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Prisonnière de la chair, l'âme n'en sera libérée que par le feu,
qui hâte le retour du corps à la poussière originelle. A Bali, la
crémation est une fête fastueuse, et joyeuse. L'île de Bali est
la seule de l'ensemble indonésien qui conjugue la religion hindoue
avec un culte plus populaire, dit animiste. L'univers religieux
balinais est touffu, insaisissable. Du lever au coucher du soleil,
le Balinais ne cesse de faire des offrandes aux forces qui gouvernent
le monde, afin de le maintenir en harmonie et en équilibre.
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Les Védas sont des textes sanscrits, écrits probablement vers -1000,
issus d’une longue La mort est la rupture de l'homme d'avec le monde
médian, celui de l'existence humaine, en vue d'une accession au
monde supérieur, celui de l'entité spirituelle, tandis que la naissance
est la réincarnation d'une âme descendue de ce monde supérieur.
Mort et naissance sont donc des passages d'un niveau de l'ordre
cosmique à un autre, et les rites qui les accompagnent veillent
à ce que cette mutation s'accomplisse simplement.
Quand on décide d'une crémation à Bali, la mort a déjà fait son
œuvre, parfois depuis longtemps déjà. Car cette fête représente
une dépense tellement exceptionnelle qu'une seule famille ne peut
y pourvoir seule. Aussi attend-on plusieurs décès pour grouper les
cérémonies. Jusque dans le cadre de la communauté villageoise, la
dépense reste hors de proportion avec les revenus du village. On
l'évalue jusqu'à cinq ou six millions de centimes. Mais il importe
que les dieux soient satisfaits - c'est-à-dire repus d'offrandes
et de fêtes - si l'on veut ménager à l'âme que le feu va libérer
un retour propice dans une autre enveloppe charnelle. En attendant
la date favorable à la crémation, le corps est dans un premier temps
inhumé. Il se passera parfois plusieurs années avant qu'il ne soit
exhumé pour être brûlé.
Lors de cette inhumation, le corps est soigneusement lavé afin
de purifier les sens du mort, en vue d'une prochaine réincarnation
plus belle, plus forte. Puisque le mort est momentanément confié
à la terre, on adresse des offrandes aux forces du bas afin qu'elles
le protègent dans cet intermède. On plante un bambou sur la tombe
au niveau de la tête, pour permettre la circulation de l'esprit.
Celui-ci continue d'errer dans le monde médian des humains, et,
pour peu que l'y invitent des forces néfastes, il peut venir troubler
les vivants. Aussi accomplit-on certains rites de rappels de l'âme
à la maison, pour la rassurer. Mais tant que le corps ne sera pas
revenu à la terre - c'est-à-dire en poussière - l'esprit s'en trouvera
prisonnier. Aussi faut-il hâter sa destruction par le feu. Le jour
venu de la crémation, on l'exhume donc. Les porteurs de litière
qui ramènent le corps à la maison mortuaire auront soin d'égarer
l'âme dans le dédale des venelles du village, afin qu'elle ne soit
pas tentée de retrouver le chemin de son ancienne existence.
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