Si le mort n'obtient pas la vue pénétrante et ne reconnaît pas la clarté de la lumière fondamentale qui est sa nature profonde véritable, ses illusions se font de plus en plus intenses. Il ressent alors une peur existentielle. II se sent privé de son corps, poursuivi, pourchassé, la proie du froid et de la tempête, il cherche un refuge et ne trouve que la matrice.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L'enseignement sur le Bardo Thodol est donné dans les monastères jusqu'à quatre fois par semaine. Il offre donc un contact continu avec le processus de la mort visant à ce que la notion d'impermanence devienne une expérience concrète et vécue. Comme une expérience permanente de l'au-delà.

 

Le Bardo d'en bas

La plupart des morts continuent longtemps à errer, de ci, de là, à la recherche du corps qui leur manque. Souvent, ils essaient de rentrer dans leur propre cadavre, bien que celui-ci soit déjà en cours de dissolution. La souffrance des errants est grande, à ce moment, à cause de leur impuissance à s'évader des étages inférieurs du Bardo.

" ...Noble fils, á ce moment-lá, tu t'arrêteras prés des ponts, des temples, des couvents, des cabanes et des huttes. Mais tu ne pourras pas y demeurer longtemps parce que ton esprit, n'ayant plus de corps ne peut se stabiliser nulle part. Tu te sens tourmenté, aigri et traqué. Tu grelottes. Ton esprit est éparpillé, chancelant et diffus. Tu n'auras alors qu'une seule pensée : " Je suis mort, que puis-je faire ? " Avec cette pensée, ton coeur devient vide et froid. Tu es rempli d'une tristesse intérieure sans borne. Ne t'attache pas á un endroit puisque tu dois errer. N'entreprends rien, laisse ton esprit demeurer dans son état naturel. Voila le moment ohm tu n'auras á manger que ce qui te sera consacré par sacrifice et oú tu ne pourras plus compter sur tes amis. Ce sont les signes que tu dois errer dans l'état intermédiaire du devenir. La joie et les tourments dépendront de ton karma. En te promenant dans ton propre pays, voyant tes voisins et même ton cadavre, tu penseras douloureusement : " Me voila donc mort! " Ton corps mental perd alors son assurance et tu te dis : " Oh ! que ne donnerais-je pas pour avoir n'importe quel corps? " Et tu te mettras á chercher un corps de toutes parts. Même si tu essayais d'entrer par neuf fois dans ton cadavre, celui-ci sera gelé si c'est l'hiver, ou décomposé si c'est l'été, ou encore ta famille l'aura brûlé ou mis en terre, ou alors les oiseaux et les rapaces l'auront dépecé, de sorte que tu ne trouveras rien á réintégrer parce que le temps s'est longuement écoulé depuis que tu erres dans le bardo de la Vérité en Soi. Voila pourquoi tu es si malheureux et que tu cherches á t'engouffrer dans les crevasses et les rochers. C'est la souffrance de l'état intermédiaire du devenir. Aussi longtemps que tu seras á la recherche d'un corps, tu ne connaîtras que la souffrance. N'en fais donc rien et au lieu d'aspirer á retrouver un corps, demeure sans distraction dans le non-agir.... "

Si le le mort réussit à demeurer dans le vide de la plénitude de la lumière sans objet, il aura atteint la libération définitive, sera libéré des incarnations futures et accèdera ainsi au Nirvana.


Le Nirvana : lumière originelle
Si le mort fut un être pieux, instruit dans la connaissance du Bardo Thödol par un gourou ou par quiconque lui aura prodigué le " saint enseignement ", il aura de grandes chances de connaître une bonne et rapide réincarnation ; peut-être atteindra-t-il l'un des premiers degrés de la divinisation dans le monde déva, voire accédera-t-il, très exceptionnellement, au Nirvana.
Son principe conscient y connaîtra alors la libération du cycle mort/naissance et, fusionnant avec le Bouddha, il se mêlera au flux des consciences déjà parvenues là depuis des temps immémoriaux. Il perdra définitivement son identité propre ; une identité qui, de fait, n'était qu'illusion.

