"Ne commettre aucune action négative " signifie
abandonner toutes les actions nuisibles et négatives qui
sont la cause de la souffrance pour les autres ainsi que pour nous-mêmes.
" Cultiver un trésor de vertus " consiste à
adopter les actions positives et bénéfiques qui sont
la cause du bonheur, pour les autres ainsi que pour nous-mêmes.
Cependant, le plus important est de " dompter cet esprit qui
est le nôtre". Cest pourquoi des maîtres
tels que NyoshuL Khen Rinpoché ont souvent dit que cette
phrase résume à elle seule lessence des enseignements
du Bouddha. Parce que si lon peut réaliser la vraie
nature de notre esprit, cest là le point essentiel
de lenseignement et de toute notre existence.
Lesprit est la racine de toute chose, le responsable de la
souffrance et du bonheur, du Samsara et du Nirvana. Dans les enseignements
tibétains, on appelle lesprit " le roi qui est
à lorigine de toute chose - kun jé gyalpo -
le principe universel qui ordonne tout. Comme la dit le grand
maître Padmasambhava
" Ne cherchez pas à trancher la racine des phénomènes,
cherchez plutôt à trancher la racine de lesprit".
Cest pourquoi ces paroles du Bouddha minspirent tant
:
" Nous sommes ce que nous pensons, et tout ce que nous sommes
sélève de nos pensées. Avec nos pensées,
nous créons le monde".
Parlez et agissez avec un esprit pur et le bonheur sensuivra.
" Si seulement nous pouvions nous le rappeler, le garder dans
notre cur et maintenir notre cur et notre esprit purs,
le bonheur sensuivrait réellement. Tout lenseignement
du Bouddha vise à dompter cet esprit qui est le nôtre
et à préserver un cur et un esprit purs.
Cela commence par la pratique de la méditation. Nous permettons
à toutes nos pensées et nos émotions turbulentes
de se déposer tranquillement dans un état de grande
paix naturelle. Comme le dit Nyoshul Khen Rinpoché :
"Laissez reposer dans la grande paix naturelle
Cet esprit épuisé, Battu sans relâche par le
karma et les pensées névrotiques,
Semblables à la fureur implacable des vagues qui déferlent
Dans locéan infini du samsara.
Laissez le reposer dans la grande paix naturelle. "
Comment donc les pensées et les émotions se déposent-elles
? Si vous laissez un verre deau boueuse reposer, sans lagiter,
les particules de terre se déposent progressivement au fond,
permettant à la clarté naturelle de leau de
se manifester.
De la même façon, en méditation, nous laissons
nos pensées et émotions se déposer dans un
état daise naturelle.
Il y a une citation merveilleuse dun des plus grands maîtres
du passé, qui fut une révélation pour moi lorsque
je lentendis pour la première fois, car ces deux phrases
dévoilaient la nature de lesprit et la façon
dy demeurer - ce qui est la pratique de la méditation.
En tibétain, cest très beau, presque musical
chou ma nyok na dang, sem ma chu na de. Ce qui signifie approximativement
:
" Leau, Si vous ne lagitez pas, deviendra claire
; lesprit, laissé inaltéré, trouvera
sa propre paix naturelle. "
Ce qui est remarquable au sujet de cette instruction, cest
quelle met lemphase sur laspect naturel de lesprit
qui lui permet tout simplement dêtre, inaltéré
et sans rien modifier.
Notre véritable problème est la manipulation, la
fabrication et un excès de pensées. Un maître
disait souvent que la cause racine de tous nos problèmes
mentaux était cet excès de pensées. Comme le
dit le Bouddha : " Avec nos pensées, nous créons
le monde. " Mais Si nous gardons notre esprit pur et le laissons
reposer tranquillement dans létat naturel, ce qui se
passe alors, lorsque nous pratiquons, est tout à fait extraordinaire.
Dans la voie bouddhiste, la première pratique de la méditation
est " shamatha ", en tibétain shiné, demeurer
paisiblement " ou " méditation de la tranquillité
". Lorsque nous débutons, cest une pratique de
lattention.
