
Depuis l'aube de l'humanité, le chamanisme
a suscité en effet nombre de créations, donné naissance à une infinité
de mythes, de symboles et de motifs, comme en attestent les peintures
rupestres realisees par des chasseurs nomades, notamment en Afrique,
en Australie, en Amerique du Nord et en France. La grotte des Trois-freres,
dans les Pyrenees, abrite une peinture datant de 15.000 ans ou,
au milieu d'une ronde d'animaux, un homme danse pres d'un chaman
dont le corps semble bande comme un arc. Danse et transe sont les
moyens utilises depuis l'origine du chamanisme pour se rendre dans
le monde des esprits.
Il
y a peu, les préhistoriens Jean Clottes et David Lewis Williams
proposaient une interprétation chamanique des grottes ornées de
la préhistoire. L'art des steppes offre un autre champ d'investigation.
Pour Véronique Schiltz, spécialiste du monde scythe : «C'est chez
les nomades d'Eurasie, dans le courant du premier millénaire avant
J.-C., que l'on peut le mieux appréhender historiquement le chamanisme.».
Les témoignages d'Hérodote faisant mention de l'utilisation du chanvre
à des fins extatiques chez les Scythes sont corroborés par les découvertes
archéologiques : des tombes renfermaient des sacs renfermant des
graines, des récipients à fumigations. Le chamanisme «ne suffit
pas à rendre compte à lui seul du choix animalier de l'art des steppes»,
précise-t-elle dans son ouvrage sur l'art scythe (Gallimard), tout
en mettant en relation certaines trouvailles avec «l'attirail du
chaman sibérien ou altaïque : bâton surmonté d'une tête d'animal
et de breloques sonores, couvre-chef ... »
Ne doit-on pas également aux Scythes l'introduction
de mythes ou de figures chamanistes dans le monde gréco-romain ?
À leur contact, dès le VIIe siècle avant J.-C., les colonies grecques
installées sur les bords de la mer Noire semblent avoir absorbé
certains traits. On a évoqué les mythes de Dionysos mais aussi Orphée,
originaire de Thrace, ce magicien qui séduit les animaux avec sa
musique et descend aux enfers pour retrouver l'âme volée d'Eurydice.
Comme le pressentait Eliade en conclusion de son ouvrage, que de
«mondes fabuleux découverts, explorés et décrits par les anciens
chamans» peuvent encore s'ouvrir à nous !