Dans
le Chonyid Bardo, en présence des divinités secourables puis des
divinités terribles, expressions du contenu de son propre karma,
il lui sera encore possible de s'échapper, s'il a confiance dans
la compassion des bouddhas et des bodhisattvas. S'il ne le fait
pas, il tombera dans le Sidya Bardo, qui, commençant le quatorzième
jour après le décès, est la phase la plus périlleuse, celle de
la recherche d'une nouvelle naissance, afin d'échapper aux visions
terrifiantes qui l'assailliront. Toutefois, jusqu'au terme du
Bardo, l'âme du défunt aura été assistée à chaque étape par les
mises en garde du prêtre chargé de la récitation.
.
Si la peur et le dégoùt le repoussent
á cause des penchants troubles qui continuent de l'entraîner,
malgré l'aide qu'il a reçue pour obtenir la vue pénétrante, il
ne peut reconnaître l'apparition de son divin Yi-dam et le prend
pour un démon de la mort. Le onzième jour apparaissent les divins
buveurs de sang de l'ordre de Padma pour l'accueillir. C'est pourquoi
une fois encore, il faut l'aider á obtenir la vue pénétrante..
On appelle le mort par son nom, en disant :
|
Le
Chönyid Bardo
ou expérience de l'incertitude de la réalité
(la conscience du défunt tente de faire la part des "
hallucinations " et de la réalité)
Le Bardo Thodol n'est d'aucune utilité pour les saints. Les hommes
évolués spirituellement demeurent dans les régions hautes.Le Bardo
Thodo est surtout destiné aux individus ordinaires pour les aider
à subir les angoisses et les incertitudes du Bardo d'en bas.
Les désirs de la conscience vont
se manifester au mort en prenant « corps » sous forme d'hallucinations
répétées qui tentent d'accaparer son esprit. Le bardo lui enseigne
à ne pas se laisser capter par ces apparitions fantastiques, terrifiantes,
qui prennent l'aspect de démons. L'art tantrique tibétain a représenté
ces phénomènes hallucinatoires comme autant de divinités aux symboles
bien précis. On les appelle Makalat. Elles apparaissent grimaçantes,
encombrées de tout un arsenal de crânes, de crocs, crochets, coutelas,
poignards, bâtons, lances, etc., qui les rendent agressives. Mais
il ne faut pas s'y tromper. Cet aspect terrifiant signifie seulement
qu'elles sont là pour tuer la peur, non pour la susciter. En fait,
ces apparitions ne sont que des projections nées de la conscience
même du mort. Elles n'ont de réalité qu'en son esprit. Il convient
de les reconnaître pour s'en libérer sans crainte, comme n'étant
qu'une émanation de l'ego. Tous les poisons, les émotions confuses
ressenties dans la vie vont ainsi resurgir.
Après sept jours de nouveaux efforts pour détecter
la nature de ces images célestes, les dieux apparaissent
sous leurs formes terrifiantes et les images s'obscurcissent.
Vision des divinités
paisibles - Vairocana
" ... Accompagnant cette lumière, une pâle lueur du monde
des dieux, blanchâtre et terne te frappera. A cause de ton mauvais
karma, tu chercheras, á ce moment-lá, á fuir la lumière bleu clair,
éclatante, qui est la sagesse de la sphère de tout objet de connaissance.
Tu ressentiras la peur et l'angoisse. Par contre, la terne lueur
du monde des dieux t'attirera agréablement... A ce moment-lá, tu
ne dois pas avoir peur de la lumière bleu clair éclatante et transparente
; c'est la lumière de la sagesse suprême. Ne crains rien! On l'appelle
la lumière du Tathagata , elle est la lumière fondamentale de la
sphère de tout objet de connaissance. Mets ta foi en elle, abandonne-toi
en elle, pense qu'elle est la lumière de la compassion de Baghavan
Vairocana ! Supplie-la! Le Baghavan Vairocana est venu te tirer
des passages difficiles de l'état intermédiaire. C'est la lumière
de la compassion de Vairocana. N'aspire pas á la lueur du monde
des dieux, blanchâtre et terne, n'y aspire pas, ne la désire pas,
ne t'y attache pas! Si tu t'y attaches, tu erreras dans les états
divins, tournant dans les six états d'existence. Cette lueur blanchâtre
étant un obstacle á la voie de la libération, ne tourne donc pas
ton regard vers elle, regarde la lumière bleu clair, brillante,
appelle-la et, plein d'aspiration envers Vairocana, adresse avec
ferveur cette prière que tu répéteras après moi : " Hélas! maintenant
que j'erre á cause de mon profond aveuglement dans le cycle des
existences, que sur le chemin de lumière qui fait apparaître la
sagesse de la sphère de tout objet de connaissance, le Baghavan
Vairocana me guide en avant! Que sa sublime parédre Akasadhatesvari
(souveraine de l'espace céleste) me pousse par-derrière. Libérez-moi
du chemin périlleux des peurs de l'état intermédiaire et conduisez-moi
á la bouddhéité parfaite.... "
Vision des divinités courroucées
- vision de Padma-Heruka
" ...Noble fils, écoute sans distraction! Le onzième jour t'apparaît
le très haut Padma-Heruka de l'ordre Padma des divins buveurs de
sang. Sa peau est de couleur rouge sombre, il a trois têtes, six
bras, quatre jambes écartées. La tête de droite est blanche, la
gauche bleue, celle du milieu rouge foncé! De ses six mains la première
á droite tient un lotus, celle du milieu un sceptre et la dernière
une massue. La première á gauche une cloche, celle du milieu un
crâne empli de sang et la dernière un petit tambour. La mére-divine
Padma-Krodhesvari enlace son corps, de la main droite entoure son
cou et de la gauche porte á sa bouche un crâne empli de sang. Le
divin-père uni bouche á bouche avec la mére-divine sort du côté
ouest de ton cerveau et t'apparaît. N'aie donc pas peur, ne crains
rien. Ne t'en défends pas! Souviens-toi, reconnais-le comme le corps
même de ton esprit puisqu'il est ton divin Yi-dam, ne le crains
pas, n'aie pas peur! En vérité il est Amitabha le très haut uni
â la mére-divine. Vénère-les avec dévotion. Si tu le reconnais vraiment,
tu atteindras á l'instant même la libération ! " A ces mots, le
mort reconnaîtra son Yi-dam divin, se fondra en lui et deviendra
Bouddha.
|