 

Si la libération ne peut être obtenue à ce moment-là, le mort est rapidement entraîné vers « les Portes de la Matrice » en vue d'une renaissance.

La profonde aspiration á posséder de nouveau un corps est si forte en lui que le corps mental croit déjà avoir un corps physique, au point qu'il sait déjà et ressent la constitution qu'il aura.

Le jugement :
C'est dans ces conditions que le Jugement se produit. Le Bon Génie compte les bonnes actions avec des cailloux blancs ; le Mauvais Génie compte les mauvaises actions avec des cailloux noirs. Le Seigneur de la Mort consulte le miroir du karma, où tout se réfléchit avec exactitude. Puis le coupable est livré aux chiens dévorants de ses remords et aux spectres de son imagination.
Pourtant, le Bardo Thodol offre, même à ce moment, comme à tout autre stade du Bardo, la possibilité de l'Illumination Parfaite. Mais combien peu ont la foi vive et sont dignes de l'obtenir.

" ...Noble fils écoute! Tu dois supporter ces souffrances car elles sont le fruit de tes propres actes, Prie les Trois Rares et Sublimes qui te protégeront. Et si tu ne sais pas prier de cette manière, si tu ne sais pas méditer sur le Grand Symbole, et si tu ne te concentres pas sur ton Yi-dam divin, tu verras ton bon génie , né simultanément avec toi, compter tes actes bénéfiques avec des cailloux blancs, et simultanément viendra ton mauvais génie qui comptera avec des cailloux noirs tous tes actes nuisibles. Tu éprouveras une grande peur, une angoisse et un dégoût qui te feront trembler et mentir, disant : " Je n'ai rien fait de mal. " Alors (le dieu de la mort) Yama dira : " Je vais consulter le miroir de tes actes " et, regardant le miroir, le bien et le mal apparaîtront clairement et distinctement. l'on mensonge sera absurde! Alors, Yama attachera une corde á ton cou et te traînera. Il te tranchera la gorge, .... "



Le Samsara ou la réincarnation

Un nouveau cycle, une nouvelle espérance commence. Le mort accéde à l'un des six mondes du Samsara. Selon les vertus de son karma il sera, par ordre décroissant dans la cosmogonie du bouddhisme tantrique :

_ divinité céleste dans le monde Déva ;
_ être titanesque dans le monde Asura ;
_ homme dans le monde Nara ou monde humain ;
_ animal dans le monde Trisan ou monde brute ;
_ esprit malheureux dans le monde Preta ;

_ esprit banni dans le monde des enfers.

" .... Noble fils, si tu as été incapable de comprendre ce qui précédemment a été mis devant tes yeux, il s'ensuivra que le corps de ta vie précédente s'effacera de plus en plus au profit de celui de ta vie future. Tu en seras profondément attristé et tu penseras : " Quel que soit le corps que je puisse avoir, je vais tenter d'en chercher un puisque je souffre tant ." Et, d'allées en venues, tu te précipites vers tout ce qui se présente. Alors luiront sur toi les six lumières des six règnes d'existence. La lumière la plus intense brillera là oú tes actions passées te feront renaître. Noble fils, écoute! Que sont donc ces six lumières? La terne lueur blanche des dieux, la lueur rouge des Titans, la lueur bleue des hommes, la lueur verte des animaux, la lueur jaune des esprits avides et la lueur gris fumée du monde des enfers. Ces six lueurs t'apparaîtront et ton corps prendra la couleur de la lueur oú tu devras renaître. Noble fils, comme il s'agit ici maintenant des instructions clefs, médite sur cette lueur quelle qu'elle soit, comme si elle était le Seigneur de Grande Compassion. Au moment oú cette lueur t'apparaît, médite en pensant : " C'est le Seigneur de Grande Compassion. " Ceci est d'une extrême importance et d'une profonde signification, puisque c'est le moyen d'éviter une renaissance. Médite longuement sur ton Yi-dam divin. Tel un mirage, il apparaît, mais il n'a pas de nature propre. C'est ce qu'on appelle le Pur Corps Illusoire . Alors ce Yi-dam s'évanouit progressivement de ses contours vers l'intérieur. Demeure sans rien saisir dans l'union de la vacuité et de la lucidité qui ne consiste en rien. Puis médite á nouveau sur ton Yi-dam, puis sur la claire lumière, en méditant ainsi alternativement. Après cela, ta connaissance s'étant évanouie de ses confins vers l'intérieur, partout oú il y a de l'espace, il y a de l'esprit, partout oú il y a l'esprit, il y a le corps de vacuité.... "

