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Insolite
A Cassadaga, aux Etat-unis, un trou perdu,
squatté par une population de près de 600 médiums qui
officient .
A deux pas de Boston, les sept cents
sorcières de Salem sont toutes membres de la ligue
des sorcièreset défendent « la dignité
et les droits civiques des six millions de sorcières,
païennes et panthéistes du monde entier ».
A Cassadaga,
aux Etat-unis, un trou perdu, squatté par une population près
de 600 officient :
Tout a commencé en 1875, lorsqu'un certain George P. Colby
débarqua à Cassa-daga pour y créer un centre spirituel. Ce philosophe
venu de New York ne se contenta pas d'exercer, il fit des émules.
Trois générations d'habitants héritèrent de ses dons de prophétie.
Résultat, ce petit village insoupçonné vit aujourd'hui au rythme
époustouflant des shows médiumniques, séminaires, séances de
réflexions et même voyages spirites. Des spécialités qui attirent
de plus en plus d'Américains. Soixante-sept pour cent d'entre
eux reconnaissent avoir des expériences paranormales (relations
avec les esprits) et se veulent adeptes du mouvement New Age
: une harmonie sociale ou personnelle exceptionnelle, à un moment
où l'humanité entre dans un âge nouveau (l'ère du Verseau).
En clair, qu'il s'agit d'un mélange de philosophie, de techniques
de pointe et de sciences occultes qui permet l'accès à une superconscience,
à un « soi » supérieur. Les médiums de Cassadaga, qui jusqu'à
présent vivotaient, ont bien reçu le message. Ils font un tabac
! Intermédiaires entre l'au-delà et les terriens, ils n'hésitent
pas à entrer dans des transes profondes pour nous délivrer leur
message de base : « Vous avez toute la connaissance en vous.
» Prix de la consultation : entre 20 et 600 dollars suivant
les cas à traiter et la notoriété du channel (médium).
A l'église, les horaires des messes ont fait place aux activités
spirituelles des mois à venir : Nuit des médiums ; séminaire
ésotérique Alpha ; service aux chandelles.
Des « tables tournantes » numérotées, installées derrière
des paravents, attendent les séances collectives pour la communication
avec les esprits. Sur un banc, une pile de livrets du « Spiritualisme
en cinq leçons » par Peggy Bames... Le week-end, les petits
pavillons des médiums sont pleins à craquer de clients excités.
L'unique bar glauque du village ne désemplit pas. Le même que
dans le film « Bagdad Café » : deux pompes à essence, un juke-box,
un billard et trois tables en formica. La première fois, il
vaut mieux boire un coup avant d'affronter Joe Grosby, « guide,
conseiller et lecteur psychique ». « Le danger de cette expérience,
souligne Joe, c'est que le patient tombe dans le fanatisme ou
la dépendance. Il n'agira plus sans consulter au préalable son
esprit-guide. » A voir le nombre de consultants qui défilent
dans l'antichambre, Joe a plutôt misé sur la dépendance. Son
esprit-guide est le roi de Cassadaga-City ! Bien sûr, on a le
choix entre les cinq cent quatre-vingt-dix-neuf autres médiums
de la ville. Tous aussi folkloriques les uns que les autres
et plus ou moins spécialisés dans la télépathie, la vision...
Deux jours suffisent pour se « ressourcer ». Un excellent point
d'ancrage : le Cassadaga Hôtel. Le dépliant sépia ne ment pas.
Cette magnifique demeure en bois date bien de 1927. Ses vérandas,
ses roc-king-chairs en acajou, ses ventilateurs géants, son
ambiance « tropicale » - tout y est. Il ne manque plus qu'Humphrey
Bogart, accoudé au bar, dans le petit salon. En tout cas, on
est aux premières loges pour voir défiler l'Amérique branchée
et hyperréaliste : les vieilles dames avec des diamants sur
leurs lunettes Etat-unis en 1990.
Les sorcières de Salem

Etats-Unis, à deux pas de Boston, les sorcières
étaient reines ? Elles sont sept cents à Salem,
toutes membres de la ligue des sorcières défendant
« la dignité et les droits civiques des six millions
de sorcières, païennes et panthéistes du
monde entier ».
