La glossolalie devint fréquente après la Réforme, bien que
ni Luther ni Calvin n'y fussent favorables. A la même époque
des événements extraordinaires se produisirent parmi les camisards,
protestants français des Cévennes. En 1685, quand on leur interdit
de pratiquer leur culte et qu'on essaya de leur imposer la foi
catholique, ils se révoltèrent. Trois mille camisards résistèrent
aux soixante mille soldats du roi jusqu'en 1705. La tension
terrible qu'entraînait cette guerre d'embuscades et la crainte
des représailles atroces que leur faisaient subir les soldats
du roi quand ils les faisaient prisonniers donnèrent lieu à
toute une série de phénomènes paranormaux, dont des cas de glossolalie.
Des centaines de « petits prophètes des Cévennes », des enfants
de tout âge, faisaient de longs sermons en excellent français,
langue qui leur était pourtant totalement étrangère.

Ann Lee, confrontée à quatre pasteurs anglicans érudits, leur
parla en plus de soixante-douze langues. Impressionnés par tant
de savoir, ils demandèrent qu'elle soit laissée en paix. Mais
les persécutions continuant, elle émigra en Amérique et fonda
la secte des Shakers.
Danse des Shakers.
Chez
les mormons, le fondateur Joseph Smith (1805-1844), croyait
à la glossolalie et en a fait un article le la foi mormone.
De nos jours, les mormons reconnaissent l'existence de la glossolalie,
mais le lui accordent qu'une valeur spirituelle limitée et n'y
sont guère favorables.
A partir de 1830, pas une année
ne se passa sans qu'un cas de glossolalie ne fûtsignalé
quelque part dans une église chrétienne. En Scandinavie, on
assista à toute une série de comportements hystériques pendant
le culte, dont beaucoup de cas de glossolalie. Vers 1850, l'
église orthodoxe russe connut de nombreux cas de glossolalie.
Dans les dernières décennies du XIXe siècle, les mêmes phénomènes
étaient fréquents dans les mouvements charismatiques, que ce
soit en Caroline du Nord ou en Estonie. Il y en eut aussi beaucoup
dans les campagnes évangéliques conduites par les Américains
Dwight L. Moody et Ira D. Sankey.
Cette vogue mondiale de la glossolalie influença les étudiants
du Bethel Bible Collège, à Topeka, dans le Kansas. Quarante
d'entre-eux décidèrent que « le baptême par le Saint-Esprit
» était « quelque chose qui manquait » à leur expérience religieuse.
Le 31 décembre 1900, leur pasteur, C.F. Parham, se trouva en
présence d'un étudiant qui lui adressa un flot de paroles inintelligibles.
Trente autres cas similaires se produisirent dans les jours
qui suivirent. Ainsi naquit le Pentecôtisme moderne. Les missions
de Parham devinrent très vite populaires. On assista à nombre
de guérisons, de conversions et de cas de glossolalie. Lors
d'une manifestation pentecôtiste organisée par un étudiant de
Parham à Los Angeles, un Anglo-Norvégien, T.B. Barrât, se convertit
et devint « l'apôtre pentecôtiste de l'Europe. Le mouvement
pentecôtiste fit beaucoup parler de lui entre les deux guerres.
En Amérique, Aimée Semple McPherson fonda l'International Church
of the Foursquare Gospel (l'Église internationale du véritable
Évangile. Elle fit construire à Hollywood un temple, dont la
splendeur égalait celle des autres villas de cette capitale
du cinéma. On y représentait des scènes de l'Évangile avec tout
le décor voulu, et la beauté des chœurs d'anges était célèbre...
En Angleterre, de 1926 à 1939, les membres de l'Elim Foursquare
Gospel (Véritable Évangile Elim) de George Jeffreys occupèrent
les salles de l'Albert Hall pendant la semaine pascale. De nos
jours, les Assemblées de Dieu, le plus important des groupes
pentecôtistes, ont des congrégations dans presque tous les pays
où existent des communautés chrétiennes. Pour les pentecôtistes
d'aujourd'hui (ils sont à peu près 20 millions), la glossolalie
n'est plus aussi importante. Ils n'en nient cependant pas la
réalité et la considèrent comme la preuve de l'existence du
Saint-Esprit dans le monde.
La glossolalie se produit aussi dans d'autres contextes chrétiens.
Le Vendredi saint de l'année 1926, un médium chrétien qui vivait
en Bavière vit apparaître des stigmates sur son corps. Elle
semblait revivre la passion du Christ. Dans les phrases qu'elle
prononça en araméen, on reconnut plusieurs parôles que le Christ
aurait murmurées sur la croix. Elle utilisait des expressions
familières qu'on ne trouve pas dans l'araméen écrit, et sa prononciation
était correcte. Certains pensent qu'elle était en communication
avec un témoin de la crucifixion. Cette communication avec une
personne morte depuis longtemps nous amène au spiritisme. De
fréquents cas de glossolalie se manifestèrent pendant les séances
spirites, très en vogue au siècle dernier. Certains médiums
affirmaient que les esprits leur parlaient dans des langues
inconnues, compréhensibles seulement pour celui à qui s'adressait
le message. Parfois, aucun membre de l'assistance ne comprenait
ce qui se disait, et il fallait faire appel à un linguiste pour
identifier la langue. Dans d'autres cas, l'esprit parlait directement,
il se passait de l'intermédiaire du médium et les paroles semblaient
venir de nulle part. D'autres médiums entendaient des voix,
dans des langues qu'ils ne comprenaient pas. Ils essayaient
alors de les transmettre de leur mieux.