La pratique de shamata peut se faire sur un objet, un support,
ou sans objet. Quelquefois, nous utilisons une représentation
du Bouddha comme objet, ou bien, comme on le retrouve dans toutes
les écoles du bouddhisme, nous observons la respiration,
avec légèreté et attention.
Notre problème est que notre esprit est toujours distrait.
Quand il est distrait, lesprit crée des pensées
à linfini. Il nest rien quil ne pense,
quil ne fasse. Si seulement nous lobservons, nous nous
rendrons compte de notre manque de discernement, à quel point
nous laissons toutes sortes de pensées nous envahir et nous
égarer.
Cest devenu la pire de toutes nos mauvaises habitudes. Nous
navons ni discipline, ni aucun moyen de porter notre attention
sur les pensées de toute sorte qui nous viennent ; quoi quil
sélève, nous nous laissons emporter dans un
tourbillon dillusions, et nous les prenons tellement au sérieux
que nous finissons non seulement par y croire mais par nous y identifier.
Bien sûr, nous ne devons pas supprimer nos pensées
et nos émotions, ni nous y complaire. Notre problème
est que nous nous sommes trop laissés aller à penser,
et il en résulte des maladies mentales et physiques.
De nombreux médecins tibétains ont observé
une recrudescence, dans le monde moderne, de troubles causés
par des perturbations du prana, lair intérieur. Tous
sont causés par un excès dagitation, dinquiétude,
danxiété et de pensées sajoutant
au rythme de vie et à lagressivité qui dominent
nos vies.
La seule chose dont nous avons besoin est la paix. Cest pourquoi
nous nous apercevons que le simple fait de nous asseoir quelques
instants, dinspirer et dexpirer en laissant les pensées
et les émotions se déposer tranquillement, peut être
une merveilleuse façon de faire une pause.
Quand on se laisse aller à linattention et à
la distraction et que lon réfléchit trop, quand
on se perd dans les pensées, que lon suscite les problèmes
mentaux et langoisse, lantidote à appliquer est
lattention. La discipline de la pratique de shamatha consiste
à ramener sans cesse lesprit au souffle. Si vous êtes
distraits, à linstant même où vous vous
en rendez compte, ramenez tout simplement votre esprit au souffle.
Rien dautre nest nécessaire. Même se demander
" Comment est-ce possible que je me sois laissé distraire"
est encore une autre distraction.
La simplicité de lattention, qui ramène sans
cesse lesprit au souffle, va progressivement lapaiser.
Quand vous essayez de mettre un enfant au lit, il voudra samuser
avec vous et si vous le laissez faire, il sera de plus en plus agité
et ne pourra jamais sendormir. Il faut le prendre dans vos
bras, rester avec lui, attentif et tranquille, et il finira par
se calmer. Il en va de même pour lesprit aussi agité
soit-il, ramenez-le sans cesse, encore et encore, à la simplicité
du souffle.
Graduellement, lesprit se déposera, il se déposera
en lui-même.
Au début, bien sûr, on peut se sentir un peu conscient
de soi-même. On croit que lorsquon observe le souffle,
il y a trois choses séparées : lacte de respirer,
celui qui respire, et la respiration.
Mais peu à peu, à mesure que la pratique se perfectionne
et que notre esprit se dépose, lacte de respirer, la
respiration et celui qui respire deviennent un, et finalement, cest
comme Si vous étiez devenu le souffle.
Les maîtres insistent toujours sur limportance de ne
pas trop se focaliser lorsque vous pratiquez la concentration du
" repos calme ". Cest pourquoi ils conseillent daccorder
à peu près vingt-cinq pour cent dattention au
souffle.
Mais comme vous pouvez le constater, lattention seule nest
pas suffisante. Lorsque vous êtes en train dobserver
le souffle, vous vous retrouvez après quelques minutes au
milieu dun match de football, ou jouant le rôle principal
dans votre propre film. Cest pourquoi vingt-cinq pour cent
seront consacrés à une conscience soutenue et continuelle
qui supervise et vérifie que vous êtes toujours attentif
au souffle. On laissera les cinquante pour cent restants de lattention
dans une détente spacieuse.