Laurie Cabot, cinquante-cinq ans, a reçu en 1978 son
titre de « Sorcière officielle de Salem »
des mains de Michael Dukakis, gouverneur du Massachusetts. Du
folklore ? Un attrape-touristes ? En tout cas, on vient consulter
Laurie de partout. Ses philtres d'amour sont très réputés,
elle retrouve les objets perdus, aide la police, soigne les
malades, et puis, elle a un look d'enfer...
L"insigne
de la police
de Salem représente
une sorcière volant
sur son balai.
Ici, les habitants ont pris soin de conserver les maisons anciennes.
Fondé le 24 juillet 1626, Salem - nom qui signifie shalom,
c'est-à-dire « paix » en hébreu -
porte décidément mal son nom. Ce fut surtout la
capitale de l'intolérance religieuse, puisque, en 1692,
les puritains commencent à accuser des femmes de leur
apparaître sous forme de spectres, c'est-à-dire
de sorcières. C'est la « spectral évidence
» , la preuve par le spectre. Pour se défendre,
elles doivent... prouver que l'accusation est fausse ! C'est
ainsi que dix-neuf malheureuses sont jugées et condamnées
à mort par pendaison. Jusqu'à ce qu'un juge étranger
à la ville demande qu'une autre preuve soit apportée...
et sauve les deux cents femmes emprisonnées dans l'attente
de leur jugement !
Pensez-vous que les sorcières aient fui la ville pour
si peu ? Bien au contraire ! Aujourd'hui, on en dénombre
pas moins de sept cents à Salem, selon les sorcières
elles-mêmes, pour une population d'à peine 40 000
habitants. Et que font-elles ? Plutôt que de s'adonner
au mal et de chevaucher leur balai, elles préfèrent
se réunir bien gentiment sous l'égide de la Ligue
anti-diffamation des sorcières. Dignes femmes au foyer,
informaticiennes ou secrétaires dans les entreprises
de pointe de la périphérie de Boston, elles s'adonnent
à la sorcellerie à leurs heures perdues, comme
d'autres au point de croix. Leur organisation, qui se glorifie
de six millions d'adhérentes en Amérique du Nord,
avoue diriger dix branches à travers le monde. Une internationale
des sorcières, en quelque sorte.
À sa tête, Mme Laurie Cabot, la cinquantaine, Grande
Sorcière officielle de Salem, fondatrice de la Ligue
et nommée par le gouverneur de l'État, Michael
Dukakis lui-même. Lorsqu'on désire la rencontrer,
il faut déposer sa demande auprès de son agent
à New York, comme pour n'importe quelle star du show-business.
Une démarche d'autant plus frustrante que cet agent vous
répond qu'elle est débordée de travail
pour les six mois à venir. Entre les consultations personnelles,
les séminaires et les cours à l'université,
elle n'a pas une minute à elle.
Il faut donc s'armer de courage et tirer la chevillette de
sa chaumière de Daniel Street, qui date de 1783. Laurie
Cabot ouvre elle-même la porte. Vêtue d'une ample
robe noire, les cheveux ébouriffés et le teint
cadavérique de circonstance, elle a un look d'enfer.
Elle est très occupée, mais elle veut bien parler
le temps qu'il faudra de la sorcellerie. Et d'elle. Elle jure
d'emblée ses grands diables qu'elle n'a rien à
voir avec Satan. Elle se déguise, c'est vrai, mais pour
bien montrer à tous ses voisins qu'ils doivent accepter
les sorcières telles qu'elles sont. C'est aussi cela
qu'elle enseigne dans ses cours. « Je suis connue dans
le monde entier par le bouche à oreille, surtout pour
mes philtres d'amour. On vient parfois d'Australie pour m'écouter
», avoue-t-elle. Elle aide aussi, moyennant finances,
tous ceux qui désirent être compris ou rassurés.
Si être sorcière est un métier, Salem est
sans doute la ville du monde où le balai rapporte le
plus d'argent. Est-il utile de préciser que les affaires
vont bon train ? La sorcellerie est avant tout une gigantesque
entreprise publicitaire et touristique. En un mot, commerciale.
Comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, Laurie
Cabot a placé sa propre fille à la tête
de son magasin de sorcellerie et sa meilleure amie, responsable
des relations publiques à la chambre de commerce de la
ville, se charge de faire sa publicité. D'ailleurs, les
sorcières de Salem sont toutes inscrites au registre
du commerce !
Tous droits réservés, Outre-vie.com,
Mars 2003.
Conception et design
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