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Les drogues hallucinogènes
modifient nos capacités de perception en modifiant notre
fonctionnement cérébral. Ces drogues sont tirées
de plantes toxiques et fréquemment de champignons "
sacrés ", et servent dans les breuvages dinitiation.
Leur usage est très dangereux, pouvant être mortel,
ce qui conduit à linterdiction de certaines consommations.
On est parvenu, en 1943, à synthétiser l'acide
lysergique diétylamine (LSD) élaboré à partir de l'ergonovine, un
alcaloïde contenu entre autres dans le Claviceps purpurea, champignon
qui se fixe sur le seigle et le couvre d'excroissances noires.
Il est frappant de constater que l'absorption de LSD sous contrôle
médical provoque des expériences semblables à celles que décrivaient
les chamans ou les mystiques : voyage, engloutissement cosmique,
visions eschatologiques.
En fait, ces différentes drogues
agissent en supprimant les mécanismes de filtrage du cerveau
qui sont destinés à limiter lafflux des sensations
qui pourraient ne pas permettre un fonctionnement cérébral
efficace pour la défense vitale. La conscience est alors
submergée par une richesse extraordinaire de sensations.
Si les hallucinogènes semblent
ne présenter que peu de danger aux faibles doses, avec absence
daccoutumance et de détérioration mentale ou
physiologique, on ignore leurs effets sur de longues périodes,
en particulier sur le psychisme, contrairement à ceux des
drogues ou de lalcool.
par Françoise Parot, maître de conférence
à l'université René-Descartes (Paris- )
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- " Le Voyage Interdit ",
Evelyne-Sarah Mercier.
L' anthropologue Evelyne-Sarah Mercier, la fondatrice
de IANDS-France a voulu vérifier les effets de l'iboga. Pour
ce faire elle s'est rendue sur place au Gabon où, grâce
à l'intercession d'amis gabonais et français résidents,
elle a pu participer à une initiation Bwiti organisée
par des Fangs, l'ethnie majoritaire. Après avoir mastiqué
et avalé l'écorce broyée de racines d'iboga,
le bois sacré, d'une amertume insupportable, elle a vécu
une profonde expérience d'expansion de la conscience.
- Pourtant, je ne vois personne. Je traverse
comme un avion des mondes inconnus. Mais cette fois, j'en ai
la conviction, il ne s'agit plus d'hallucinations. Ces mondes
sont d'un autre ordre. Je comprends la sensation de " bascule
", de tourbillon, la nature du tunnel et le déplacement
de la conscience dans les différentes réalités.
- Arrivent alors sur moi, dans un " traveling
" qui ne semble pas avoir de fin, des forêts de sapins
verts, bruns et dorés. Des mondes autoluminescents, d'une
beauté de légende. Je survole des espaces bâtis,
totalement incongrus : des villes aux architectures diaphanes,
aériennes, translucides, incomparablement plus belles
que toutes les images de la science-fiction.
- (...) Dans un univers tout blanc, je me vois
courir sur le pourtour de la planète Terre, courir à
bout de souffle, le plus vite et le plus loin possible, éperdument.
Une voix s'élève et me demande : " Où
cours-tu donc si vite ? Ne vois-tu pas que tu cours pour ne
pas te retourner ? Car si tu te retournais, tu sais bien ce
qui se passerait, tu te prendrais Dieu, comme une porte, en
pleine gueule ! " Je vois alors, stylisé comme le
reste, en traits noirs et fins sur le blanc, se dessiner la
forme d'une porte et le mot Dieu s'inscrire au loin, dans le
ciel, derrière elle, en lettres énormes.
- (...) Ce n'est pas qu'à ce niveau de
réalité il n'y a plus rien, puisqu'il y a tout,
mais un tout qui n'a plus rien d'humainement concevable, plus
aucun sentiment humain, plus aucun sens humain. L'énergie
créatrice et son antagoniste, la destructrice, paraissant
se confondre.
- Dès que la conscience d'Evelyne-Sarah
réintègre son corps, l'initiateur chargé
de superviser la cérémonie lui demande quel est
son nkombo. Il s'agit de l'information-clé qu'elle
est censée avoir rapporté de sa visite sur "
l'autre rive ", la preuve formelle de son initiation. Hélas,
elle ne peut lui répondre. Malgré ses efforts pour
retrouver trace du précieux sésame dans sa mémoire,
Evelyne-Sarah ne se souvient d'aucun message précis et
reste muette. L'initiation n'étant effective qu'après
l'énonciation du nkombo, il lui faut donc repartir
à sa recherche et recommencer l'atroce mastication du bois
sacré.
- Après une introspection terriblement éprouvante
le signe apparaît enfin. Mais il est en dialecte fang et
elle n'en saisit pas le sens. Peu importe, l'initiateur d'Evelyne-Sarah
comprend parfaitement ce dialecte, lui, et valide enfin son nkombo
car il a reconnu "la signature de l'invisible ". Pour
la jeune femme la confrontation s'est traduite par une prise de
conscience bouleversante :
- (...) Un coeur d'or massif apparaît.
Et il en sort des sortes de flammes-rubans de couleur blanche
sur lesquelles est écrit mon nkombo en lettres noires.
Un grand calme se fait en moi. Je n'ai plus besoin de chercher.
(...) Une sensation inconnue se manifeste au plexus solaire.
Cela vibre. Une incroyable douceur est là, en moi. Je
peux dialoguer avec elle...
- (...) Je comprends que cette douceur est de
l'amour. De l'amour à l'état pur. J'ai trouvé
la réponse, la seule qui compte. Cette fois, c'est fini,
je suis initiée...
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