Bien sûr, cette répartition de lattention na
pas à être aussi précise, tant que ces trois
éléments - attention, conscience claire et détente
spacieuse - sont présents.
Être spacieux est vraiment une chose merveilleuse.
Quelquefois, le simple fait dêtre spacieux suffit à
lui seul à calmer lesprit. Cette qualité spacieuse
est lesprit même de la méditation ; cest
aussi la générosité de base de la méditation.
Dans la pratique de shamatha, lorsquon peut allier cette détente
spacieuse à lattention focalisée sur le souffle,
lesprit se dépose peu à peu.
À mesure quil se dépose, une chose extraordinaire
se produit tous les aspects fragmentés de vous-même
se déposent et vous trouvez la plénitude. Négativité
et agressivité, douleur, souffrance et frustration sont finalement
désamorcées. On fait lexpérience dun
sentiment de paix, de détente spacieuse et de liberté.
Et de là naît une tranquillité profonde.
À mesure que lon perfectionne cette pratique et que
lon devient un avec le souffle, le souffle lui-même,
en tant quobjet de notre pratique, finit par se dissoudre
et on se retrouve suspendu dans linstant présent.
Nous arrivons à un état centré en un seul
point, qui est le fruit et le but de shamatha.
Demeurer dans linstant présent, dans la tranquillité,
est un excellent accomplissement, mais revenons à lexemple
du verre deau boueuse, si vous ne lagitez pas, les particules
de terre se déposeront et tout deviendra clair. Cependant,
les particules de terre sont encore là, tout au fond ; le
jour où vous lagiterez, les particules de terre remonteront
à la surface.
Tant que nous rechercherons limmobilité, nous pourrons
apprécier la paix et le repos, mais chaque fois que notre
esprit sera quelque peu perturbé, les pensées trompeuses
surgiront de nouveau.
Demeurer dans linstant présent de shamatha ne nous
permettra pas dévoluer, et ne nous conduira pas à
léveil ou à la libération. La conscience
du moment présent devient un objet subtil, et lesprit
qui repose dans linstant présent, un sujet subtil.
Tant que nous resterons dans le domaine du sujet et de lobjet,
lesprit fera encore partie du monde conceptuel ordinaire du
samsara.
Mais avec la pratique de shamatha, notre esprit a retrouvé
un état de paix et de stabilité. Tout comme limage
dans un appareil photo devient plus précise quand vous faites
la mise au point, lattention centrée en un seul point
de shamatha permet à la clarté de lesprit de
se manifester davantage.
Tandis que les obscurcissements sont peu à peu éliminés
et que lego et sa tendance à saisir commencent à
se dissoudre, la " vue claire " ou " vue profonde
" de vipashyana , en tibétain lhak tong, se révèle.
À ce moment précis, nous navons plus besoin
de nous ancrer dans linstant présent et nous pouvons
aller au-delà de nous-mêmes, dans cette ouverture la
sagesse qui réalise le non-ego. Cest cela qui vaincra
lillusion et nous libérera du samsara.
Considérons limpact de cela sur la façon dont
nous gérons les pensées et les émotions. Pour
commencer, manquant de sécurité et de stabilité,
nous sommes éparpillés et envahis par nos pensées.
Cest pourquoi dans la pratique de lattention, nous
nous focalisons sur un objet, le souffle.
Mais quelles que soient les pensées qui sélèvent,
elles proviennent toujours et seulement de notre esprit, aussi naturellement
que les rayons proviennent du soleil et les vagues de locéan.
Nous nous trouvons à présent dans létat
de " repos calme ", les choses sélèvent,
bien que nayant jamais été séparées
de nous et nous sommes différents. Il nest plus besoin
de craindre de perdre notre équilibre ou dêtre
distrait, plus besoin dentraver ce qui sélève,
à présent que louverture de la vue profonde
sest révélée.
