La communication avec les proches disparus,
par voix intérieure (ou « locution intérieure) et par rédaction
sous leur dictée (ou « écriture inspirée »), est ancienne. Quelques
grands textes ont marqué l'époque récente et font référence, en
particulier ceux de Pierre Monnier, jeune officier tombé au Front
en 1915 dont les messages quasi quotidiens à sa mère donneront
neuf gros ouvrages. Ou les trois volumes des communications de
Roland de Jouvenel, fils du philosophe économiste Bertrand et
de Marcelle, journaliste et romancière, mort de maladie en 1946
à l'âge de 15 ans et entrant en communication avec celle-ci chaque
jour par écriture inspirée depuis vingt-cinq ans.
Le phénomène de l'écriture automatique est resté un des plus passionnants
du monde de la psychologie et de la parapsychologie. Tous les
cas ne sont pas parfaitement explicables, mais, selon Arthur Ellison,
un chercheur britannique spécialisé dans l'étude du psychisme
humain, « un tiers de la population anglaise serait capable de
produire une sorte d'écriture automatique ». Il ajoute : « La
plupart du temps, cela donnerait une sorte de charabia incompréhensible.
».
Là se situe toute l'ambiguïté de cette écriture automatique. Tout
le monde peut essayer de poser doucement un stylo sur une feuille
de papier et de le laisser aller à sa guise : est-ce pour autant
la manifestation d'un esprit de l'au-delà, qui s'emparerait ainsi
de la main pour tenter de communiquer un message ? Est-ce encore
l'œuvre d'une créature terrestre ou une manifestation du divin
? A défaut de nous révéler beaucoup de choses sur le monde des
esprits, l'écriture automatique peut nous en apprendre beaucoup
sur le subconscient de celui qui écrit !
J.B. Rhine, le fameux pionnier
de la parapsychologie scientifique, inclinait à penser que l'écriture
automatique était le fait d'« automatismes moteurs » et qu'elle
exprimait les conflits, les obsessions ou les refoulements du
subconscient. On peut admettre cette explication pour la plupart
des cas d'écriture automatique. Les autres, une infime minorité,
restent inexplicables.
En 1947, le médium Hester Dowden a tenté une très intéressante
expérience d'écriture automatique.M"" Dowden a ainsi affirmé avoir
reçu un message des trois principaux intéressés. Ces messages
auraient été confirmés par d'autres auteurs de l'époque : en fait,
les pièces de théâtre de Shakespeare auraient été le produit d'un
travail collectif. William Shakespeare et Lord Oxford en auraient
été les principaux maîtres d'œuvre, tandis que Francis Bacon se
serait contenté de jouer les censeurs. Chacun aurait travaillé
dans la partie pour laquelle il était le plus doué. Shakespeare
aurait ainsi excellé dans la mise en scène de personnages forts,
comiques ou tragiques, comme lago ou Falstaff. Il aurait également
eu beaucoup de talent pour imaginer des scénarios que d'autres
prenaient la peine d'enrichir. A côté de cela, Lord Oxford aurait
fignolé le Shakespeare des passages lyriques et romantiques que
nous connaissons au jourd'hui.
Mary Shelley aussi a d'abord conçu en rêve son
Frankenstein. R.L. Stevenson a fait de même pour son Docteur Jekyll
et Mr. Hyde. Enfin, Charles Dickens aurait écrit Oliver T\vist
presque complètement au moyen de l'écriture automatique. Ce qui
ne veut pas dire que son talent personnel n'intervenait en rien
dans la conception de ses œuvres ! Alors, inspiration, supercherie
ou automatisme venu d'ailleurs ? La vérité est peut-être entre
ces trois hypothèses.
A la fin de sa vie Ch. Dickens (Angleterre - 1812-1870)
commença un roman fantastique " Le mystère d’Edwin Drood ",
mais mourut à la moitié de sa rédaction.
Le 3 octobre 1872, un jeune ouvrier imprimeur,
Th. James, ayant une instruction rudimentaire annonça que l’esprit
de Ch. Dickens lui avait donné l’ordre d’achever le roman commencé.
Chaque jour, au retour de son travail, il dormait quelques heures,
puis se réveillant, se mettait à écrire à toute vitesse sous l’action
d’une " dictée mentale " qu’il avait peine à suivre.
Le texte était écrit d’un seul jet, sans la moindre correction
(" il n’en avait pas le droit "). Le travail fut terminé
en novembre 1873, et est un parfait pastiche du style de Dickens.T.
James n’écrivit plus rien par la suite, et tomba dans l’oubli.
Les hypothèses émises à propose de ces cas ont
été les suivantes :
Intervention de lesprit de Dickens
sur celui de James.
Expression dune personnalité secondaire subconsciente
du sujet
Contacts entre plans de réalités différentes.
Correspondance croisée entre psychismes.
Mémoire akashique contenant loeuvre de Dickens,
restituée au sujet par un processus inconnu.
Elles se ramènent en fait à deux catégories
: survivance de l’esprit de Dickens après sa mort avec contact
entre celui-ci et celui de James ; état de conscience modifié
de celui-ci lui donnant accès à une autre réalité dans laquelle
se trouve l’esprit de Dickens ou tout au moins son oeuvre. Dans
ce cas, c’est James qui a été le médium (inconscient) de la
manifestation de cet esprit.
Au nord de l'Angleterre, Stella Horrocks, une
enseignante à la retraite attend dans son fauteuil un carnet à
la main le moment où l'esprit d'un auteur disparu prendra contact
avec elle. Soudain, le stylo qu'elle tient dans la main droite
commence à bouger et glisse sur le papier, tandis qu'apparaissent
les mots, au rythme quelquefois de 200 à la minute.
Parmi les auteurs qui lui ont dicté ses travaux,
Stella Horrocks compte de grandes figures de la littérature
mondiale : Virginia Woolf, Thomas Hardy, Charles Dickens,
Jane Austen, le président John F. Kennedy, la star de cinéma
David Niven et lord Louis Mountbatten. Le rendement de cette
« secrétaire des esprits » est époustouflant. Son stylo a
donné naissance à des lettres, des discours, des carnets intimes,
des mémoires, des pièces et des livres, tous d'une écriture
différente.
Stella semble être de ces gens qui apparemment écrivent sous
la dictée des morts. Les pratiquants de cet art, que dans
les cercles psychiques on appelle « écriture automatique »,
croient sincèrement entrer en contact avec l'esprit d'écrivains
disparus, soucieux de prouver que la vie ne s'achève pas dans
la tombe. Pour les sceptiques, fournir une autre explication
n'est pas chose aisée. Certains comparent aux œuvres écrites
par l'auteur de son vivant celles de son « esprit », qu'ils
jugent généralement inférieures. D'autres invoquent un dédoublement
de la personnalité, la mémoire subconsciente, et spéculent
sur la complexité du psychisme humain. En fin de compte, la
plupart n'ont pu que regarder, sans comprendre, le stylo glisser
sur le papier, page après page.
II est certain que la littérature obtenue par l'écriture
automatique peut être le fruit d'une créativité réprimée,
qui trouve son expression à travers des moyens que nous
ne pouvons pas encore - dans l'état actuel de nos connaissances
- soupçonner. Après tout, pendant des siècles, écrivains,
artistes et créateurs de toutes sortes ont bien « écouté
leurs muses »...