|
Au Japon, la religion tisse une riche tapisserie de traditions
et de croyances, qui n'a fait que s'étendre depuis plus de deux
mille ans. En général, les japonais ne choisissent pas entre leurs
religions mais, comme les Chinois, en observent plusieurs suivant
les occasions et les buts poursuivis. Tous partagent toutefois le
sens du sacré insufflé par la nature, le respect des ancêtres associé
à un lien familial fort, le goût des fêtes et des cultes locaux,
enfin la conscience d'un rapport étroit entre la religion et l'unité
nationale.
Au Japon, dans la
religion traditionnelle du Shintoïsme, les esprits défunts ou kamis
sont l'objet d'un culte quand ils ont accédé au rang de divinité,
de par leur importance. Mais déjà « les kamis de la famille, du
clan, du village et de la nation (esprits des ancêtres de l'Empereur)
peuplent le ciel, les arbres, les pierres (nature), les outils aratoires,
les instruments de cuisine (culture). Ils président aux joies et
aux peines de leurs successeurs. Ils les récompensent et les châtient
éventuellement. En revanche, ils ont besoin des hommes qui facilitent
leur existence (offrande d'une épée aux guerriers, d'un miroir aux
femmes) »'. Ils représentent le lien entre la divinité et l'homme,
entre l'au-delà et l'ici-bas.
Quand le développement de la culture du riz stratifia la société
japonaise, entre le III' siècle avant J.-C. et le IIl' siècle de
notre ère, on rajouta au panthéon des kami les esprits des chefs
puissants et des glorieux ancêtres. A cette époque,
il semble que les Japonais pensaient que les kami s'offensaient
de la souillure que représentaient la mort, les blessures qui saignent,
la menstruation et l'enfantement. Il s'ensuivit l'apparition de
nombreux rites de purification destinés à apaiser les kami et à
gagner leur protection contre la sécheresse, les inondations, les
tremblements de terre, les épidémies et autres catastrophes naturelles.
|
|
Le culte des kami se développa au Japon aux VI,
VII et VIIIe siècles, en réponse à la menace que faisait peser sur
lui la civilisation plus avancée de son géant voisin, la Chine.
C'est ainsi qu'apparut le mythe qui faisait de l'empereur du Japon
le descendant du très haut kami du Soleil, la « majestueuse personne
divine éclairante » Amaterasu. Garante de leur légitimité, cette
prestigieuse filiation serait désormais revendiquée par tous les
souverains à venir de la dynastie unique du Japon (la plus ancienne
famille régnante du monde).
Les emblèmes du pouvoir adoptés par la maison impériale ne sont
autres que les trois symboles de la religion shintoïste : le miroir,
le sabre, les bijoux. L'identité culturelle et le statut social
dont s'était doté le shintoïsme lui permirent de survivre à la cohabitation,
sur sa terre natale, avec le confucianisme et le taoïsme, de même
qu'à l'invasion du bouddhisme.
|
| Le bouddhisme au pays du
shintoo |
Le bouddhisme qui fut officiellement présenté en 552 au souverain
du Yamato (ancien nom du Japon) était celui du Mahayana, le Grand
Véhicule (pages 162-163). Il divisa d'abord la cour entre ceux qui
voyaient en lui le parti de l'étranger et ceux qui, ouverts aux
bienfaits de la civilisation continentale, étaient sensibles à l'esprit
universel de cette religion venue de l'Inde lointaine. Ces derniers
l'emportant, le bouddhisme gagna droit de cité au pays du shinto.
Ses préoccupations essentielles - l'illumination, la réincarnation,
la spiritualité, l'ascèse - étaient moins un obstacle qu'un apport
au shintoïsme, qui manquait d'une morale, d'une doctrine de l'âme
et d'une eschatologie.
|
|
En tant que «religion de ce monde», le shintoïsme accorde une importance
particulière aux rites de la naissance et du mariage. Mais si eile
n'est pas au centre de la sensibilité shintoïste, la vie future
n'en est pas pour autant absente. Les premiers Japonais déroutent
même par la profusion de leurs visions de l'au-delà. Certains concevaient
un royaume infernal, sinistre et terrifiant, le Vomi («les ténèbres»),
où se retrouvaient les trépassés, à l'exception de ceux que leur
pouvoir sur terre avait fait entrer au panthéon des kami. D'autres
imaginaient le séjour des âmes comme un pays de cocagne, une terre
de vie éternelle, Toko-yo-no-kuni, qu'ils plaçaient par-delà les
mers (d'aucuns disaient sous la mer). Ces conceptions furent sinon
abandonnées, du moins supplantées par la croyance en un au-delà
moins lointain, souvent situé sur les montagnes. Mais qu'elle prélude
à l'horreur ou au bonheur éternels, la mort était toujours vécue
comme une souillure, sans rapport aucun avec un quelconque châtiment
ou une éventuelle récompense. En d'autres termes, le shintoïsme
ne liait pas la vie future au comportement éthique qu'on avait eu
pendant cette vie terrestre.
Cette antique approche de l'au-delà (ultérieurement mise en forme
par le bouddhisme chinois) durera jusqu'à la moitié du XIXe siècle.
Apparut alors une lecture des mythes shintoïstes à la lumière de
la théologie catholique prônée par les jésuites. De ce syncrétisme
sortit la notion que, à la mort, les âmes vont toutes dans un royaume
invisible où les attend le jugement d'un kami - jugement qui les
envoie en Enfer ou au Paradis.
©
          
Tous droits réservés,
Outre-vie.com, Mars 2003.
Commentaires et suggestions à xourim@outre-vie.com
Conception
et design
|
|