Nous sommes devenus comme un roc, affrontant vents et marées,
et non plus, comme auparavant, la plume balayée de tous côtés
par le moindre souffle.
La seule chose à faire est de maintenir notre conscience
claire.
Lorsquune pensée surgit dans cet état dimmobilité,
si on peut la reconnaître avec cette conscience claire, elle
retournera se dissoudre dans la nature de lesprit.
Les pensées et les émotions deviennent comme les
vagues de locéan, elles se dressent et retournent se
fondre dans limmensité.
Nous devenons comme locéan lui-même vaste, spacieux
et calme. Il ne nous reste plus rien à faire dautre
que de maintenir cette conscience claire.
Bien sûr, ce qui sélève risque de déstabiliser
un débutant, de faire ressurgir les vieilles habitudes.
À linstant où ce qui sélève
est vu comme séparé de nous, nous nous perdons. À
ce moment crucial, avant que ce qui sélève ne
devienne une pensée, il nous faut absolument maintenir notre
conscience claire. Il nous faut veiller sur notre conscience claire,
comme un rappel naturel qui nous fait revenir et sans lequel nous
serions balayés.
Ce que je décris ici est un procédé que lon
appelle immobilité, mouvement et conscience claire (né
gyn rig sum).Sa signification va en sapprofondissant à
mesure que nous atteignons des étapes de réalisation
de plus en plus profondes.
Tandis que nous progressons, et que nous laissons ce qui sélève
se dissoudre et se libérer à la lumière de
notre conscience claire, cela ne fait que renforcer et prolonger
limmobilité, tout comme les vagues et les remous embellissent
locéan.
Par la pure conscience de la vue claire et par la sagesse qui réalise
le non-ego, nous accédons à la nature de lesprit.
Au cours de notre progression, nous aurons de profonds aperçus
de la nature de la réalité et de nous-mêmes
; en effet, au fur et à mesure que la dualité sujet-objet
se dissout, nous parvenons à létat de non-dualité.
Quand nous y parvenons, nous connaissons un état de paix
profonde. Nyoshul Khen Rinpoché parlait souvent de la grande
paix naturelle - rang shyin shyiwa chenpo - la profonde paix de
la nature de lesprit, la paix du Madhyamika, du Mahamoudra
et du Dzogpachenpo. Comme la dit le Bouddha,
" le nirvana est la véritable paix."
Lorsquon parvient à cette paix de la nature de lesprit,
on découvre une vaste étendue, une grande ouverture
: les nuages se sont comme évaporés, révélant
un ciel infini et ouvert.
Les pensées et les émotions semblables aux nuages
se sont dissoutes grâce à la pratique de la méditation,
dévoilant la nature semblable au ciel de notre esprit.Dans
ce ciel brille le soleil de notre nature de bouddha, notre bodhicitta,
le cur de léveil.
Le soleil possède deux qualités merveilleuses : la
chaleur et la lumière. Sa lumière éclatante
est semblable à la sagesse, et sa chaleur à lamour
et à la compassion.
Si lon demande : " Quest-ce que lesprit
du Bouddha ? " Cest simplement cela : la sagesse et la
compassion.
Et comme le disent les enseignements, nous avons tous la nature
de bouddha, nous sommes tous des bouddhas en devenir. Lesprit
purifié devient sagesse et le cur purifié devient
amour et compassion. Si vous purifiez vos pensées, cette
intelligence pure, non souillée par lignorance, est
la sagesse. Quand les émotions sont purifiées, elles
sélèvent en compassion.
Ainsi, par cette pratique, nous pouvons appréhender la profonde
pureté de la nature de lesprit, cette grande paix dont
parlait le Bouddha lors de son éveil, il y a plus de deux
mille-cinq-cents ans sous larbre de la Bodhi, en ce lieu appelé
aujourdhui Bodhgaya. Ces premières paroles furent :
Paix profonde, simplicité naturelle, luminosité non-composée
".
