Le bouddhisme tibétain
Le bouddhisme tibétain utilise des techniques de méditation
qui, pareillement à l'éveil de la kundalini, ouvrent
au monde de l'ultra-perception. La préparation y est très
longue puisque l'apprentissage de cette discipline de sagesse
s'étale parfois sur la durée d'une vie. Sa Sainteté
Tenzin Gyatso, le quatorzième Dalaï-lama, donnait
son accord pour que des investigations scientifiques soient entreprises
sur la physiologie des états méditatifs de certains
moines tibétains. Ces recherches furent conduites par le
docteur Herbert Benson, directeur du département de médecine
comportementale de l'université de Harvard (Etats-Unis).
Il s'agissait de moines pratiquant le yoga tum-mo dans le cadre
de certaines disciplines tantriques. En se concentrant sur les
chakra (centres d'énergie) et les nadi (canaux d'énergie),
le méditant parvient à contrôler et supprimer
temporairement les niveaux de conscience les plus grossiers au
profit des niveaux les plus subtils. Selon la pensée bouddhiste,
il existe de nombreux niveaux de conscience, dont les plus grossiers
correspondent à nos perceptions ordinaires -- toucher,
vue, odorat, etc. -- et les plus subtils à ceux dont on
fait l'expérience au moment de la mort. L'un des buts du
tantrisme est de permettre de "faire l'expérience"
de la mort, à l'approche de laquelle surviennent les réalisations
spirituelles les plus puissantes.
Une fois supprimés les niveaux de conscience grossiers,
des phénomènes physiologiques peuvent s'observer.
Ses expériences ont ainsi permis au Dr Benson d'enregistrer
une élévation de la température du corps
pouvant atteindre 10 degrés. Ce phénomène
permettait aux moines de sécher des draps trempés
dans de l'eau glacée en s'en enveloppant par des températures
inférieures à zéro. Le Dr Benson a par ailleurs
constaté que des moines pouvaient passer toute une nuit
assis nus dans la neige sans que leur corps se refroidisse. Dans
ces occasions-là, ils ne respiraient plus que sept fois
par minute environ et leur consommation d'oxygène diminuait
d'autant
Ces extravagances physiologiques, très accessoires dans
le cadre de la philosophie tantrique -- elles ne constituent pas
l'objectif de de la méditation --, sont tout de même
assez déconcertantes pour l'occidental. Cette école
du bouddhisme, on vient de le lire, a depuis longtemps fait le
lien entre l'expérience de la mort, décrite comme
une expérience spirituelle fondamentale, et les EMC de
nature transcendante auxquels conduit la méditation qu'elle
enseigne. Une méditation qui vise en quelque sorte à
éprouver au plus près le phénomène
de la mort, afin de préparer le fidèle à
maîtriser les modalités de cet événement
le plus important de son existence. Cet initié ayant appris
à " vivre sa mort" parviendra à se libérer
de la roue du samsara ou, pour le moins, à choisir plus
facilement une nouvelle incarnation. C'est donc dans la perspective
d'une maîtrise du processus de mort/re-naissance, en accord
avec la croyance réincarnationniste du bouddhisme, que
s'inscrit cette forme de méditation.
Les domaines de la supra-conscience auxquels accèdent
les yogis tibétains, par la pratique régulière
de la méditation, semblent être de même nature
que ceux auxquels les expérienceurs occidentaux, qui n'étaient
pas du tout préparés à vivre ce phénomène,
ont été confrontés au cours de leur EMI.
L'absence d'un véritable modèle de référence,
comme celui que propose le bouddhisme par exemple, a plongé
ces derniers dans un océan d'interrogations auquel ni leur
religion ni leur science ne les avaient préparés.
Cela étant, pour l'expérienceur autant que pour
le méditant bouddhiste l'existence de ce monde transphénoménal
n'est pas mise en doute et représente bel et bien l'ultime
réalité.
Dans l'optique d'une interprétation neurologique on peut
estimer que la méditation mette progressivement au repos
les circuits corticaux les plus sollicités quotidiennement,
dévolus pour l'essentiel à l'analyse permanente
des multiples données de la vie de relation. Alors que
les circuits neuronaux plus profonds, que l'on peut qualifier
de secondaires, au service de la " vie intérieure
", demeurent opérationnels. L'approfondissement de
la méditation conduira ensuite, via ces circuits secondaires
devenus primordiaux, à la stimulation d'aires cérébrales
spécialisées dans la réception d'informations
inaccessibles dans l'état ordinaire de conscience.
Cette configuration de l'activité cérébrale,
dans laquelle le réseau neuronal est en grande partie inactivé,
hormis les aires spécialisées auxquelles on vient
de faire référence, n'est pas sans rappeler celle
de certains stades du sommeil, de l'hypnose et plus encore des
états de détresse extrême. La pratique des
moines tibétains incite d'ailleurs à penser que
leur méditation se situe bien au-delà des stades
du sommeil profond, plus proches de l'état de goth défini
par Lyall Watson sinon de l'hypnose profonde.
Il va sans dire que l'étude du processus hypnotique et
auto-hypnotique reste un axe d'investigation susceptible de contribuer
à une hypothèse physiologique de la méditation
et de sa relation avec les EMI. Si, pour le moment, on ne sait
pas grand chose des mécanismes physico-chimiques qui président
à l'hypnose, ce phénomène n'appartient pas
à la légende pour autant. Il produit des faits tangibles
qui contraignent les plus sceptiques à lui reconnaître
une existence et à s'intéresser de plus près
à la question. D'ailleurs la question de la composante
auto-hypnotique inhérente aux états méditatifs,
ainsi que ses répercussions psycho-spirituelles et somatiques,
va nous servir de transition avec le chapitre XX consacré
à l'hypnose.