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Pour les jaïns, tout
ce qui existe est animé ; il y a seulement des différences de qualité
entre les êtres au sens large. Ils distinguent ainsi trois sortes d'âmes:
les âmes inférieures prisonnières de la matière (celles des plantes,
des animaux, et aussi des hommes bestiaux, brutaux, stupides, incroyants,
pécheurs), les âmes intermédiaires (celles des hommes droits et croyants);
les âmes supérieures (celles qui ont été délivrées).
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Les
jaïns tirent leur nom des jina: les «Vainqueurs», c'est-à-dire ceux
qui ont conquis l'illumination. Ce titre suprême se rapporte aux
vingt-quatre chefs spirituels, que l'on connaît aussi sous leur
surnom de Tirthankara: ces « passeurs de gués » se sont succédé
depuis des millénaires pour éclairer et guider l'humanité. Né au
VIe siècle avant J.-C., Vardhamana Mahavira est le dernier de ces
grands maîtres, plus exactement le dernier en date puisque la lignée
des Vainqueurs n'est pas éteinte, loin de là : l'ère cosmique à
venir inaugurera un nouveau cycle avec l'arrivée de Mahapadma, le
Grand Lotus, premier des vingt-quatre prochains «passeurs de gué
».
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Selon la croyance, jaine, l'âme, prend l'apparence extérieure du
corps où elle réside.. Puisque ïa dernière existence avant la délivrance
spirituelle doit être humaine, le siddha ou âme parfaite, qui réside
au sommet de l'univers, a une silhouette humaine tout en étant délivré
du corps et dépourvu de forme matérielle. L'image en métal du siddha
désincarné sert à concentrer la méditation sur le but de la religion
: se détacher de l'existence en ce monde et libérer l'âme de la
possession des biens terrestres.
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La vie d'un jaïn est fondée sur les «trois joyaux» (triratna) que
sont la droite croyance, la droite connaissance, la droite conduite.
Au nom de cette trilogie éthique, le jaïn prononce une série de
cinq grands voeux, qui sont les suivants : n'attenter à la vie d'aucun
être vivant, ne pas mentir, ne pas voler, ne rien posséder, être
chaste et totalement détaché des choses terrestres. La purification
de l'âme est à ce prix puisque sa libération passe par la voie héroïque
de l'ascétisme le plus radical. Le jaïnisme s'écarte en cela du
«juste milieu» préconisé par le bouddhisme, son contemporain historique.
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Le jaïnisme est dualiste en ce qu'il établit une nette distinction
entre ce qui est vivant (jiva) et ce qui ne l'est pas (ajivc). A cette
dernière catégorie appartient le karma, puisqu'il n'est que matière
attachée à l'âme, sur laquelle il pèse de tout son poids et qu'il
engourdit de telle manière qu'elle cesse d'être consciente de sa nature
bienheureuse. C'est tout le sens de la vie exemplaire et des enseignements
de Mahavira que de montrer comment l'âme peut être éveillée à la conscience
de son véritable état. La purification de l'esprit et du corps permet
de contrebalancer l'accumulation du karma. De même, l'observance des
«trois joyaux» et les vœux monastiques conduisent finalement à l'extinction
du karma et à la libération du cycle des renaissances. L'âme peut
alors gagner la région de l'univers qui est le séjour de toutes les
âmes délivrées.
Un moine ne peut souhaiter de meilleure issue à son existence terrestre
que celle dont Mahavira, parmi d'autres, donna l'exemple: méditer
jusqu'à ce que mort s'ensuive (concrètement, une méditation prolongée
pendant laquelle les besoins vitaux sont oubliés). La force de l'ascète
jaïn réside dans son renoncement à la vie, son cheminement serein,
positif et volontaire, témoin d'un idéal supérieur. Dans la pratique,
toutefois, un tel héroïsme de l'ascèse ne se voit que rarement. |
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