Par ces paroles, disait souvent Dilgo Khyentsé Rinpoché,
le Bouddha proclama le cur de son éveil, qui est létat
du Dzogpachenpo, la Grande Perfection.
Cest cette paix profonde que nous cherchons à atteindre
par la pratique. En fait, " dompter cet esprit qui est le notre
" est parfaitement accompli quand nous la réalisons.
Voyez à quel point, lorsque lamour nous inspire et
nous émeut, nous nous retrouvons absolument désarmés.
De la même façon, quand nous réalisons la nature
de lesprit grâce à cette pratique, cela désamorce
et dissout les pensées et les émotions ordinaires.
Alors, une compassion et un amour immenses rayonnent à travers
nous, tout comme le soleil nous prodigue sa chaleur.
Dès que nous nous relions à la pureté de notre
nature inhérente, notre nature de bouddha, notre bonté
fondamentale - notre bon cur - se révèle. La
tendresse, la compassion et lamour émanent tout simplement
de nous. Ainsi, vous êtes tout à fait en contact avec
vous-même, mais également avec les autres. Vous ressentez
une véritable unité. Il ny a plus aucune séparation
entre vous et les autres. Il ny a même plus de séparation
entre les différents aspects de vous-même.
Trop souvent les barrières et les problèmes sont
notre propre fait. Nous sommes en guerre contre nous-mêmes.
Par cette pratique, létreinte de lego se relâche
et notre tendance à saisir sévapore. Ainsi le
conflit, la souffrance et la douleur de la fragmentation et de la
lutte intérieure disparaissent.
Pour la première fois, nous pouvons nous pardonner à
nous mêmes, de façon fondamentale.
En même temps, les attentes, les peurs et les anxiétés
sévanouissent, et avec elles toutes ces sensations
de blocage et de fermeture, cette impression de ne pas être
en contact avec nous-même et les autres, dêtre
coupés de nos propres sentiments, ce qui nous interdit tout
accès au bonheur.
Ce que cette pratique peut nous apporter est incroyable, et quand
jentends ces enseignements du Bouddha, transmis par les grands
maîtres, quand je ressens leur vérité dans mon
propre cur, par la modeste pratique que je connais, je ressens
leur immense bénédiction.
Ce qui est extraordinaire, cest que vous pouvez réellement
faire lexpérience de la vérité contenue
dans les enseignements. Ce nest pas quelque chose qui repose
sur la croyance ou la foi, on peut la savourer et la comprendre
soi-même.
Que se passe-t-il lorsque vous en faites lexpérience
?
Vous ressentez lamour et la compassion immenses des bouddhas,
et vous serez submergés de gratitude. Votre souhait le plus
cher est de partager cette vérité et daider
les êtres, où quils soient, à se libérer
de leur souffrance et à posséder ce bonheur ultime,
cette grande paix naturelle, la paix du Bouddha.
Chaque fois que vous faites lexpérience de cette paix
dans votre méditation, même modestement, priez du plus
profond de votre cur comme nous le faisons dans cette pratique
de la bodhicitta tirée des préliminaires du Longchen
Nyingthik du Dzogchen :
Hypnotisés par la pure variété des perceptions
semblables aux reflets illusoires de la lune dans leau
Les êtres errent sans fin, égarés dans les cercles
vicieux du samsara.
Pour leur permettre de trouver confort et bien-être dans la
luminosité et lespace qui pénètre tout
de la vraie nature de leur esprit,
Jengendre lamour, la compassion, la joie et
léquanimité incommensurables de lesprit
déveil, le cur de la bodhicitta.
Votre souhait est que tous les êtres trouvent la paix et
le bonheur dans la vraie nature de leur esprit. Je crois quau
vingt et unième siècle, ce que tant de gens recherchent
est la vérité qui est en eux-mêmes. Chacun semble
se poser cette question " Qui suis-je ?" et aspirer ardemment
à réaliser son être authentique, au-delà
du soi égotique.
