moindre
parcelle de rébellion en moi, je me suis dit: " S'ils
sont mesquins au point de me refuser une simple main à
tenir, alors il vaut mieux que je reste seule. Au moins conserverais-je
une bonne image de moi-même et de ma valeur intrinsèque.
".
Voilà la leçon que je devais apprendre. Il fallait
que je fasse l'expérience de mille morts pour connaître
la joie indicible de l'après-vie.
Soudain, j'ai compris que je sortirais de cette épreuve
grâce à la FOI. La foi en Dieu, car il ne nous est
donné que ce que nous pouvons supporter.
La foi en moi-même, car j'avais compris que je pouvais supporter
tout ce qu'il m'envoyait. Si douloureux et éprouvant que
ce fût, je pourrais le mener à bonne fin.
J'ai eu la très nette impression que l'on attendait de
moi que je dise quelque chose, que je prononce le mot " oui
". Un flot de pensées me traversa l'esprit.
Devais-je dire "oui " à davantage d'angoisse,
de douleurs, de souffrances sans que quiconque me vienne en aide?
Quelle que soit la nature de ce qui m'attendait, cela ne pouvait
être pire que ce que j'avais d'ores et déjà
enduré. Et n'étais-je pas toujours vivante? Que
pouvait-il m'arriver? Cent morts de plus? Mille?
Peu m'importait. Tôt ou tard, cette épreuve s'achèverait.
En outre, à ce moment-là, la douleur était
si intense que je ne pouvais plus la ressentir. Je me trouvais
au-delà de la souffrance.
" Oui, ai-je crié. OUI! "
Le calme se fit dans la chambre, et toute la souffrance physique
disparut en un instant. Presque complètement réveillée,
j'ai remarqué qu'il faisait nuit dehors. J'ai pris une
profonde respiration, la première véritable respiration
depuis je ne sais combien de temps, et j'ai à nouveau observé
les ténèbres de la nuit à travers la fenêtre.
J'ai à nouveau inspiré profondément, me suis
détendue en m'allongeant sur le dos, puis j'ai noté
peu à peu des choses étranges. Tout d'abord, il
y eut une vibration de plus en plus rapide au niveau de la paroi
abdominale, mais ce mouvement ne concernait pas les muscles, ce
qui me fit penser que c'était impossible sur le plan anatomique.
Et pourtant ce phénomène était bien réel.
Et plus j'observais mon propre corps, et plus j'étais stupéfaite.
Puis apparurent devant moi d'extraordinaires boutons de fleurs
de lotus. Ces fleurs s'épanouissaient très lentement
jusqu'à devenir éclatantes de beauté. Au
bout d'un certain temps, elles se transformèrent en un
énorme lotus. Derrière cette fleur, jaillit une
lumière extraordinairement brillante, sublime, cette même
lumière que mes patients avaient si souvent décrite.
Je savais qu'il me faudrait traverser cette fleur gigantesque
pour ensuite me fondre dans la lumière. Je fus alors doucement
et progressivement happée par cette lumière merveilleuse,
et j'ai compris que cette clarté signifiait la fin de ce
long et terrible voyage. Curieuse, je pris mon temps pour profiter
de la paix, de (a beauté et de la sérénité
de ce monde de vibrations. Chose étonnante, j'avais toujours
conscience de me trouver dans la Maison du Hibou, à mille
lieues de tout être humain et, où que se posât
mon regard, tout se mettait à vibrer - les murs, le plafond,
les fenêtres.., les arbres à l'extérieur.
Ma vue, qui s'étendait sur des kilomètres et des
kilomètres, me permettait de tout voir - un brin d'herbe,
une porte en bois, etc. - y compris leur structure moléculaire,
leurs vibrations. Je découvrais, avec un respect et une
crainte mêlés d'effroi, que toute chose avait une
vie, une divinité en elle. Durant tout ce temps, je continuai
d'avancer lentement à travers la fleur de lotus, vers la
lumière. Finalement, je me fondis dans la chaleur de cette
lumière d'amour. Même l'image de millions d'orgasmes
infinis ne pourrait traduire la sensation d'amour, de chaleur
et d'accueil que j'ai ressentie. Ensuite, j'ai entendu deux voix.
La première était ma propre voix: "Le Seigneur
m'accepte telle que je suis. "
La seconde, qui venait de je ne sais où, me dit ces mots
bien mystérieux: " Shanti Nilaya. "
Avant de m'endormir cette nuit-là, je savais que je me
réveillerais le lendemain avant le lever du soleil, que
je mettrais ma robe et mes sandales que j'avais apportées
avec moi sans jamais les porter. Cette robe, tissée à
la main, que j'avais achetée chez Fisherman's Wharf à
Sans Francisco, me donnait une impression de déjà
vu, comme si je l'avais déjà portée
dans une autre vie. C'est pourquoi lorsque je l'ai achetée,
j'ai eu le sentiment d'en reprendre possession.
Le lendemain matin, tout se déroula comme je l'avais prévu.
Alors que je suivais le sentier qui conduisait à la maison
de Monroe, j'ai continué à être en communion
avec chaque feuille, chaque papillon ou chaque pierre et à
sentir leurs vibrations jusque dans leur structure moléculaire.
J'ai connu l'extase la plus extraordinaire qu'un être humain
puisse vivre sur cette terre. J'étais si frappée
par la splendeur de tout ce qui m'entourait, j'aimais tellement
la vie sous tous ses aspects, que, comme Jésus, qui pouvait
marcher sur l'eau, je passais au sens propre du terme "au-dessus
" d'elles et les interpellais en pensée: " Je
ne peux marcher sur vous. Je ne peux vous blesser. "
Au bout de quelques jours, cet état de grâce a peu
à peu disparu. Ce fut très difficile de replonger
dans les tâches de la vie quotidienne, de conduire à
nouveau une voiture - tout cela me semblait maintenant totalement
insignifiant. Bientôt, on m'apprit le sens de l'expression
" Shanti Nilaya " et on me révéla que
toute cette expérience avait pour but de me donner une
Conscience cosmique - une conscience de la vie en toute créature.
En ce sens, c'était un succès. Mais que pouvais-je
attendre d'autre de cette Conscience? Allais-je à nouveau
éprouver un sentiment douloureux d'isolement sans qu'aucun
être humain puisse me venir en aide jusqu'à ce que
je trouve moi-même les réponses et reparte sur la
bonne voie?
Un peu plus tard Elisabeth appris que " Shanti Nilaya. "
est un terme sanskrit qui signifie " havre de paix ultime
"
Extrait de "Mémoire de vie mémoires d'éternité"
, JC LATTES - 1998