Dans la Grèce antique, les dieux parlaient aux mortels
par la bouche des oracles et, à l'époque victorienne, les
esprits des morts communiquaient avec les vivants par l'entremise
de médiums spirites; aujourd'hui, en ce XXIe siècle, les
dieux et les esprits utilisent les salles de conférences,
les plateaux de télévision ou les bandes vidéo.
Les premières
voix de l'Au-delà
Le 17 septembre 1952, deux physiciens du laboratoire de physique
expérimentale de l'Université Catholique de Milan,
le père Gemelti et le père Pellegrino Ernetti,
travaillent à l'aide d'un oscillographe sur des enregistrements
de chants grégoriens: il s'agit d'obtenir un son plus
pur. Les bandes magnétiques sont d'une fragilité
extrême. Le Père Gemelli grommelle « Aide-moi
papa », invoquant son père décédé,
chaque fois que la bande se casse. Lorsque Gemelli réécoute
la bande pour vérifier sa réparation, il entend
à sa grande surprise la voix de son père prononcer
très clairement: «Mais bien sûr que je t'aide,
je suis toujours avec toi ! ». « II eut un choc
et transpira beaucoup» racontera plus tard Ernetti. Les
deux hommes interrogent à nouveau le mystérieux
intrus: « Mais oui, gros benêt, bien sûr que
c'est bien moi ! ». En italien, «gros benêt»
se dit «xuccone»... le surnom qu'utilisait le père
de Gemelli pour appeler son fils !
Les deux physiciens vont au Vatican pour entretenir le pape
Pie XII sur ce phénomène. Le Saint Père
leur dit alors: « Rassurez-vous, ceci semble relever du
scientifique et non du spiritisme. L'enregistreur est un appareil
objectif incapable d'être suggestionné: il ne peut
capter que les vibrations sonores, quelles que soient leurs
sources. Cette expérience pourra peut-être marquer
le début de nouvelles études scientifiques pour
confirmer la foi dans l'au-delà ».
Le phénomène se reproduit spontanément
pour deux pionniers de la transcommunication instrumentale:
le Suédois Friedrich Jurgenson (1959) et le Letton Constantin
Raudive (1964), épaulés par des techniciens comme
Hans Bender ou des experts de l'Institut Max Planck de Munich.
La recherche scientifique prophétisée par Pie
XII pouvait commencer...
Des enregistrements en images et sons
Friedrich
Jùrgenson, peintre et chanteur d'opéra, qui enregistrait
des cris d'oiseaux dans les environs de Stockholm en réécoutant
la bande entendit la voix d'un homme lui parlant en norvégien.
Il pense évidemment que son magnétophone a pu capter une émission
de radio extérieure. Mais le phénomène se reproduit. Et quand
il réécoute les bandes, il perçoit des voix l'interpellant en
allemand, des messages étranges et incohérents jusqu'à l'appel
insistant : « S'il te plaît, attends, écoute-nous. » II entre
en relation avec un autre chercheur, Letton, Constantin Raudive
(1909-1974), qui aurait déjà découvert la même possibilité de
communiquer avec des trépassés et capté sur son magnétophone
plus de 70 000 voix. Les techniques se perfectionnent dans les
années suivantes, même si les messages recueillis sont plutôt
décevants, jusqu'à obtenir des images en direct des défunts,
bien floues toutefois, qui pourraient être reprises en vidéo.
Les médias, dans un sentiment général d'intérêt pour le paranormal
et l'étrange confondus avec le mystique et le spirituel, offrent
une tribune et une caisse de résonance à ces phénomènes.
Le contenu des messages
Dans la même veine d'aucuns font même état de disparus
appelant les leurs au téléphone. Sans contester des faits rapportés
avec objectivité et bonne foi, on doit toutefois se rappeler
que spécialement dans la période d'ultra-sensibilité causée
par la mort d'un être cher, le désir de réentendre la voix disparue
peut engendrer son objet. Le contenu des messages est d'ailleurs
l'exacte réponse à cette attente : « Bonjour chers parents.
On pense à vous. On vous aime. On est heureux. Au revoir. A
bientôt. » On ne parlera pas de bouffées délirantes comme d'aucuns
le font, mais on ne peut manquer de tracer un parallèle avec
des confidences reçues, dans un autre contexte, par des médecins
psychiatres de la part de certains de leurs clients. La multiplication
de ces recherches témoigne en tout cas d'un renouveau d'intérêt
pour les questions de l'au-delà chez nos contemporains.
Preuves
?
Le Pape Pie XII s'intéressait lui-même à cette méthode de communication
entre les vivants et les morts qu'il voyait comme "un moyen
scientifique bien différent du spiritisme car neutre et impossible
à influencer par l'esprit humain..." En France, le Père François
Brune a fait connaître les progrès de cette recherche dans ses
ouvrages. Une grande prudence est certes de rigueur dans le
domaine du paranormal, peuplé de charlatans et d'illuminés.
Néanmoins, l'importance et la multitude des témoignages
de l'existence indépendante de l'esprit et de sa persistance
après la mort nous incitent à étudier ce domaine
avec la plus grande attention.
Soulignons encore que le fait de rechercher dès communications
avec les défunts ('écriture automatique, TCI etc…) peut entraver
gravement le processus du deuil nécessaire après la perte d'un
être cher.
Mais, pour beaucoup d'entre nous, la meilleure preuve de la
survie de l'âme reste la conscience innée que nous avons de
notre propre éternité. "Nous sentons et nous expérimentons que
nous sommes éternels", écrivait le philosophe Spinoza.
Illusion ou réalité? Charlatans ou prophètes? En l'absence
de preuve, sceptiques et adeptes préfèrent rester sur leur position,
et les indécis... hésitent.