Par cette pratique, vous pouvez commencer à faire lexpérience
de votre nature véritable, et quand vous le faites, votre
plus grand désir est que les autres arrivent à la
même compréhension. Parce que vous savez que non seulement
cette compréhension nous montre qui nous sommes vraiment,
mais de plus, quelle nous libère de nous mêmes.
Avoir une telle pratique est, me semble-t-il, dune importance
extrême. Nous souhaitons tous la paix, nous avons tous le
désir ardent de nous sentir bien, dêtre un bon
être humain, davoir un cur chaleureux et dêtre
bienveillants. Mais souvent nous ne savons pas comment y arriver.
Trop de choses occupent notre esprit, notre cur semble fermé
en permanence. Nous ne sommes pas libres, et plongés dans
toute cette confusion, cette douleur et cette souffrance, nous pouvons
facilement perdre espoir et sombrer dans la détresse.
Cependant, quand nous entendons la sagesse et la compassion présentes
dans ces enseignements et que nous comprenons quelles commencent
à ouvrir lil de la sagesse, à ouvrir notre
cur et notre esprit à notre véritable nature
et à la nature de toutes choses, nous sommes emplis de joie,
dinspiration et despoir.
Par la pratique, nous pourrions avoir une petite expérience
de cette paix, mais sans pouvoir y demeurer continuellement. Nous
retombons dans nos habitudes et nos schémas de pensée
ordinaires qui étaient prêts à ressurgir.
Cest le moment dêtre plus vigilant que jamais,
de nous rappeler constamment que cet esprit est comme un cristal,
il est clair et pur. Tout comme un cristal prend la couleur du support
sur lequel on le place, lesprit s identifie avec tout ce qui
loccupe, Si nous le laissons faire. Lesprit lui-même
est complètement ouvert, il est au-delà du choix,
de la dualité. Il peut tout aussi bien être bon que
mauvais.
Comme la dit le Bouddha , " avec nos pensées
nous créons le monde ". Nous sommes les artisans de
notre monde, quil soit source de plaisir ou de souffrance
: un monde de phénomènes karmiques, façonné
par nos pensées et nos actes.
Cependant, une fois que vous avez goûté un tant soit
peu à cette paix, que vous avez eu cet aperçu, vous
voudrez prendre la ferme résolution de ne pas retomber dans
vos habitudes.
Dans la pratique bouddhiste de confession, où lon
reconnaît et purifie la négativité et les actes
erronés , on parle des "quatre pouvoirs " :
le pouvoir de la présence, cest-à-dire la
présence des bouddhas ;
le pouvoir du regret, celui que nous éprouvons à lidée
davoir causé du tort ;
le pouvoir de la résolution, qui est lengagement à
ne plus jamais le refaire ;
et le pouvoir de la méthode qui est la pratique, quelle quelle
soit, que nous faisons pour purifier la négativité.
En fait, dans la pratique du Dzogchen, nous confessons toute notre
négativité dans le Dharmadatou, lespace qui
pénètre tout de la nature de lesprit. Toutes
nos pensées négatives sont purifiées dans la
pureté de notre nature inhérente et leur obscurité
est dissipée par cette clarté. En nous confessant,
nous prenons la résolution de ne plus retomber dans lobscurité
de la négativité et de garder notre cur et notre
esprit purs.
À présent, nous comprenons mieux que jamais que
"Nous sommes ce que nous pensons".
Tout ce qui sélève, sélève
de nos pensées.
Avec nos pensées, nous créons le monde.
Parlez ou agissez avec un esprit impur et la souffrance sensuivra.
Parlez ou agissez avec un esprit pur et le bonheur sensuivra..."
Cependant, quand vous parvenez par la méditation à
létat de bonté de la nature de lesprit,
tout ce que vous dites est bonté, tout ce que vous voyez
est bonté, tout ce que vous touchez est bonté, parce
que vous êtes la bonté même. Vous êtes
naturellement pur, et ceci ne peut que se manifester à travers
tout ce que vous faites, pensez ou dites.