" O noble fils, défunt un tel, écoute ! Bien que, tout á l'heure, je t'aie donné l'enseignement de la vue pénétrante, tu ne l'as pas compris. Maintenant si tu ne parviens pas á fermer la porte de la matrice, ce sera véritablement le moment de reprendre un nouveau corps. C'est pourquoi il existe plus d'un enseignement pour choisir une porte de la matrice. Rappelle-toi, ne sois pas distrait, écoute et concentre-toi avec toute ton énergie et retiens cela. Noble fils, reconnais donc que maintenant t'apparaissent les signes et les caractéristiques du monde oú tu naîtras. Distingue donc le lieu oú tu naîtras et choisis avec soin le monde! Si tu dois naître dans le monde oriental de Purvavideha , tu verras un lac avec un couple de cygnes. N'y va pas mais souviens-toi que tu dois faire demi-tour. Car si tu nais là-bas, tu seras comblé en abondance de joie et de bonheur mais comme le Dharma n'est pas répandu, n'y va pas. Si tu dois naître dans le monde du sud, de Jambudvipa , tu verras des palais magnifiques. Si tu dois entrer dans un nouvel état d'existence, alors entre là. Si tu dois naître dans le monde occidental de Aparagodaniya , tu verras un lac avec une jument et un étalon. N'y va pas, détourne-toi ! C'est également un continent oú règne, il est vrai, un grand bien-être, mais le Dharma n'y est pas répandu, n'y entre pas. Si tu dois naître dans le monde septentrional de Uttarakuru , tu verras un lac avec des bœufs ou un lac agrémenté de forêts. Reconnais que ce sont les signes du pays oú tu vas naître. Mais n'y entre pas. Bien que la vie y soit longue et que la prospérité y règne, le Dharma n'y est pas répandu, n'y entre donc pas. Si tu dois naître comme dieu, tu verras des temples ravissants érigés en pierres précieuses de toutes sortes. Si cela t'est possible, entres-y ! Si tu dois naître en tant que titan, tu verras un bosquet délicieux tournoyant comme une roue de feu. N'entre là en aucun cas.

 

« Illusion » et « Illumination »

L'enseignement sur lequel est basé le Bardo Thodol peut se ramener à ce qui suit : En réalité, il n'y a pas de lieux, pas d'êtres, pas de choses, mais l'illusion que tout cela existe. Tant que persistera cette illusion, il y aura la souffrance et la mort.
L'existence après la mort n'a pas plus de réalité que l'existence avant la mort. L'une et l'autre sont des résultantes karmiques de nos illusions précédentes, c'est-à-dire agréables pour celui qui pense et agit « bon », désagréables pour celui qui pense et agit « mauvais ».
Aussi longtemps que persiste le désir des objets de la Forme, l'Illumination ne peut être obtenue.
Dès lors, une renaissance s'impose jusqu'à ce que l'homme se soit libéré de l'Illusion.
Le but est le Nirvana, qui est la réalité, c'est-à-dire la fin de la sensation, donc de la mort et de la renaissance.

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