Quand je pense à Jamyang Khyentsé Chôkyi Lodrô,
à Dudjom Rinpoché, à Dilgo Khyentsé
Rinpoché et à tous les grands maîtres, je me
demande : " Comment peuvent-ils être ainsi ? Comment
est-ce possible que, quoi quils fassent, ce soit toujours
un bienfait pour les êtres ? "
La réponse est : parce quils demeurent dans cet état
de bonté. Cest ainsi quils nous inspirent et
nous redonnent espoir.
Quand les gens ordinaires comme nous voient Sa Sainteté
le Dalai -Lama, ils reprennent espoir en lhumanité.
Réaliser quil existe un être humain aussi bon
nous inspire car nous comprenons que nous aussi, nous pouvons devenir
un être humain vraiment bon, comme lui.
Les grands pratiquants, hommes ou femmes, personnifient cette bonté.
Tout ce quils font est bénéfique car ils demeurent
continuellement dans cet état, grâce à la discipline
qui consiste à maintenir la pureté de lesprit.
ils ne sont jamais pervertis. Toujours purs, ils agissent mûs
par cette bonté, et ils y demeurent fermement.
Parfois, on se sent vraiment en contact avec soi-même, avec
les autres et avec tout lunivers et lon fait lexpérience
dune profonde paix intérieure. Quiconque a la chance
davoir une petite expérience de cette paix intérieure
devrait prendre sur le champ la résolution de la maintenir,
non seulement pour son propre bien, mais aussi pour le bien du monde
entier.
Quand vous êtes dans cet état, ce qui est extraordinaire,
cest que même si vous ne faites pas grand-chose, votre
être même est un bienfait pour autrui. Et ce, aussi
longtemps que vous préserverez la bonté, la pureté
dans votre esprit et votre cur, dans votre motivation et dans
votre être.
Et Si nous souhaitons donner à nos actions un pouvoir spécial,
nous pouvons invoquer la bénédiction de tous les bouddhas
et de tous les maîtres. Il est dit que dès que nous
les invoquons, les bouddhas sont là, cest une de leurs
qualités. Parfois, vous pourriez vous dire :
" Pourquoi les bouddhas maccorderaient-ils du temps,
je ne le mérite pas !
Le Bouddha la dit lui-même : " Quiconque pense
à moi se trouve en ma présence. " Et Padmasambhava
a fait cette promesse : " Je ne suis jamais éloigné
de ceux que la foi anime, ni même de ceux qui en sont dépourvus.
" Telle est la compassion des bouddhas.
Que nous soyons bons ou mauvais en apparence, nous pouvons recevoir
leurs bénédictions. Tout ce que nous pouvons être
est seulement passager ; toutes nos illusions peuvent être
purifiées parce que notre nature fondamentale est bonté.
Les nuages peuvent assombrir le ciel, mais il nous suffit simplement
de les dépasser pour réaliser lexistence dun
ciel infini qui na jamais été touché
par les nuages.
Dans le Dzogchen, on utilise souvent lexemple du miroir.
Notre nature véritable est semblable au miroir : il reflète
toutes sortes de choses, mais, et cest cela qui est merveilleux,
les reflets ne souillent jamais le miroir. Quelle que soit notre
façon dêtre, notre vraie nature reste pure et
immaculée.
Il est dit que nous avons tous la nature de bouddha, et cest
la vérité. Les bouddhas eux-mêmes ne peuvent
la rendre meilleure, et nous, les êtres sensibles, avec toute
notre confusion et notre négativité, ne pouvons la
corrompre. Cela signifie que rien ne peut la toucher ; elle est
immuable ; elle est incréée ; elle est notre nature
véritable, elle ne peut être ni souillée ni
amoindrie. Cest la bonté immuable.
Le texte "La grande paix naturelle" est de Sogyal Rinpoché et nous
été proposé par Nicolas.
Nicolas nous propose également son travail de synthèse
sur le Bardo Thödol... http://users.skynet.be/okko/bardo/bardo-theudreul.htm